Législatives en Éthiopie: forte affluence à Addis Abeba, raz-de-marée attendu pour le parti du Premier ministre Abiy Ahmed

Les Éthiopiens votent massivement depuis l'aube lundi et jusqu'à minuit pour des législatives où une large victoire semble acquise au Parti de la prospérité (PP) du Premier ministre sortant Abiy Ahmed, candidat à sa propre succession, un scrutin perturbé dans deux régions théâtres de conflits.

Juin 2, 2026 - 14:12
Législatives en Éthiopie: forte affluence à Addis Abeba, raz-de-marée attendu pour le parti du Premier ministre Abiy Ahmed
Un électeur vote lors des élections législatives, le 1er juin 2026 à Addis Abeba, en Ethiopie AFP Marco Simoncelli

Après de premières années de pouvoir porteuses d'espoirs d'ouverture et un prix Nobel de la paix en 2019, M. Abiy, chef de l'exécutif depuis 2018, est de plus en plus critiqué à l'étranger pour son autoritarisme et sa répression des voix dissidentes.

"L’Éthiopie ne sera plus la même dans cinq ans. Les cinq années à venir seront une période de transformation historique", a promis le Premier ministre après avoir voté tôt dans sa petite ville natale de Beshasha, en Oromia (centre), l’État régional le plus peuplé du pays. Et "pour y parvenir, il faudra encore plus de détermination, de sacrifices et d'efforts", a-t-il prévenu.

Le deuxième pays le plus peuplé d'Afrique affiche l'une des économies les plus dynamiques du monde depuis le début des années 2000.

Malgré un ralentissement depuis 2020, le PIB a crû de 9,2% en 2025. Mais l'inflation reste élevée, la dette publique massive, le pays enclavé est essentiellement importateur et près de 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Des électeurs s'abritent du soleil sous des parapluies, en attendant de pouvoir voter lors des législatives, le 1er juin à Addis Abeba, en Ethiopie

Des électeurs s'abritent du soleil sous des parapluies, en attendant de pouvoir voter lors des législatives, le 1er juin à Addis Abeba, en Ethiopie AFP Marco Simoncelli

Et une partie des ambitieuses réformes économiques portées par M. Abiy sont restées lettre morte.

En outre, le géant d'Afrique de l'Est est confronté à des conflits armés en Oromia et Amhara, ses deux États régionaux les plus peuplés, où vivent près de la moitié des 130 millions d'habitants.

Vote "interrompu"

La situation lundi y est difficile à évaluer, de nombreuses zones étant pratiquement inaccessibles aux observateurs indépendants et peu d'accréditations ayant été délivrées aux journalistes internationaux, dans un pays où les médias indépendants font l'objet d'une répression croissante.

Un électeur vote lors des élections législatives à Addis Abeba, le 1er juin 2026 en Ethiopie

Un électeur vote lors des élections législatives à Addis Abeba, le 1er juin 2026 en Ethiopie AFP Marco Simoncelli

A la mi-journée, la présidente de la Commission électorale (Nebe), Melatwork Hailu, a annoncé que 143 bureaux de vote - dont elle n'a pas donné la localisation - n'avaient pas ouvert lundi en raison de "problèmes de sécurité", et que le vote avait été "interrompu"dans plusieurs autres bureaux en Oromia et en Amhara, sans fournir plus de détails.

La Nebe avait déjà annulé à l'avance le scrutin dans huit des 137 circonscriptions de l'Amhara.

Les bureaux de vote, qui ont ouvert à 06H00, devaient fermer à 18H00, mais la commission électorale a repoussé l'heure de fermeture à minuit pour répondre à l'affluence.

Quelque 50 millions d'électeurs élisent la chambre basse fédérale (HoPR) et les Parlements régionaux.

Des électeurs font la queue devant un bureau de vote lors des législatives , le 1er juin 2026 à Addis Abeba, en Ethiopie

Des électeurs font la queue devant un bureau de vote lors des législatives , le 1er juin 2026 à Addis Abeba, en Ethiopie AFP Marco Simoncelli

Dans un pays où les citoyens sont étroitement surveillés, de longues files d'électeurs s'étendent depuis l'aube devant plusieurs bureaux de vote d'Addis Abeba, installés sous des tentes surmontées du drapeau éthiopien, ont constaté des journalistes de l'AFP.

A Beshale Katla, quartier populaire de la capitale fédérale, des électeurs ont dit avoir patienté à partir de 02H00 du matin, quatre heures avant l'ouverture du scrutin à 06H00 (03H00 GMT).

Ragasa Bacha, travailleur indépendant de 23 ans, a voté pour la première fois. Il décrit à l'AFP "une expérience formidable", montrant son doigt marqué d'encre indélébile.

L'issue du scrutin fait peu de doute: le PP, qui détient 96% des sièges de la Chambre des représentants du peuple (HoPR) sortante, file vers une nouvelle large victoire et son chef Abiy Ahmed vers un nouveau mandat de Premier ministre.

Sans adversaire

Le centre de réflexion britannique Chatham House a récemment décrit cette élection comme "l'une de celles donnant lieu à la plus faible compétition" depuis l'instauration du multipartisme en 1991, rappelant que depuis lors, le but des élections en Éthiopie a été de "renforcer le pouvoir (...) en place, plutôt que d'offrir aux Éthiopiens de véritables choix politiques pluriels".

Une électrice dans un bureau de vote lors des législatives, le 1er juin 2026 à Addis Abeba, en Ethiopie

Une électrice dans un bureau de vote lors des législatives, le 1er juin 2026 à Addis Abeba, en Ethiopie AFP Marco Simoncelli

Plus de 40 partis d'opposition, sans moyens financiers, affrontent l'hégémonique PP, mais aucun n'est présent dans l'essentiel des circonscriptions.

En outre, de nombreux opposants "ne participeront pas aux élections", souligne Chatham House, car "certains sont en exil, d'autres interdits de séjour, d'autres emprisonnés" et d'autres ont opté pour la lutte armée.

Derrière le PP, qui n'aura aucun adversaire dans 64 circonscriptions, le parti Ezema - le mieux représenté - n'aura qu'environ 300 candidats pour 501 circonscriptions en lice.

"Nous avons fait de notre mieux", a déclaré le patron d'Ezema, Eyob Mesfin, après avoir voté, affirmant que son parti - qui dispose d'un portefeuille ministériel - reconnaîtra les résultats si "le processus est démocratique, équitable et libre".

La HoPR compte 547 députés élus à travers les 12 États régionaux. Comme il y a cinq ans, le scrutin ne sera pas organisé dans l’État septentrional du Tigré (38 sièges), en raison de tensions persistantes entre autorités régionales et fédérales et parce que plus d'un million de personnes y restent déplacées depuis le conflit qui y a fait rage entre 2020 et 2022.

[Source : TV5Monde]