RD Congo : un rapport de Human Rights Watch accuse l’AFC/M23 et l'armée rwandaise d’exactions dans l’est du pays

Dans un rapport publié ce mercredi 10 juin, Human Rights Watch accuse l’AFC/M23 et les Forces rwandaises de défense, d’avoir transformé leur emprise sur l’est de la RDC en un dispositif organisé de rafles, détention au secret, sévices et recrutement forcé, qui touche de plus en plus de civils, y compris des mineurs.

Juin 11, 2026 - 06:29
RD Congo : un rapport de Human Rights Watch accuse l’AFC/M23 et l'armée rwandaise d’exactions dans l’est du pays
Des soldats de l'AFC/M23 assistent aux funérailles de civils tués lors d'une frappe de drone à Goma, en République démocratique du Congo, le jeudi 8 janvier 2026. © Photo AP/Moses Sawasawa

L’idée-force de ce rapport d’un peu moins de cent pages est la suivante : derrière la logique de « sécurisation » ou de « rééducation » affichée par l’AFC/M23, se cache en réalité une campagne systématique d’arrestations massives, de détention arbitraire, ou encore de travail et recrutement forcés. 

Les exactions commises par le M23 et les Forces rwandaises de défense

Selon Human Rights Watch, cette campagne menée avec l’appui déterminant du Rwanda, a été mise en place après la prise de Goma puis de Bukavu début 2025. Le rapport affirme que des milliers de personnes – combattants capturés, policiers congolais, membres présumés de groupes alliés à Kinshasa, mais aussi un nombre croissant de civils – ont été transférés vers les sites de Rumangabo et Tshanzu, tous deux situés au nord de Goma, dans le territoire de Rutshuru.

« Beaucoup ont été envoyés à Rumangabo pour suivre un entraînement et être intégrés dans le M23. Certains s’étaient portés volontaires ou s’étaient rendus, mais la plupart ont été recrutés de force ou sous la contrainte. D’autres combattants présumés de groupes armés, des civils et des fonctionnaires congolais ont été emmenés à Tshanzu, également situé dans le territoire de Rutshuru, pour une « rééducation » et un entraînement militaire. », écrit HRW. 

La montée en puissance de ces opérations se serait faite très rapidement après la chute de Goma. HRW estime en effet qu’environ 1700 personnes se trouvaient à bord de 11 camions stationnés devant le stade de l’Unité à Goma, dès le 30 janvier 2025, avant un probable transfert vers Rumangabo.

Par la suite, les victimes de cette campagne n’étaient plus seulement des militaires ou des policiers faits prisonniers, mais aussi des civils arrêtés à domicile, dans la rue, à l’église ou même à l’école. Le rapport souligne effectivement que des enfants âgés de 12 ans seulement, figurent parmi les personnes détenues ou recrutées. 

Outre des tueries de masse et des exécutions sommaires, HRW évoque des conditions de détention inhumaines. Les mauvais traitements décrits sont particulièrement graves : coups répétés, privation d’eau et de nourriture, interdiction de contacter les familles, enfermement dans des cellules surpeuplées ou, pour certains détenus, dans des trous creusés à même le sol. 

Des survivants racontent que la violence servait aussi à forcer l’enrôlement dans le M23. Et d’après HRW, les instructeurs et gardes présents dans les camps sont Rwandais. Certains portent d’ailleurs l’uniforme des Rwanda Defence Forces (RDF). Par conséquent, HRW estime que sur le plan juridique, la présence et le rôle du Rwanda traduisent un contrôle effectif sur la zone. Ce qui, selon l'ONG, « répond aux critères d'une occupation belligérante en vertu du droit international humanitaire.» 

L’organisation considère donc que les faits documentés dans son enquête peuvent constituer des crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité s’ils s’inscrivent dans une stratégie d’attaque généralisée ou systématique contre les civils. 

Les accusations contre l’armée congolaise et les recommandations de HRW

Même si le rapport de Human Rigths Watch vise avant tout l’AFC/M23 et le Rwanda, il pointe également du doigt les responsabilités des FARDC, les Forces armées de la RDC. 

« L’armée congolaise a soutenu des groupes armés opposés au M23, y compris les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé composé principalement de Hutus rwandais formé par des personnes ayant pris part au génocide de 1994 au Rwanda, et les Wazalendo, une coalition peu structurée de milices qui opèrent dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. De nombreux civils recrutés de force ou détenus ont été accusés par le M23 de faire partie de ces groupes. », peut-on lire dans le rapport.   

HRW ajoute que le gouvernement congolais a encouragé la mobilisation populaire. Par la suite, il a cherché à l’institutionnaliser en créant la Réserve armée de défense (RAD), tout en armant, finançant et coordonnant des factions Wazalendo et différentes autres milices.

« Les forces congolaises et leurs alliés ont commis de graves abus, notamment des meurtres, des viols, des détentions arbitraires et des extorsions contre des personnes déplacées autour de Goma. Les tentatives de négociation d’un accord de paix entre les parties au conflit ont stagné et on estime qu’à la fin de l’année 2024, 7,8 millions de personnes, dont près de la moitié étaient des enfants, étaient déplacées. », peut-on encore lire dans le rapport. 

HRW recommande donc au Rwanda de cesser tout soutien au M23, et d’enquêter de manière indépendante sur les violations imputées à ses forces. A l’AFC/M23 et aux RDF, l’organisation demande de traiter humainement tous les détenus, révéler les lieux de détention, autoriser l’accès d’observateurs indépendants, libérer les civils détenus arbitrairement et mettre fin au recrutement d’enfants. 

A la RDC, elle recommande d’enquêter sur l’ensemble des violations commises par toutes les parties, de solliciter l’exhumation des fosses communes à Rumangabo et Tshanzu, et de coopérer avec la Cour pénale internationale. Aux gouvernements étrangers enfin, elle demande de sanctionner les commandants du M23 et des forces rwandaises identifiées par HRW, de revoir l’assistance militaire au Rwanda et de soutenir les enquêtes internationales. 

[Source : TV5Monde]