Guerre en Iran: ce que l'on sait sur un potentiel protocole d'accord entre les États-Unis et Téhéran
Le président américain Donald Trump a affirmé ce jeudi 11 juin qu'un "très bon accord" a été trouvé pour mettre fin à la guerre en Iran. Téhéran a tempéré ces déclarations, mais un protocole d'accord prendrait forme, a affirmé la chaîne américaine CNN, citant diverses sources.
Pour la 40e fois consécutive, Donald Trump a déclaré qu'un "accord" avec l'Iran avait été"trouvé", ce jeudi 11 juin. Sa déclaration a été immédiatement contrebalancée par Téhéran, qui a affirmé n'avoir encore rien accepté. Si aucun accord n'a encore été validé, la guerre entre les États-Unis et l'Iran pourrait malgré tout se diriger vers une fin négociée, prenant la forme potentielle d'un accord provisoire, a estimé la chaîne américaine CNN.
Washington et Téhéran se seraient entendus sur un "mémorandum d'entente" - un document qui formalise une entente entre deux parties sur le contenu d'un accord à suivre - selon un diplomate interrogé. C'est la validation officielle et finale du texte qui n'aurait pas encore été obtenue.
De nombreux points en suspend
Le mémorandum porte le nom de "déclaration d’Islamabad", selon diverses sources. Un geste de reconnaissance envers le Pakistan, pays médiateur du conflit entre les deux pays. Le ministre des Affaires étrangères pakistanais Muhammad Ishaq Dar a d'ailleurs salué ce vendredi, lors d'un appel avec l'Union européenne, les "progrès" réalisés dans les négociations, affirmant que les "efforts" engagés "conduiront bientôt à un accord durable et à une résolution pacifique" du conflit.
Une signature de ce mémorandum d'entente est prévue et se tiendra probablement à Genève, en Suisse, selon trois sources. La signature pourrait se tenir dès ce dimanche, selon une personne proche du dossier.
Le président américain Donald Trump a affirmé ce jeudi qu'"une fois les documents finalisés, ce qui devrait être fait dans les prochains jours, nous aurons probablement une signature, peut-être en Europe".
Genève est située à 45 kilomètres d'Evians-les-Bains en France, ville où se déroulera un sommet du G7 en présence de Donald Trump et d'une délégation américaine du 15 au 17 juin. À leurs côté, les dirigeants allemand, canadien, français, italien, japonais et britannique. Vienne, en Autriche, serait également envisagée, a affirmé à nos confrères une source iranienne.
L’agence de presse iranienne Fars a cependant contredit l'information selon laquelle "l’Iran signerait un accord avec les États-Unis dimanche à Genève", la qualifiant de "fausse", citant une source proche de l’équipe iranienne chargée des négociations, a rapporté le journal britannique The Guardian.
Des personnels militaires et de sécurité sont actuellement "en route pour l'Europe", "afin de faciliter le dialogue dans le but de parvenir à un accord final", précise CNN.
Un cessez-le-feu de 60 jours, la levée du blocus américain sur les ports iraniens...
Le mémorandum d'accord prévoit un cessez-le-feu de 60 jours sur "tous les fronts", selon un diplomate interrogé par CNN. Une clause qui inclut le Liban, bombardé par Israël. La pause dans les combats débutera dès la signature d'un accord.
Le détroit d'Ormuz devra également être débloqué, "sans que l'Iran ne demande des taxes de passage" aux navires empruntant le corridor. Le flux du trafic dans le détroit devra avoir retrouvé son rythme d'avant la guerre 30 jours après la signature du texte, toujours selon le diplomate.
En échange, le blocus opéré par la Navy américaine depuis le 13 avril sera levé. Un allégement des sanctions à l'encontre de l'Iran est prévu, "selon l'avancement d'un accord et l'engagement continu et de bonne foi" de l'Iran.
Sur le sujet du nucléaire, l'accord devra "satisfaire toutes les exigences américaines", a précisé le diplomate interrogé. Téhéran devra donc s'engager à ne pas chercher à obtenir l'arme nucléaire. Il devrait également renoncer à son stock d'uranium enrichi.
La question du dégel ou non des milliards de dollars d'actifs iraniens reste en suspend, mais un haut responsable américain cité par l'agence de presse britannique Reuters a affirmé que l'accord en élaboration est "fondé sur les résultats". Téhéran ne récupérerait pas ses avoirs gelés s'il ne remplit pas sa part de l'accord, rapportent nos confrères.
"Ni les Américains ni les Iraniens ne disent qu'il y aura un jour un accord"
Certains de ces points ont été contredits ce vendredi dans la journée par des médias iraniens. L’Agence de presse officielle de la République islamique d’Iran (IRNA) a notamment affirmé que l'Iran ne s'est pas engagé à renoncer à son contrôle et à sa "gestion" du détroit d'Ormuz.
"Le seul point mentionné est la normalisation du transit par le détroit d’Ormuz à la fin de la guerre, l’établissement de la sécurité maritime par les États côtiers, la fin du blocus illégal et la suppression des menaces pesant sur le transport maritime commercial de la part des États-Unis et d’Israël", écrit dans son communiqué l'IRNA.
Le président américain Donald Trump a réagit dans la foulée à cette déclaration, la qualifiant de "communiqué faible et pathétique" n'ayant "aucun rapport avec la vérité". "Ce sont des gens très peu honorables avec qui traiter. Avec eux, il n’existe pas de négociation de bonne foi", a ajouté le chef de la Maison Blanche dans une publication sur son réseau Truth Social.
"Ni les Américains ni les Iraniens ne disent qu'il y aura un jour un accord" dans la "phase" actuelle des négociations, a tempéré de son côté auprès de CNN le chercheur britannique H. A. Hellyer, du Royal United Service Institute (RUSI). "Il s'agit d'un protocole d'accord pour entamer des négociations sur un accord, et chaque point difficile" y sera abordé, a-t-il encore affirmé. "Il n'y a pas d'accord en réalité", a conclut le chercheur.
[Source : TV5Monde]