Manifestations en Iran: frappes militaires, cyber, sanctions... À quoi pourrait ressembler "l'aide" promise par Donald Trump?

La forme que prendra l'action américaine en Iran, secoué depuis le 28 décembre 2025 par des manifestations violemment réprimées, reste à préciser. Le président américain Donald Trump menace les autorités iraniennes et encourage les protestataires, à qui il promet de l'"aide". Mais laquelle exactement?

Jan 15, 2026 - 08:28
Manifestations en Iran: frappes militaires, cyber, sanctions... À quoi pourrait ressembler "l'aide" promise par Donald Trump?
Le président Donald Trump arrive à la base militaire d'Andrews, mardi 13 janvier 2026, dans le Maryland. Les États-Unis font peser la menace d'une attaque sur l'Iran, en pleine répression de ses manifestations. AP Photo/Evan Vucci

Une attaque américaine est-elle imminente en Iran? Les intentions précises de Donald Trump restent floues, mais des diplomates américains et une partie du personnel de la base militaire d'Al-Udeid, au Qatar, ont été invités à quitter les lieux d'ici ce mercredi 14 janvier au soir. C'est un "changement de posture" et pas une "évacuation ordonnée", affirme l'un de ces diplomates à l'agence de presse Reuters

L'événement en rappelle pourtant un autre. En juin 2025, les troupes de la plus grande base militaire américaine du Moyen-Orient avaient déjà évacué le site, quelques heures avant que des missiles iraniens ne ciblent la base. Des frappes en représailles aux attaques américaines ayant visé des sites nucléaires iraniens. 

Le président américain Donald Trump ne dévoile pas encore son jeu, bien qu'une évaluation israélienne affirme qu'il ait bien décidé d'intervenir en Iran, selon Reuters citant un responsable israélien. "L’aide arrive!", "continuez à protester. Emparez-vous de vos institutions", précisait aux manifestants iraniens le président américain, ce mardi 13 janvier, sur son réseau Truth social

"Frappes militaires, cyberattaques, nouvelles sanctions"

Plusieurs options s'offrent au chef d'État, briefé ce mardi sur les différentes opérations possibles contre l'Iran, selon la Maison-Blanche. "Ordonner des frappes militaires contre des sites du régime ou lancer des cyberattaques, approuver de nouvelles sanctions et renforcer les comptes en ligne opposés au régime", figuraient parmi les différents scénarios envisagés, selon le quotidien américain Wall Street Journal.

Les États-Unis aimeraient profiter de la grogne sociale dans le pays pour déloger du pouvoir le régime iranien affaibli et son guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. L'opération militaire envisagée suivrait de peu celle ayant mené à la capture du président vénézuélien déchu, Nicolas Maduro, le 3 janvier. Mais l'opération serait plus complexe sur le théâtre iranien et Donald Trump tergiverse, repoussant les limites de la ligne rouge initialement fixée à l'Iran. En attendant, il a annoncé sanctionner de 25% de droits de douane tout pays qui commercerait avec l'Iran. 

"Nous prendrons des mesures très fermes"

"Nous prendrons des mesures très fermes. S’ils font une telle chose, nous prendrons des mesures très fermes", a déclaré le président américain ce mardi 13 janvier à la chaîne américaine CBS, si des manifestants s'avéraient être pendus par le régime iranien. L'aide viendra sous "différentes formes, dont économique", a précisé Donald Trump. 

Dans un mouvement de contestation inédit débuté le 28 décembre 2025, les Iraniens protestent contre l'asphyxie économique et le régime en place. Malgré la sanglante répression qui a fait en deux semaines au moins 3.428 morts, selon les chiffres avancés ce mercredi soir par l'ONG, Iran Human Rights (IHR), qui a également fait état de plus de 10.000 arrestations

"Le but ultime est de gagner" face à l'Iran, a affirmé Donald Trump à CBS, donnant en exemple différentes opérations militaires américaines jugées réussies, comme celle menée au Venezuela le 3 janvier, l'assassinat en 2019 d'Abou Bakr al-Baghdadi, chef auto-proclamé du groupe terroriste État islamique (EI), l'assassinat du général iranien Qassem Soleimani en 2020, ou encore les frappes aériennes américaines ayant visé en juin 2025 trois installations nucléaires iraniennes.

"Nous avons eu raison sur toute la ligne. On ne veut pas voir ce qu'il se passe actuellement en Iran arriver (...). Nous verrons comment cela se terminera pour eux. Ça ne se terminera pas bien".

Donald Trump à CBS

"Je pense que la crédibilité des États-Unis exige actuellement que les États-Unis fassent quelque chose pour montrer leur soutien aux manifestants", a affirmé auprès de la chaîne américaine CNN ce mardi Leon Panetta, ancien secrétaire américain à la Défense et directeur de la CIA. Pour ne pas perdre la face et faire que les menaces américaines soient à l'avenir toujours prises au sérieux, le chef de la Maison-Blanche est poussé à l'action. 

Près de 40.000 soldats américains et 25 bases dans la région 

Une intervention terrestre américaine en Iran est à exclure au profit de frappes aériennes, de l'avis d'observateurs et d'experts militaires. Les forces navales américaines sont, elles, déjà bien occupées en mer des Caraïbes, déployées au large du Venezuela. Le porte-avions USS Abraham Lincoln, actuellement en mer de Chine méridionale, selon le site US Naval Institute. Il représente le groupe aéronaval le plus proche géographiquement. 

Ils seraient près de 40.000 soldats américains dans la région à pouvoir intervenir, s'il tel en était besoin. 25 bases militaires américaines, où de nombreux avions militaires sont stationnés, sont aussi réparties au Proche et Moyen-Orient et pourraient appuyer une opération militaire américaine en Iran.

Elles se trouvent aux Émirats arabes unis, à Djibouti, au Koweit, en Irak, au Qatar, en Arabie saoudite, à Oman et plus à l'ouest, en Israël et en Jordanie. Cependant, l'Arabie saoudite a déjà dit qu'elle n'autoriserait pas les États-Unis à survoler son espace aérien pour conduire des frappes, selon des responsables saoudiens interrogés par le journal américain The Washington Post

Oman et le Qatar sont aussi frileux, rapporte le journal. Les deux pays ont d'ailleurs prévenus Washington qu'il pourrait souffrir économiquement des frappes. Le détroit d'Ormuz, étroit passage qui sépare l'Iran de ses voisins arabes, permettait en 2023 le transit de près de 21% des expéditions mondiales de pétrole, selon l'Administration américaine d’information sur l’énergie (EIA). 

Dans la nuit du 21 au 22 juin 2025, 125 avions américains avaient participé à l'attaque de Washington contre les trois sites nucléaires iraniens. Parmi eux, plusieurs bombardiers B-2, qui ont décollé de leur base située dans l’État du Missouri. Les États-Unis ont également eu recours, pour la première fois, à des puissantes bombes anti-bunker GBU-57, aux ogives de 13 tonnes. Un sous-marin a également participé à l'opération, lançant plus de deux douzaines de missiles de croisière d'attaque terrestre Tomahawk. 

Cette opération avait été considérée comme un "tournant" par Frédéric Encel, géopilotologue français interrogé au moment des faits sur notre plateau. "Jamais les Américains n'étaient intervenus directement", en Iran, précisait-il alors.

Téhéran a menacé d'attaquer les bases américaines de la région, en cas d'opération militaire américaine en Iran, selon un responsable iranien cité par Reuters. L'attaque massive israélienne contre des cibles militaires iraniennes et nucléaires, en juin 2025, appuyée par les États-Unis, a affaibli le pays. L'unique issue diplomatique que semblent envisager les États-Unis, serait d'ailleurs le repositionnement de Téhéran sur le dossier nucléaire. Mais cette dernière possibilité n'est pas au goût de Jérusalem. 

"La décision israélienne est plus proche que jamais"

Israël, l'allié américain, appuierait-il d'ailleurs Washington dans une attaque contre l'Iran? Jérusalem mène une "guerre de l'ombre depuis plus de trente ans" à Téhéran, explique l'Institut français des relations internationales (IFRI). Au lendemain de la première manifestation en Iran, le service de renseignement israélien du Mossad a affirmé se tenir aux côtés des manifestants iraniens, "sur le terrain", dans un post X. Pourtant, le pays ne s'est pas encore positionné de manière claire sur le sujet. 

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"Il existe une inquiétude persistante concernant d'éventuelles représailles iraniennes", a affirmé au site de défense The war zone (TWZ), un responsable des Forces de défense israéliennes (IDF), sous couvert d'anonymat. Selon le site, les IDF craignent le stock important de missiles balistiques et de croisière à courte portée qui resterait de la guerre de 12 jours de juin 2025. 

"Ce que l'on peut affirmer avec certitude, c'est que les avions de l'armée israélienne et tous les éléments opérationnels concernés sont en état d'alerte maximale, dans l'attente d'une décision politique. Selon moi, le moment de la décision est plus proche que jamais", a déclaré le responsable à TWZ. 

La coordination serait "totale" avec Donald trump et le Commandement central des États-Unis (CENTCOM), a-t-il ajouté. "Les mécanismes de coordination militaire entre Israël et les États-Unis sont exceptionnellement solides et continus, notamment grâce à la présence de hauts responsables du CENTCOM et d'éléments de coordination en Israël. Cela garantit une coordination opérationnelle étroite et un partage d'informations en temps réel", rapporte le responsable à TWZ. Dans un post X publié ce lundi, le porte-parole des IDF, Effie Defrin, a cependant qualifié d'"affaire interne" les manifestations en Iran.

[Source: TV5Monde]