Église anglicane: au Nigeria, des conservateurs réunis pour élire leur propre chef spirituel et défier la première femme archevêque de Canterbury
Des chefs d'Églises anglicanes conservatrices se réunissent cette semaine à Abuja, au Nigeria, pour élire leur propre leader spirituel mondial en opposition à Sarah Mullally, première femme nommée à la tête de la communion anglicane. Une démarche sans précédent qui menace de consacrer la rupture au sein de la troisième plus grande dénomination chrétienne mondiale.
Des représentants d'Églises anglicanes conservatrices tiennent une conférence de quatre jours cette semaine à Abuja, au Nigeria. Leur objectif: élire leur propre chef spirituel.
Le Conseil mondial des primats de Gafcon, la Conférence mondiale anglicane pour l'avenir (Global Anglican Future Conference), doit désigner un président dont le nom sera annoncé jeudi. Ce dirigeant portera le titre de primus inter pares - "premier parmi les égaux" - jusqu'alors réservé à l'archevêque de Canterbury.
La démarche vise directement Sarah Mullally, confirmée mercredi 28 janvier 2026 première femme à la tête de la communion anglicane lors d'une cérémonie à la cathédrale Saint-Paul de Londres. Son installation officielle dans la cathédrale de Canterbury est prévue ce mois de mars.
"Un schisme, même s'ils ne veulent pas le dire"
Pour le professeur Diarmaid MacCulloch, historien émérite de l'Église à l'université d'Oxford: "C'est un schisme, même s'ils ne veulent pas le dire", affirme-t-il à la BBC. "C'est un groupe de dirigeants, tous masculins, qui se rendent à une conférence en Afrique pour affirmer une identité que de nombreuses Églises anglicanes ne partagent plus - c'est un épiscopat entièrement masculin qui veut avoir le dernier mot."
Gafcon se défend d'avoir quitté la communion anglicane et se présente au contraire comme son noyau orthodoxe authentique. En octobre dernier, le mouvement avait pourtant résolu de "réordonner la communion anglicane" et appelé ses membres à couper les liens restants avec l'Église d'Angleterre. L'élection d'un chef mondial propre constitue "une démarche très agressive", juge le professeur MacCulloch, qui rapproche la communion d'une rupture irrémédiable.
Un mouvement né des divisions sur le mariage et l'ordination
Fondé en 2008 en réaction aux débats sur les unions homosexuelles au sein de la communion, Gafcon rassemble principalement des Églises d'Afrique et d'Asie opposées aux évolutions libérales, notamment l'intégration des membres LGBTQ+ et l'ordination des femmes.
En 2023, le mouvement avait rejeté l'autorité de l'ancien archevêque Justin Welby, contraint à la démission en novembre 2024 après un scandale d'agressions physiques et sexuelles, en raison de ses propositions de bénir les couples de même sexe, une position également défendue par sa successeure.
La nomination de Sarah Mullally en octobre 2025 avait été qualifiée de "dévastatrice" par l'archevêque Henry Ndukuba de l'Église du Nigeria, qui estimait que "la majorité des anglicans" refusait une femme à la tête de leur Église.
Gafcon affirme désormais représenter la majorité des anglicans pratiquants dans le monde. La communion regroupe 46 Églises autonomes présentes dans 165 pays, soit quelque 95 millions de fidèles, troisième dénomination chrétienne mondiale après le catholicisme et l'Église orthodoxe orientale.
L'Afrique au cœur, mais pas unanime
Francis Aduroja, prêtre du sud-ouest du Nigeria, résume les attentes des conservateurs réunis à Abuja. Il espère que les évêques ne feront "pas de compromis sur les Écritures" et reviendront avec "des mots pour encourager prêtres et paroissiens que nous maintenons l'Évangile sans reculer et sans compromis", déclare-t-il à Reuters.
Le soutien africain à Gafcon est loin d'être monolithique. L'Église anglicane d'Afrique australe et Emily Onyango, première femme évêque du Kenya, ont célébré la nomination de Mullally. Certains des organisateurs de la conférence d'Abuja sont par ailleurs basés en Amériques et en Australie.
Face à l'impasse institutionnelle, l'évêque Anthony Poggo, secrétaire général de la communion anglicane, reconnaît l'impuissance des structures officielles. "Il n'y a pas grand-chose que l'on puisse faire", concède-t-il à la BBC. "Cela nous attriste."
[Source: TV5Monde]