Donald Trump en quête d’un accord qui neutraliserait le stock d’uranium hautement enrichi iranien

Le président américain prétend pouvoir obtenir un « deal » supérieur à celui de 2015, signé par Barack Obama. Mais Téhéran refuse de concéder à Washington une victoire, même symbolique, sur le sujet.

Mai 26, 2026 - 12:21
Donald Trump en quête d’un accord qui neutraliserait le stock d’uranium hautement enrichi iranien
Le président américain, Donald Trump, à Arlington (Virginie), le 25 mai 2026. ALEX BRANDON/AP

Donald Trump le clame à ceux qui veulent y croire. L’accord que son administration négocie avec l’Iran sera un « grand accord ». A défaut, il n’y aura « aucun deal », a-t-il prévenu, lundi 25 mai, sur son réseau social Truth Social, assurant ne pas vouloir se précipiter. La rancœur et le ressentiment du président américain à l’égard de son prédécesseur démocrate, Barack Obama, signataire en 2015, de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPoA en anglais), se dessinent au fil de ces interventions visant Téhéran.

Le magnat, qui a préféré la guerre à la diplomatie en quittant le JCPoA en 2018 puis en déclenchant l’opération militaire « Fureur épique » le 28 février, espérant, en vain, faire capituler le régime théocratique, prétend désormais être en mesure de signer un « deal » qui serait en tout point supérieur à l’accord de 2015, « l’un des pires accords jamais conclus par notre pays » qui a « ouvert la voie à l’Iran pour qu’il se dote de l’arme nucléaire », répète le milliardaire.

Selon les éléments ébruités par le site d’information Amwaj.media, bien informé sur la diplomatie iranienne, les pourparlers pourraient, comme l’exige l’Iran, s’échelonner en deux temps, chacune des parties s’engageant dans une première phase à assurer la libre navigation dans le détroit d’Ormuz : le régime mettrait fin aux attaques de navires ennemis, et les Etats-Unis lèveraient le blocus imposé aux ports iraniens. Cette phase inclurait, selon le site, un cessez-le-feu sur tous les fronts, dont le Liban, et le dégel de 12 milliards de dollars (10,3 milliards d’euros) d’avoirs iraniens, localisés principalement au Qatar. Ce n’est qu’ensuite, pour une durée de trente jours renouvelable, que les négociateurs évoqueraient le cœur du sujet : le nucléaire.

Trophée pour l’administration Trump

Mais pour revendiquer un meilleur accord que celui conclu par l’administration Obama – une bande d’« amateurs », selon Donald Trump –, l’ex-promoteur immobilier doit affirmer qu’il peut arracher plus de concessions iraniennes.« Les Etats-Unis font pression sur l’Iran pour qu’il s’engage à remettre son stock d’uranium enrichi dans le cadre de l’accord initial, en grande partie parce que cet engagement permettrait à Trump de revendiquer une victoire plus décisive. Sinon, l’accord se limiterait à rouvrir le détroit d’Ormuz, rétablissant le statu quo », observe Gregory Brew, analyste chez Eurasia Group.

Selon les données de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), datant de juin 2025, quelque 440 kilos d’uranium enrichi à 60 % se trouveraient dans le pays. Le matériau pourrait, aux dires des experts, servir à fabriquer une dizaine de bombes. Après la « guerre de douze jours », en juin 2025, une partie de ce stock a pu être endommagée, enfouie ou déplacée par le régime. L’AIEA, qui n’a plus accès aux sites sensibles iraniens, ignore la localisation exacte de ces 440 kilos, leur état et leur capacité à être transportée. A ce stock, s’ajoutent des centaines de kilogrammes d’uranium enrichi à 20 % et à 5 %, permettant également de s’approcher de l’arme nucléaire.

Donald Trump a d’abord semblé indifférent à ce qu’il qualifie de « poussière nucléaire ». Il estime désormais qu’il s’agit d’un élément primordial. « No dust, no deal » (« pas de poussière, pas d’accord »), explique un officiel américain cité par la chaîne américaine Fox News, le 24 mai. L’uranium, que les Etats-Unis veulent rapatrier sur leur sol, doit être un trophée pour l’administration Trump.

« L’uranium enrichi (poussière nucléaire !) sera soit immédiatement remis aux Etats-Unis pour être rapatrié et détruit, soit, de préférence, en collaboration et en coordination avec la République islamique d’Iran, détruit sur place ou dans un autre lieu acceptable », prévient le 25 mai, le président américain, ajoutant que « la Commission de l’énergie atomique ou son équivalent » sera « témoin de ce processus ». Donald Trump n’avait, jusqu’ici, jamais fait mention de l’éventuel rôle de l’AIEA. Or, « il est essentiel que l’AIEA rende compte de chaque gramme du stock et supervise l’ensemble du processus », appuie Ali Vaez, directeur du projet Iran au sein de Crisis Group.

Engagement chancelant

Téhéran, qui n’entend pas offrir à Washington une victoire symbolique, propose de diluer le stock, comme cela avait été fait, en partie, au moment du JCPoA, sous le contrôle de l’AIEA, l’autre partie de l’uranium ayant à l’époque été exportée vers la Russie. « Diluer de l’uranium à 60 % pour le ramener à 20 % ou 3,67 % allonge le délai de rupture, mais n’élimine pas le risque de reconstitution. Si le matériau reste sur le territoire iranien, l’Iran disposerait de l’uranium brut, des infrastructures d’enrichissement, du personnel et du savoir-faire nécessaires », analyse Nicole Grajewski, professeure assistante au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po. « Plusieurs propositions existent comme de créer un consortium avec des pays arabes où environ 400 kilos d’uranium seraient stockés ; utiliser une île iranienne inhabitée pour ce stockage ; ou placer le stock dans des pays comme la Russie ou la Chine, mais certains craignent qu’eux aussi puissent trahir les intérêts iraniens », détaille, depuis Téhéran, l’analyste politique Hamzeh Safavi, dont le père fut conseiller de l’ancien Guide suprême Ali Khamenei.

Lundi 25 mai, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, accompagné du chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghtchi, s’est rendu au Qatar, pour faire avancer les discussions. « La visite de la délégation à Doha porte principalement sur les questions relatives au détroit d’Ormuz et à l’uranium hautement enrichi. Le gouverneur de la Banque centrale [Abdolnaser Hemmati] fait également partie de la délégation chargée d’aborder la question des fonds gelés, traitée dans le protocole d’accord », rapporte une source au fait de ce déplacement.

Au dire de l’administration américaine, les positions se rapprochent. Mais la profonde défiance entre les Etats-Unis – qui ont bombardé Téhéran à deux reprises en pleines négociations diplomatiques – et l’Iran – qui a développé son programme nucléaire dans la plus grande clandestinité – rend tout engagement chancelant. Les Etats-Unis ont encore annoncé, lundi, avoir frappé en « légitime défense » des sites de missiles dans le sud de l’Iran, s’émancipant du cessez-le-feu en vigueur depuis le 7 avril. Plusieurs fortes explosions ont été entendues à Bandar-e Abbas, selon les médias iraniens. « Avec l’Amérique de Trump, qui change constamment de position, aucun accord ne semble offrir de garanties fiables. Tout mécanisme concernant l’uranium doit donc, selon la logique iranienne, représenter un levier de pression réciproque », pose Hamzeh Safavi.

« Du point de vue de Téhéran, la question de l’uranium enrichi est liée à deux principes fondamentaux : préserver une infrastructure nucléaire civile crédible et éviter tout accord qui pourrait être interprété sur le plan national comme une capitulation », appuie Babak Vahdad, analyste indépendant. L’accord de Vienne en 2015 permettait à l’Iran de poursuivre l’enrichissement de l’uranium à des fins civiles, le limitant à 3,67 % pendant quinze ans, en plaçant le programme nucléaire iranien sous haute surveillance de l’AIEA. « Une suspension totale de l’enrichissement sera probablement la condition-clé permettant à Trump de prétendre avoir obtenu un “meilleur” accord que le JCPoA », décrit Seyedamir Mahdavi, doctorant en sciences politiques à l’université du Connecticut, spécialiste de l’Iran.

Mais cette ligne du « zéro enrichissement », un temps défendue par l’administration Trump, est inacceptable pour Téhéran. Un moratoire sur l’enrichissement de cinq, dix ou vingt ans est, en revanche, parfois évoqué. « Un non-sens », cingle l’expert Michael E. O’Hanlon, dans une note publiée par le centre de réflexion Brookings Institute le 20 avril. « Fixer des limites aux activités d’enrichissement nucléaire de l’Iran en fonction d’une horloge ou d’un calendrier, puis de les réduire progressivement dans l’espoir que la théocratie iranienne sera plus facile et plus sûre à gérer à l’avenir. C’est un espoir, comme dirait Colin Powell, et non une stratégie », considère M. O’Hanlon, alors qu’outre-Atlantique, les faucons républicains poussent pour une reprise des frappes contre l’Iran, jugeant toute perspective d’accord chimérique.

[Source : Le Monde]