Roland-Garros 2026 : les adieux de Stan Wawrinka, « l’autre Suisse », devenu star du tennis sur le tard

Pour sa dernière apparition aux Internationaux de France, le Vaudois a été battu, lundi, au premier tour par le Néerlandais Jesper de Jong (3-6, 6-3, 3-6, 4-6). Vainqueur de trois Grands Chelems, il aura été l’un des rares à bousculer le règne des « quatre fantastiques ».

Mai 26, 2026 - 12:34
Roland-Garros 2026 : les adieux de Stan Wawrinka, « l’autre Suisse », devenu star du tennis sur le tard
Le joueur de tennis suisse Stan Wawrinka lors de son match du premier tour de Roland-Garros face à Jesper de Jong, à Paris, le 25 mai 2026. STEPHANIE LECOCQ/REUTERS

A 41 ans, il est le doyen du circuit ATP. Battu lundi 25 mai par le Néerlandais Jesper de Jong au premier tour de Roland-Garros (3-6, 6-3, 3-6, 4-6), Stanislas Wawrinka a fait ses adieux aux spectateurs du court Simonne-Mathieu, qui l’ont longuement ovationné à l’issue de son ultime bataille. Tout sauf une surprise : le Suisse avait annoncé, en décembre 2025, qu’il prendrait sa retraite à la fin de 2026. Désormais au-delà de la 100e place mondiale, il a bénéficié d’une invitation pour intégrer le tableau principal de la porte d’Auteuil pour la 19e fois.

Vainqueur surprise des Internationaux de France en 2015, en dominant en finale un Novak Djokovic à son apogée, Stan Wawrinka était devenu, au fil des ans, l’une des coqueluches du public. Un favori parfois grognon, qui ne cherchait pas à être aimable. Sur le tard, son revers somptueux, son mental d’acier, sa simplicité et ses trois succès en Grand Chelem ont fait de lui une star, presque malgré lui.

Besogneux autoproclamé, Stan Wawrinka s’est construit lentement. Il a dû patienter jusqu’en 2014 pour gagner son premier Majeur, l’Open d’Australie, à l’âge de 29 ans, et se révéler aux yeux du grand public. Une performance qui lui a permis d’atteindre le 3e rang mondial, son meilleur classement.

Jamais dans les meilleurs de sa classe d’âge jusqu’à l’adolescence, Stan Wawrinka a grandi dans un environnement rural. Ses parents exploitaient une ferme en biodynamie à Saint-Barthélemy, près de Lausanne. « Je rêvais de devenir joueur de tennis professionnel (…). Je ne me suis jamais fixé comme objectif de remporter un Grand Chelem ou d’être numéro un, a raconté le Suisse, en avril, après son élimination au premier tour du Masters 1000 de Monte-Carlo. Je voulais simplement m’améliorer sans cesse, faire toujours mieux, et c’est ce que j’ai réussi à faire au cours de ma carrière. »

« Mon vrai talent, c’est le travail »

Douze ans ont passé depuis sa victoire en trois manches sur le Rocher contre Roger Federer (4-6, 7-6, 6-2). Ce titre, son seul dans la prestigieuse catégorie des Masters 1000, revêt pour lui une importance particulière. En effet, Stan Wawrinka a longtemps vécu dans l’ombre de son célèbre compatriote, de quatre ans son aîné. L’« autre Suisse », il l’aura entendu toute sa jeunesse. « Il y avait le Suisse qui gagnait et le Suisse qui perdait », se souvient Jean-René Caujolle, le directeur du tournoi de Lyon.

En vingt-quatre ans de carrière, Wawrinka a affronté Federer à 26 reprises, et ne s’est imposé que trois fois. Sans broncher, il a subi les inévitables comparaisons avec le « roi de Wimbledon ». Les deux hommes se connaissent bien : ensemble, ils ont décroché l’or du double messieurs aux Jeux olympiques de Pékin, en 2008, puis la seule Coupe Davis de l’histoire du tennis helvète, en 2014, à Lille, contre la France.

Sur le plan du jeu, les deux Suisses ont peu de points communs. Si Roger Federer virevoltait sur le court avec la grâce d’un danseur de ballet, Stan Wawrinka, lui, est ancré dans le sol et impose ses frappes brutales. Ses différents surnoms évoquent d’ailleurs son physique puissant : « Stan the Man », « Stanimal » ou « le bison » en version francophone.

Sa relation avec Roger Federer a toujours été empreinte d’un respect mutuel. « Pour être très franc, il m’a aidé sur certains points, comme le fait de pouvoir m’entraîner avec le meilleur joueur de tous les temps. Et moins aidé sur d’autres choses, en prenant toute la place et en mettant la barre tellement haut en Suisse que peu importe ce que je pouvais réussir, gagner un Grand Chelem, être dans le top 10, ce n’était rien, zéro, a-t-il confié à L’Equipe, en 2025. Ça a été dur pendant une période, mais c’est ce qui m’a donné la hargne pour essayer de dépasser mes limites. »

Chez Wawrinka, l’humilité est tout sauf une posture. « Mon vrai talent, c’est le travail, c’est de réussir à appliquer les choses bossées à l’entraînement », répète-t-il à longueur d’interviews. Sur son avant-bras gauche est tatouée une phrase inspirée du dramaturge irlandais Samuel Beckett (1906-1989), qui le résume : « Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better » (« Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Echoue encore. Echoue mieux »).

« Capable de se sublimer »

Le Vaudois restera l’un des rares joueurs à être parvenu à tirer son épingle du jeu durant le règne des « quatre fantastiques » (Novak Djokovic, Rafael Nadal, Roger Federer et Andy Murray). Vainqueur de l’Open d’Australie (2014), de Roland-Garros (2015) et de l’US Open (2016), Stan Wawrinka a remporté 16 titres sur le circuit ATP. Une série de déboires physiques l’a ensuite vu décliner, sans qu’il jette l’éponge, « par amour du jeu ».

« Stan laissera le souvenir d’un joueur capable de se sublimer dans les grands moments », observe Arnaud Clément, ancien numéro 10 mondial, consultant pour Prime Video. A l’image de son geste signature, après un coup gagnant au moment-clé d’un match : le Suisse pointait sa tempe avec son index, pour signifier « Je suis fort dans la tête ».

Au 4ᵉ tour de Roland-Garros 2019, le Suisse Stan Wawrinka célèbre sa victoire en cinq sets contre le Grec Stefanos Tsitsipas, le 2 juin 2019.

Son plus grand souvenir ? « Je dirais Roland‐Garros 2015, a-t-il déclaré en avril. J’ai grandi en jouant sur terre battue, je me suis beaucoup entraîné en Espagne et, venant de Suisse romande, Roland‐Garros était le tournoi que nous regardions le plus quand nous étions enfants. Battre Novak en finale là‐bas était vraiment exceptionnel. »

Peu lui chaut que certains arbitres des élégances de la porte d’Auteuil aient brocardé le short à carreaux blanc et rouge qu’il portait cette année-là. « Je n’ai jamais pensé être ridicule avec ce short. De toute façon, je ne suis pas un mec sérieux. Les habits, je les reçois, je les mets. Je n’ai aucun problème à le prendre au second degré », a-t-il affirmé au Parisien, en 2016. En guise de clin d’œil, son équipementier a malicieusement glissé le fameux motif dans l’échancrure de son nouveau polo.

A l’âge où « tout devient un peu plus difficile », Stan Wawrinka n’a pas peur de raccrocher ses raquettes. S’il a fait ses adieux, lundi, à Roland-Garros, le Suisse a déjà amorcé sa reconversion comme producteur de cinéma. Avec sa société The Man Prod, il a cofinancé deux comédies à succès sorties en 2022 et en 2024, portées par son ami, l’humoriste et comédien français Kev Adams. Leur titre ? Maison de retraite. Tout sauf son programme des années à venir.

[Source : TV5Monde]