Sénégal: le chef de l'Assemblée nationale Ousmane Sonko largement réélu à la tête du parti majoritaire Pastef

Le chef de l'Assemblée nationale du Sénégal, Ousmane Sonko, en crise ouverte avec le président Bassirou Diomaye Faye, a été largement réélu samedi 6 juin à la tête du parti Pastef, majoritaire dans l'institution parlementaire.

Juin 7, 2026 - 10:13
Sénégal: le chef de l'Assemblée nationale Ousmane Sonko largement réélu à la tête du parti majoritaire Pastef
L'ex-Premier ministre limogé Ousmane Sonko a été réélu à l'unanimité à la tête du parti Pastef au Sénégal. AP Photo / Misper Apawu

Ousmane Sonko a été réélu "à l'unanimité" pour un mandat de six ans à la tête du Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité) par les 583 délégués des sections nationales et de la diaspora réunis samedi à Diamniadio, près de Dakar, lors du premier congrès de ce parti qu'il dirige depuis sa création en 2014, selon un texte lu par Ngouda Mboup, qui a supervisé le vote.

"Les révolutions peuvent être détournées si elles ne se dotent ni d'une doctrine claire ni d'une organisation capable d'inscrire les changements dans la rupture", a déclaré Ousmane Sonko, en allusion à sa rupture avec le président Bassirou Diomaye Faye qu'il avait désigné pour le remplacer à la présidentielle de 2024 après l'invalidation de sa candidature après une condamnation pour diffamation. "Notre voix est celle d'une révolution démocratique, populaire et souveraine" et "cette fois, aucun projet de sabotage n'aboutira parce que le peuple donnera les garanties qu'il faut pour libérer notre pays", a-t-il poursuivi.

Le Sénégal traverse une période marquée par la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, son ex-compagnon de route politique et ex-Premier ministre qu'il a limogé le 22 mai. Cette situation est susceptible de nourrir l'instabilité économique et la défiance des bailleurs, alors que le pays est lourdement endetté. Après son limogeage, Ousmane Sonko a été remplacé au poste de Premier ministre par le banquier Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, qui a formé le 2 juin un gouvernement boycotté par Pastef mais auquel participent des alliés et membres dissidents de ce parti.

"Si Pastef le veut, dans 72 heures, ce gouvernement peut tomber. Mais nous ne le censurerons pas. Nous allons les accompagner", a affirmé Ousmane Sonko le 2 juin. Samedi, il a dit qu'à partir de sa nouvelle position de chef des députés, le parti "peut mieux contrôler ce qui se fait à l'Assemblée nationale et les intérêts du peuple seront sauvegardés".

Divergence sur la gestion du pays

Pastef, qui détient 130 des 165 sièges à l'Assemblée nationale, peut à tout moment déposer une motion de censure et renverser le gouvernement. Il peut également censurer le gouvernement lors de la présentation de son programme, dont la date n'a encore pas été déterminée, ont expliqué à l'AFP d'anciens parlementaires. Mais le président Faye peut aussi reformer un gouvernement après une censure et dissoudre l'Assemblée nationale - mais seulement deux ans après sa mise en place, donc à partir de novembre 2026. Il peut ainsi recourir à des pouvoirs exceptionnels en vertu de l'article 52 de la Constitution et gouverner ensuite par ordonnances pendant trois mois, sans passer par l'Assemblée nationale, selon les textes.

Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, vainqueurs de la présidentielle de mars 2024 sous le slogan "Sonko mooy Diomaye" (Sonko c'est Diomaye en ouolof), se sont séparés après plusieurs mois de tensions dues à des divergences sur notamment la gestion de la dette et la justice. Les tensions ont commencé à émerger en juillet 2025 lorsque le bouillonnant Premier ministre d'alors s'en était vivement pris au président Faye, fustigeant un "problème d'autorité" dans le pays. 

Début mai, le président avait critiqué la "personnalisation excessive" de son ex-Premier ministre au sein du parti au pouvoir. Le 22 mai, jour de son limogeage, il avait critiqué Bassirou Diomaye Faye, lors d'une intervention à l'Assemblée nationale, à propos du contrôle et de la transparence des fonds politiques dont l'utilisation se fait à la discrétion du président.

[Source: TV5Monde]