Léon XIV est accueilli en Espagne par une jeunesse catholique minoritaire mais fervente

Plus de 500 000 personnes ont participé, samedi soir à Madrid, à la veillée de prière organisée au premier soir de la visite papale. Si leur nombre ne progresse pas, les jeunes catholiques espagnols revendiquent leur foi avec une intensité nouvelle.

Juin 7, 2026 - 09:31
Léon XIV est accueilli en Espagne par une jeunesse catholique minoritaire mais fervente
Le pape Léon XIV sur la Plaza de Lima, à Madrid, le 6 juin 2026. BERNAT ARMANGUE/AP

Léon XIV a entamé, samedi 6 juin, une visite de sept jours en Espagne par un bain de foule avec la jeunesse catholique à Madrid. Premier déplacement d’un pape dans le pays depuis 2011, ce voyage sera marqué, lundi, par un discours inédit devant le Parlement espagnol, avant une étape aux îles Canaries, où il rencontrera des associations qui viennent en aide aux migrants. Il doit également s’entretenir avec des victimes d’agressions sexuelles, « une plaie toujours ouverte », a-t-il reconnu.

Samedi, près de 500 000 personnes, selon les autorités locales, ont rempli le paseo de la Castellana, cette vaste artère qui traverse la capitale espagnole du nord au sud. Arrivés dès le début de l’après-midi, les fidèles arboraient les couleurs de leur paroisse sur leurs tee-shirts et leurs oriflammes, autant pour afficher leur appartenance que pour ne pas se perdre dans la foule. Sous un soleil de plomb, ils avaient prévu le nécessaire : bouteilles d’eau, ombrelles, chaises pliantes, tapis de sol pour patienter avant la veillée de prière.

Sur une immense scène dressée devant le stade Santiago-Bernabeu, Léon XIV s’est adressé aux jeunes dans un espagnol fluide, hérité de ses années passées au Pérou, comme évêque du diocèse de Chiclayo. Il les a exhortés à devenir « l’étincelle d’une humanité nouvelle », face « au vide de l’indifférence et du conformisme, face à la violence de la guerre et du mensonge ». Le pape a également mis en garde contre les illusions des réseaux sociaux : « Beaucoup de choses que l’on y voit nous trompent. Cherchez toujours la vérité. »

Dans la matinée, lors de la cérémonie d’accueil au palais royal, devant le gouvernement et le corps diplomatique, Léon XIV avait appelé à « abandonner les récits qui divisent et clivent » afin de « passer des simplifications stériles à l’appréciation féconde de la complexité ». Il a également mis en garde contre « la tentation de gagner en popularité en attisant le feu de la polarisation ». Le pontife a salué l’« engagement constant » de l’Espagne « en faveur de la paix ».

« Des préoccupations qui nous touchent »

« Je suis d’accord avec le pape. Il faut arrêter de tout politiser et trouver des accords sur les grands sujets qui touchent notre société », explique Francisco Javier, 16 ans, venu de Valence, avec les membres de sa paroisse, pour participer à la veillée. Ce lycéen n’est devenu pratiquant qu’il y a moins d’un an, après un pèlerinage sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. « Je dis ouvertement que je suis croyant, même si, parfois, certains me regardent comme une bête curieuse », confie-t-il.

Pablo, 17 ans, a fait le déplacement depuis Séville, en Andalousie, avec sa paroisse de l’Immaculée Conception. Il apprécie que le pape « parle franchement des préoccupations qui nous touchent, notamment sur le marché du travail », lui qui envisage une carrière dans le domaine de la santé. Laura, 23 ans, éducatrice de Cadix (Andalousie), est venue à la religion après « une crise personnelle ». Elle admet avoir craint, au début, « le regard des autres », avant d’estimer qu’« il est plus facile pour nous que pour nos parents de revendiquer notre foi, et que l’on sent qu’il y a de plus en plus de jeunes catholiques ».

Les chiffres racontent une réalité plus nuancée. Selon le baromètre sur la religion et les croyances en Espagne 2025, publié par le gouvernement espagnol, seuls 29 % des 18-24 ans se définissent comme catholiques, contre 54,3 % de l’ensemble de la population.

« On ne peut pas vraiment parler d’un essor catholique chez les jeunes, c’est la génération la plus sécularisée de l’histoire, explique Victor Albert Blanco, spécialiste de sociologie des religions à l’Université ouverte de Catalogne (UOC). Mais on observe une certaine décélération du phénomène, comparé aux années 1970 et 1980 où la chute avait été brutale. En réponse à cette sécularisation, ceux qui pratiquent le font avec plus d’intensité et plus publiquement, un phénomène qui date d’une dizaine d’années. »

Nouveaux vecteurs de religiosité

Parmi les nouveaux mouvements qui incarnent cette religiosité affirmée, le groupe Hakuna s’est fait connaître par ses concerts de pop chrétienne, qui remplissent des stades et lui ont assuré une popularité considérable. Samedi, il a joué lors de la messe célébrée par Léon XIV.

Fondé en 2013 par un ancien prêtre de l’Opus Dei dans une banlieue aisée de Madrid, Hakuna propose des formats plus souples, destinés à attirer des jeunes en quête de repères. Parmi eux figurent les revolcaderos, littéralement des « lieux où l’on déverse ses idées », des rencontres réunissant une dizaine de fidèles pour discuter, autour d’un verre, de Dieu, mais aussi de sujets du quotidien. « Je pouvais réfléchir aux questions qui m’angoissaient, puis aller boire des bières et continuer de parler dans un bar », raconte Maca Torres, 29 ans. Elle dit avoir trouvé dans le mouvement, alors qu’elle étudiait à Séville, « un pilier et une vérité face à la grande confusion qui règne aujourd’hui ».

Ces nouveaux vecteurs de religiosité ne font pas l’unanimité au sein de l’institution catholique. Dans une note doctrinale publiée le 3 mars, la Conférence épiscopale espagnole s’est montré préoccupée par ce qu’elle perçoit comme une « émotivité » excessive et une « absolutisation de l’affectivité, réduite aux sentiments et aux émotions » chez la génération Z, qui pourrait devenir, selon elle, « un obstacle à la croissance spirituelle ».

[Source : Le Monde]