Voile : la Vendée Arctique, course vers le cercle polaire et première étape vers le Vendée Globe 2028

La course qui s’est élancée, dimanche, des Sables-d’Olonne en direction du Grand Nord, réunit neuf skippeurs dont trois femmes. En ligne de mire : le tour du monde en solitaire prévu en 2028.

Juin 8, 2026 - 05:45
Voile : la Vendée Arctique, course vers le cercle polaire et première étape vers le Vendée Globe 2028
L’Imoca d’Elodie Bonafous, Association Petits Princes – Quéguiner, lors du départ de la Vendée Arctique, aux Sables-d’Olonne (Vendée), le 7 juin 2026. ROMAIN MARIE/ASSOCIATION PETITS PRINCES – QUÉGUINER

« Ce qui fait le plus peur, c’est que nos bateaux sont fragiles. Je peux très bien me retrouver dans le radeau de sauvetage par 66 ° Nord, tout seul, sur de l’eau à 1 ou 2 degrés. » A quelques jours de disputer la Vendée Arctique, la formule de Corentin Horeau, skippeur de MACSF, dit beaucoup de l’exigence et du danger imposés par cette course en solitaire à ses participants. Le départ de la troisième édition a été donné dimanche 7 juin.

Neuf bateaux de classe Imoca (monocoques de 18 m) laisseront Les Sables-d’Olonne (Vendée) dans leur sillage pour franchir le cercle polaire arctique à la longitude de leur choix, avant de revenir à leur point de départ entre le 15 et le 17 juin. Un parcours d’environ 3 000 milles nautiques (soit 5 550 kilomètres), sans route imposée, ni de point de passage intermédiaire obligé. Seule la frontière invisible du 66e parallèle est à passer. Le reste du chemin est à inventer.

Cette liberté donne à la course tout son intérêt stratégique. « A un moment, on va être obligé d’inventer des choses », prévient Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei). Le skipper italien de 34 ans, qui disputera sa première course en solitaire en Imoca, a une certitude : « Rien ne se passera comme prévu. » A 30 ans, Elodie Bonafous (Association Petits Princes-Quéguiner), qui vit sa deuxième saison sur le circuit, voit dans ce parcours ouvert une épreuve de méthode autant que d’audace : « Cela va demander de décomposer énormément le travail. »

La Vendée Arctique est aussi la première course qualificative pour le Vendée Globe 2028-2029. Neuf partants, dont trois femmes (Elodie Bonafous, Violette Dorange et Francesca Clapcich) et trois internationaux (Francesca Clapcich, Ambrogio Beccaria et Sam Goodchild), s’apprêtent à affronter les eaux glaciales, les dépressions, les vents forts et une mer dure. « On aurait aimé qu’il y ait un peu plus de skippeurs, mais nous sommes dans une période où l’économie n’est pas simple », a reconnu Alain Lebœuf, président Les Républicains du conseil départemental de la Vendée et de la SAEM Vendée, organisatrice de la course.

Après chaque Vendée Globe tous les quatre ans, un nouveau cycle commence. La flotte se recompose : les projets cherchent leurs financements, les bateaux changent de mains, de couleurs ou de configuration. Ceux qui parviennent à prendre le départ des courses arrivent avec des machines remises à niveau ou neuves, à peine mises à l’eau et qu’il faut encore apprivoiser.

Dans cette flotte, plusieurs marins viennent donc moins chercher une performance qu’engranger des milles instructifs. Comme Ambrogio Beccaria, Corentin Horeau et Elodie Bonafous ont encore besoin de trouver leur rythme en solitaire sur leurs « bateaux semi-volants », puissants et imprévisibles. « Etre capable de faire des moyennes à 30 nœuds [55 km/h] au portant sur des monocoques, si on m’avait dit ça il y a une dizaine d’années, je ne l’aurais pas forcément cru », raconte Corentin Horeau, qui découvre la classe Imoca en solitaire avec l’ancien Paprec-Arkéa – et les conseils – de Yoann Richomme, deuxième du Vendée Globe en 2025.

« Des journées sans fin »

Elodie Bonafous, qui a bénéficié de l’accompagnement de Yann Eliès, vétéran avec de nombreux tours du monde à son actif, a trouvé une autre image : « C’est un shaker, ce bateau. » Sujette au mal de mer, comme nombre de ses pairs, la navigatrice a passé l’hiver à chercher le bon équilibre : « J’ai toujours préféré être malade que perdre ma lucidité, mais j’ai trouvé le médicament qui me convient et c’est un sujet sur lequel je n’ai plus trop de stress. »

Tous n’abordent pourtant pas le Grand Nord avec le même niveau de certitude. Sam Goodchild, vainqueur des Imoca Globe Series en 2023 et 2025 – circuit mondial à points de cette classe de bateaux arrive avec le costume de favori, renforcé par sa victoire, le 8 mai, sur la « 1000 Race », une boucle entre Manche et Atlantique. « Le froid, ça ne m’inquiète pas… Peut-être pas assez », sourit le Franco-Britannique de 36 ans. « J’ai surtout hâte de voir la lumière, car au cercle arctique, le soleil ne se couche pas à ce moment de l’année. Ça va être génial, on va avoir des journées sans fin », s’enthousiasme-t-il.

Arnaud Boissières, 53 ans, qui a connu toutes les éditions de la Vendée Arctique, prédit une aventure moins contemplative : « Il y aura des nuits blanches, des paysages improbables, mais sur le bateau, ça ne sera pas la carte postale. » Aller vite sans abîmer la machine : le dilemme sera permanent. « Il y a une histoire d’endurance qui va être importante, une gestion du rythme primordiale », insiste Elodie Bonafous. Sur une course qui devrait durer entre huit et dix jours, la gestion du sommeil pèsera. « Le plus fort, c’est celui qui sait hiérarchiser les urgences, souligne Sam Goodchild. Celui qui sait à quel moment il faut aller dormir, quand il faut accélérer, quand il faut aller manger, quand il faut changer de voile. »

A l’autre extrémité de cette course à la puissance, cette Vendée Arctique racontera aussi ce que l’Imoca propose encore aux projets plus modestes. Nicolas d’Estais (Café Joyeux) prendra le départ avec un bateau d’ancienne génération à dérives droites : l’ancien bateau de François Gabart, vainqueur du Vendée Globe 2012-2013. Il sera le seul engagé sans foils, ces appendices latéraux qui permettent aux bateaux de se hisser au-dessus des flots et dont le coût se chiffre en centaines de milliers d’euros. L’ancien consultant en stratégie d’entreprise, venu à la course au large pour poursuivre un « rêve d’enfant », sait qu’il naviguera beaucoup plus lentement que les autres marins, et place sa participation dans une autre perspective. « On écrit une histoire différente : ma victoire, c’est déjà de prendre le départ. »

Le processus de qualification pour le Vendée Globe

Cinq courses sont qualificatives pour le prochain Vendée Globe, dont le départ sera donné depuis Les Sables-d’Olonne (Vendée) le 12 novembre 2028 :

  • La Vendée Arctique (juin 2026) : une boucle au départ des Sables-d’Olonne, avec franchissement du cercle polaire Arctique à la longitude choisie par les skippeurs.

  • La Route du Rhum (novembre 2026) : une transatlantique en solitaire de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) à Pointe-à-Pitre, à la Guadeloupe.

  • Le Retour à la Base (décembre 2027) : une course en solitaire de la Martinique à Lorient (Morbihan).

  • The Transat CIC (mai 2028) : une transatlantique en solitaire de Lorient à New York (Etats-Unis).

  • La New York Vendée - Les Sables-d’Olonne (mai 2028) : une transatlantique en solitaire de New York aux Sables-d’Olonne.

Pour se qualifier, le binôme skippeur-bateau qui prendra le départ du Vendée Globe 2028-2029 doit avoir terminé au moins une de ces courses en solitaire et être classé avec un temps qui ne doit pas dépasser le double de celui du vainqueur. Il doit également entrer dans les 37 premiers du championnat Imoca Globe Series. « Toute autre course océanique en solitaire du championnat Globe Series intégrée par avenant » pourrait aussi compter, précise l’avis de course. Le plateau définitif des 40 skippeurs participants sera connu à l’été 2028, sachant que les organisateurs se réservent la possibilité d’offrir trois invitations.

[Source : TV5Monde]