Pendant la Coupe du monde 2026, les joueurs vont devoir composer avec des températures élevées, voire dangereuses pour la santé

La chaleur devrait perturber le jeu durant la compétition, directement touchée par le réchauffement climatique. Selon une étude du réseau scientifique World Weather Attribution, 26 matchs devraient se dérouler dans des conditions à risque pour les athlètes.

Juin 12, 2026 - 15:14
Pendant la Coupe du monde 2026, les joueurs vont devoir composer avec des températures élevées, voire dangereuses pour la santé
Entraînement de l’équipe espagnole au complexe sportif de Baylor School dans le Tennessee, le 11 juin 2026. IMAGN IMAGES VIA REUTERS/BRETT DAVIS

La Coupe du monde de football vient à peine de débuter qu’un adversaire majeur s’est déjà invité dans la compétition. Ni sélection nationale ni favori au titre, il pourrait pourtant peser dans le déroulement du tournoi : la chaleur. Dans les semaines à venir, joueurs, entraîneurs et supporteurs devront composer avec des températures élevées, voire dangereuses pour la santé, dans plusieurs villes hôtes des Etats-Unis, du Mexique et du Canada. Lundi 15 juin, lorsque l’Arabie saoudite affrontera l’Uruguay à 18 heures à Miami (heure locale), la température devrait, par exemple, avoisiner les 30 °C – ressenti 40 °C du fait du taux d’humidité élevé. Les scientifiques et médecins du sport considèrent le stress thermique comme l’un des principaux enjeux extra-sportifs de cette édition. Un risque accru alors que ce Mondial s’avère le plus long de l’histoire – 48 équipes s’affrontent lors de 104 rencontres, du 11 juin au 19 juillet.

La chaleur devrait influencer le jeu lui-même. Selon une étude de l’organisation Climate Central, publiée le 3 juin, le changement climatique d’origine humaine augmente le risque de températures nuisant aux performances lors de la plupart des matchs (97 sur 104). Les chercheurs se sont appuyés sur un seuil de 28 °C, au-delà duquel plusieurs études ont montré une baisse de la capacité des footballeurs à courir vite, loin et souvent. Près de la moitié des matchs du tournoi présente au moins une chance sur deux de se dérouler dans de telles conditions. Certains sont plus exposés, comme celui entre l’Uruguay et l’Espagne, disputé le 26 juin à Guadalajara (Mexique), avec une probabilité de 70 %.

« La chaleur entraîne une diminution de la distance totale parcourue par les joueurs. En revanche, ils peuvent parvenir, en régulant leur effort, à préserver globalement le nombre et la vitesse des sprints », expose Julien Périard, directeur de l’Institut de recherche sur le sport et l’exercice de l’université de Canberra. Il indique que les passes ont tendance à augmenter avec les températures, tout comme leur taux de réussite, « probablement parce que les coéquipiers se déplacent moins et offrent des cibles plus stables ».

Crampes, coup de chaleur…

Au-delà des performances sportives, les chercheurs s’inquiètent surtout des conséquences sanitaires de la hausse du mercure. Une étude du réseau scientifique international World Weather Attribution, publiée le 14 mai, conclut que les conditions de chaleur humide dangereuses pour les joueurs sont nettement plus probables aujourd’hui qu’en 1994, lors de la dernière Coupe du monde organisée aux Etats-Unis.

Les auteurs se sont appuyés sur le Wet Bulb Globe Temperature (« température humide », WBGT), un indicateur combinant température, humidité, rayonnement solaire et vent afin d’évaluer le stress thermique réellement subi par l’organisme. D’après l’étude, 26 matchs du tournoi devraient se dérouler sous des conditions atteignant au moins 26 °C WBGT, soit l’équivalent de 35 °C dans un air relativement sec ou 28 °C dans un air assez humide. Un seuil à risque pour les athlètes, pour lequel le syndicat mondial des joueurs, la Fifpro, recommande des pauses à chaque mi-temps pour se rafraîchir. Et cinq rencontres devraient avoir lieu sous 28 °C WBGT. Ce palier est considéré comme dangereux pour jouer au football, la Fifpro conseillant de repousser les rencontres.

Le sud des Etats-Unis et le Mexique sont particulièrement exposés, notamment Miami, Kansas City, Monterrey. Mais, même des villes plus fraîches comme Toronto et Vancouver, au Canada, peuvent subir des vagues de chaleur extrêmes – en juin 2021, le pays avait enregistré 49,6 °C. Seuls trois stades sont climatisés (Dallas, Houston et Atlanta) parmi les 16 accueillant les rencontres. « Il est fort probable que des supporteurs et des joueurs soient exposés à des conditions dangereuses lors du tournoi », prévient Theodore Keeping, chercheur à l’Imperial College de Londres et l’un des auteurs de l’étude.

« Jouer dans la chaleur, en particulier lorsqu’elle est combinée à une forte humidité qui limite la capacité de l’organisme de se refroidir en évaporant la sueur, accroît le risque de maladies, telles que les crampes, l’épuisement et, dans les cas les plus graves, le coup de chaleur », détaille Julien Périard. Ce dernier se traduit par une température de l’organisme dépassant les 40 °C ainsi qu’un dysfonctionnement du système nerveux central (confusion, agitation, etc.) qui peut déboucher sur la mort sans intervention rapide. De leur côté, les supporters font face à un risque pour leur santé en cas d’exposition prolongée au soleil, d’accès limité à l’eau ou de foule dense.

Mesures d’adaptation

Une adaptation est indispensable. La Fédération internationale de football association (FIFA) a annoncé que tous les matchs incluront une pause d’hydratation de trois minutes à chaque mi-temps, indépendamment des conditions environnementales. Julien Périard appelle aussi les équipes à « s’assurer que les joueurs sont acclimatés à la chaleur, qu’ils disposent d’un plan d’hydratation adapté et qu’ils utilisent des méthodes de refroidissement efficaces », comme l’application de serviettes glacées sur les épaules ou la consommation de boissons froides.

Dans une lettre ouverte à l’attention de la FIFA signée le 13 mai, le chercheur et 20 autres scientifiques qualifient la politique de la fédération en matière de chaleur d’« insuffisante » et mettent en garde contre le risque de blessures pour les joueurs. A l’exception de cette Coupe du monde, la fédération prévoit des pauses et la possibilité d’un report du match seulement lorsque la température dépasse 32 °C WBGT. « Ce niveau est impossible à justifier », écrivent les chercheurs, puisqu’il correspond, par exemple, à une température de l’air de 45 °C avec un taux d’humidité de 20 %.

Alors que le réchauffement climatique va s’aggraver et encore accroître les risques, le World Weather Attribution rappelle que la poursuite de la pratique du football « en toute sécurité » pendant l’été nécessite des mesures d’adaptation, mais aussi « de sortir progressivement de l’utilisation des combustibles fossiles » (charbon, pétrole et gaz), principale cause du réchauffement climatique.

« Il ne s’agit pas seulement de sauver le sport, avertit Simon Stiell, le secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Il s’agit de protéger le monde dont dépend le sport, dont nous dépendons tous. La santé du sport, et de notre monde, dépend des décisions que nous prenons aujourd’hui. » Un message qui s’adresse également aux organisateurs du Mondial, qui devrait être le plus polluant jamais organisé.

[Source : Le Monde]