PFAS : les aliments à base de céréales sont aussi massivement contaminés par le TFA

Une étude inédite publiée jeudi 4 décembre par le réseau PAN Europe révèle que ces aliments constituent une importante source d’exposition au plus petit des PFAS.

Déc 4, 2025 - 11:22
PFAS : les aliments à base de céréales sont aussi massivement contaminés par le TFA
Des baguettes dites « tradition » dans une boulangerie, à Paris, le 6 mars 2020. CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Céréales du petit déjeuner, pain, viennoiseries, pâtes, farines… Les aliments à base de céréales – en particulier de blé – sont massivement contaminés par l’acide trifluoroacétique (TFA), le plus répandu des polluants éternels. Une étude inédite publiée jeudi 4 décembre par le Réseau d’action contre les pesticides (PAN Europe) révèle que ces aliments dont sont friands les Européens constituent une importante source d’exposition au plus petit des PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées). Cette publication intervient au lendemain de la publication d’un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) alertant sur une contamination généralisée de l’eau potable en France par le TFA.

A mesure qu’il s’accumule dans l’environnement, le TFA représente une menace grandissante en termes de santé publique : il est aujourd’hui en passe d’être classé toxique pour la reproduction dans l’Union européenne et présente également des indices de toxicité hépatique. Pourtant, jusqu’ici, aucune autorité de sécurité alimentaire ne s’est penchée sur sa présence dans les produits à base de céréales, alors que l’alimentation constitue la première voie d’exposition au TFA devant l’eau potable. L’étude conduite par PAN Europe et ses associations membres comble ce vide.

Soixante-cinq produits conventionnels à base de céréales achetés dans 16 pays européens ont été analysés par un laboratoire indépendant autrichien. Les résultats révèlent une contamination quasi généralisée. Des traces de TFA ont été détectées dans plus de 81 % des échantillons (53 sur 65) avec des niveaux de concentration importants. La teneur moyenne en TFA atteint 75 700 nanogrammes par kilogramme (ng/kg).

C’est 100 fois plus que le niveau moyen retrouvé dans l’eau du robinet lors d’une campagne menée par PAN Europe dans 11 pays européens en 2024. C’est également très supérieur au niveau moyen (1 000 nanogrammes par litre, ng/l) mis en évidence par la campagne nationale de l’Anses. Avec une concentration de 360 000 ng/kg, le record est détenu par des céréales du petit déjeuner achetées en Irlande. A titre de comparaison, le plus haut niveau de concentration retrouvé dans l’eau potable par l’Anses s’élève à 25 000 ng/l.

De nombreux aliments provenant de différents pays européens présentent des niveaux élevés de TFA. Du pain complet acheté en Belgique affiche une concentration de 340 000 ng/kg ; une farine de blé allemande, 210 000 ng/kg ; une baguette et un croissant français respectivement 200 000 ng/kg et 130 000 ng/kg ; un pain d’épices néerlandais très prisé des enfants à la Saint-Nicolas, 120 000 ng/kg ; des spaghettis italiens, 26 000 ng/kg…

« Urgence d’une action immédiate »

L’Union européenne n’a pas – encore – arrêté de limite maximale de résidus (LMR) pour le TFA dans les aliments. Une LMR par défaut est fixée à 10 000 ng/kg. Si elle était appliquée, l’ensemble des échantillons relevant la présence du TFA dépasserait cette limite.

« Nos résultats soulignent l’urgence d’une action immédiate. Nous ne pouvons pas exposer la population et encore moins les enfants à des substances reprotoxiques », réagit François Veillerette, porte-parole de Générations futures, qui a piloté la partie française de l’étude. Outre la surveillance du TFA dans les aliments, PAN Europe demande l’interdiction des pesticides à base de PFAS. Ces derniers représentent environ 12 % des substances actives des pesticides de synthèse autorisées dans l’Union européenne. En se dégradant, ils se transforment en TFA et polluent les sols et l’eau. Avec les gaz fluorés, ils sont la principale source d’émission de TFA.

Le rapport de PAN Europe révèle que les produits à base de blé sont nettement plus contaminés que ceux composés à partir d’autres céréales (avoine, seigle, maïs ou riz) : ils présentent une concentration moyenne de 90 000 ng/kg contre 12 000 ng/kg pour les autres. Deux hypothèses sont privilégiées pour expliquer cette particularité du blé : il est davantage traité avec des pesticides à base de PFAS que les autres céréales, il a une capacité physiologique supérieure aux autres céréales à absorber le TFA présent dans l’environnement.

« La découverte que le blé présente des concentrations plus élevées que les autres céréales mérite un suivi plus approfondi de la part des scientifiques et des autorités chargées de la sécurité alimentaire, commente le chimiste de l’environnement Hans Peter Arp, un des meilleurs spécialistes mondiaux du TFA. Mais nous devons nous préoccuper des nombreuses autres sources alimentaires qui n’ont pas encore été identifiées, telles que certains types de légumes, de fruits ou de haricots, qui, ensemble, augmentent notre exposition au TFA. » Avant de s’intéresser aux céréales, PAN Europe avait mis en évidence des concentrations importantes de TFA dans l’eau (du robinet et en bouteille) et le vin.

[Source: Le Monde]