Coupe du monde 2026 : insubmersible, l’Argentine renverse l’Angleterre et défendra son titre face à l’Espagne

Dos au mur, alors qu’elle était encore menée à la 85ᵉ minute, l’Albiceleste a réussi à s’imposer, mercredi, lors de la demi-finale du Mondial de football, qui l’opposait aux Three Lions.

Juil 16, 2026 - 10:02
Coupe du monde 2026 : insubmersible, l’Argentine renverse l’Angleterre et défendra son titre face à l’Espagne
But de l’Argentin Lautaro Martinez (au centre) lors du match de demi-finale de Coupe du monde contre l’Angleterre, à Atlanta (Géorgie, Etats-Unis), le 15 juillet 2026. ERIK S. LESSER/AP

Ainsi se forgent les légendes, celle de Lionel Messi et de cette équipe d’Argentine de football insubmersible, à laquelle il faut reconnaître – quand bien même jamais autant de Français n’avaient soutenu les Anglais – l’immense talent de ne pas douter. L’Albiceleste a battu, ou plutôt renversé l’Angleterre (2-1), mercredi 15 juillet, en demi-finales de la Coupe du monde 2026, à Atlanta, en Géorgie, en inscrivant ses deux buts après la 85e minute, dans un remake de son huitième de finale face à l’Egypte, ce qui envoie un message aux Espagnols : l’équipe qu’ils vont affronter dimanche 19 juillet pour le titre mondial, à New York, n’abdique jamais.

Lionel Messi jouera sa deuxième finale de Coupe du monde d’affilée, quand l’Angleterre attend toujours son tour, depuis soixante ans désormais. Le génie argentin marchera beaucoup, courra un peu, marquera peut-être, distribuera certainement.

C’est dans ce rôle d’animateur qu’on l’a vu, mercredi, et ce n’est pas celui qui lui va le moins bien. L’attaquant est aussi un numéro 10 qui distille les passes décisives, comme sur le premier but de l’Albiceleste, une remise en retrait pour une frappe d’Enzo Fernandez (85e minute), ou encore sur le second but, un centre déposé sur la tête de Lautaro Martinez (93e).

Elu homme du match au coup de sifflet final, ce qui est anecdotique dans son palmarès, Messi est, à 39 ans, le meilleur buteur (21 buts) et le meilleur passeur (12 passes) de la plus grande des compétitions de football, ce qui l’est beaucoup moins.

Un pied dans l’avion

Son impact ne se résume pas à des chiffres. Pour son équipe, il est aussi un précieux talisman contre la peur, dans laquelle elle aurait pu légitimement s’abîmer après l’ouverture du score par les Anglais, à la 55e minute. Anthony Gordon, l’ailier de Newcastle reprenait alors du pied droit un centre de Morgan Rogers, après une merveille de déplacement dans la surface, qui surprenait le défenseur Nahuel Molina.

Pendant une demi-heure, les Argentins ont eu un pied dans l’avion – pour Miami (Floride), où se jouera la petite finale, samedi 18 juillet. On a d’ailleurs cru que, cette fois, la réussite avait abandonné l’Albiceleste, à voir ses offensives s’écraser sur les défenseurs anglais, sur Jordan Pickford, le gardien de but, ou sur le poteau, à deux reprises.

Même le public argentin, si bouillant habituellement, ne poussait plus aussi fort dans les dix dernières minutes, comme s’il avait épuisé son quota de bonne fortune. Mais c’était compter sans la résilience de Lionel Messi et de ses équipiers.

Lionel Messi (à droite) et le joueur anglais Anthony Gordon, lors de la rencontre Angleterre-Argentine, à Atlanta (Georgie), aux Etats-Unis, le 15 juillet 2026.

Il y a une forme de logique dans ce résultat, tant le but d’Anthony Gordon a eu un effet inverse sur les deux équipes : l’Argentine a commencé à jouer quand les Anglais ont cessé de le faire, ce qui n’est jamais une bonne idée.

Thomas Tuchel peut s’en vouloir, lui qui, à protéger le score, en a oublié quelques principes de base : ce n’est pas en empilant six défenseurs sur le terrain qu’on défend bien. L’entraîneur allemand des Three Lions a fait sortir l’auteur du but pour le remplacer par le central Ezri Konsa (72e), et fait entrer le latéral Nico O’Reilly (82e) à la place du milieu Declan Rice.

L’Angleterre a dès lors perdu toute maîtrise du ballon et s’est regroupée dans sa surface, sous les assauts argentins, ce qui n’est pas une position confortable avec Lionel Messi à la baguette. Après le but de Lautaro Martinez, Thomas Tuchel a cette fois fait ressortir deux défenseurs pour faire entrer deux attaquants, dans une forme de coaching désespéré, voire désespérant.

« Dès qu’on perd, on est critiqué »

L’entraîneur a justifié ses décisions après le match, expliquant avoir voulu répondre à l’entrée de joueurs davantage offensifs, côté argentin. « Dès qu’on perd, on est critiqué, c’est la nature du jeu », a-t-il évacué, regrettant « le changement de momentum » pendant les trente dernières minutes.

Harry Kane, le capitaine de l’équipe, n’a pas eu l’air de goûter ces choix, au micro de la BBC : « Nous avons bien joué la majorité du match. Quand on a mené (1-0), on a donné l’impression d’essayer de garder le score, ce qui à ce niveau n’est pas suffisant. »

L’attaquant pourra aussi regretter sa propre performance. S’il est à l’origine de la récupération qui a amené le but anglais, il n’a pas eu l’impact attendu sur le reste de la rencontre, pas plus que Jude Bellingham, volontaire dans l’entrejeu, mais qui a manqué de percussion offensivement.

Tout n’est pas à jeter dans la copie des Anglais, et le plan était même parfait à l’heure de jeu : de l’intensité, de la projection et peu d’occasions concédées. Les Three Lions tenaient leur rang, répondant à l’affrontement physique imposé par leurs adversaires.

Ces deux équipes, ces deux pays faudrait-il dire, ne s’aiment pas et cela s’est vu, ou plutôt entendu, avant même le coup d’envoi, quand les deux hymnes ont été largement hués de part et d’autre. On n’a pas discerné une note du God Save the King et de la Marcha Patriotica, dans le brouhaha du stade d’Atlanta. Et il n’a pas fallu attendre trois minutes de jeu pour voir la première altercation sur le terrain.

Les Argentins s’étaient chargés, avant le match, de convoquer l’histoire, qui pèse toujours davantage sur les perdants. « Pour les Malouines, pour Diego [Maradona], pour la dernière de Leo », avaient-ils chanté dans le vestiaire, après leur victoire contre la Suisse lors de leur quart de finale.

Et quand, à la 36e minute, tous les joueurs ont volé au secours de Messi, fauché sans ménagement par Elliot Anderson, on s’est dit que leur capitaine était aussi précieux à leurs yeux que l’archipel de l’Atlantique Sud, qu’ils ont échoué à prendre par les armes aux Anglais.

Une banderole « Les Malouines sont argentines » déployée par des joueurs argentins

A l’issue du match, plusieurs joueurs argentins ont déployé sur la pelouse du stade d’Atlanta une banderole sur laquelle il était écrit : « Les Malouines sont argentines », en référence au litige territorial qui a dégénéré en conflit armé, en 1982. Alors que la Fédération internationale de football interdit toute manifestation politique dans une enceinte lors des tournois qu’elle organise, le président argentin, Javier Milei, sans se référer spécifiquement au geste des joueurs argentins, a déclaré : « Ne mélangeons pas les choses. Les Malouines se récupèrent avec une diplomatie avisée et non avec des gestes de patriotisme bon marché. »

Ce début mouvementé pouvait faire craindre un match de tous les excès, mais la rencontre aura été plus engagée que brutale. L’arbitre américano-marocain, Ismail Elfath, a bien tenu la partie, sans en être le personnage principal, ce qui est le rôle attendu de l’homme en noir : rester dans l’ombre de l’histoire.

Le match s’est même déroulé sans les longues interruptions de l’assistance vidéo (VAR), et on s’est tellement habitué à voir le temps se dilater depuis le début de la compétition, qu’on a presque été surpris de ne voir que trois minutes d’arrêt de jeu à la fin de la première mi-temps, uniquement liées à la pause hydratation.

Il ne manquait que la suppression des coupures publicitaires inopportunes, d’autant plus dans un stade fermé et climatisé, pour que l’on retrouve, au pays du soccer, toute la magie du football.

[Source : Le Monde]