En Allemagne, Friedrich Merz reste prudemment optimiste sur l’avenir de sa coalition

Echaudé par plusieurs crises politiques qui ont fait craindre pour la viabilité de son alliance, le chancelier s’est abstenu de tout triomphalisme sur les réformes obtenues, lors de sa conférence de presse d’été, mercredi.

Juil 16, 2026 - 11:51
En Allemagne, Friedrich Merz reste prudemment optimiste sur l’avenir de sa coalition
Le chancelier allemand, Friedrich Merz, lors d’une conférence de presse, à Berlin, le 15 juillet 2026. LISI NIESNER/REUTERS

C’est un Friedrich Merz ostensiblement prudent qui s’est présenté aux médias, mercredi 15 juillet à Berlin, lors de la traditionnelle conférence de presse d’été. Le chancelier allemand, volontiers provocateur quand il était dans l’opposition, désormais critiqué pour ses dérapages verbaux, a pris soin de rester au plus près de ses dossiers, très concentré sur son message principal : la coalition qu’il dirige, composée des conservateurs de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et de son alliée bavaroise (la CSU) ainsi que du Parti social-démocrate (SPD), a tenu quelques-uns de ses engagements.

« La semaine dernière, nous avons fait adopter par le Bundestag [l’Assemblée fédérale] et par le Bundesrat [la Chambre haute du Parlement] tous les textes que nous avions prévus. C’était important pour nous », a déclaré Friedrich Merz. Un euphémisme. Si les réformes promises depuis des mois n’avaient pas été adoptées, le gouvernement se trouverait actuellement dans une situation de crise majeure, évitée in extremis. Les députés de la majorité ont réussi à faire passer avant la pause estivale la réforme de l’Assurance-maladie, ainsi qu’un texte sur l’allègement des règles administratives. D’autres projets de lois, en particulier les grandes réformes des retraites et de la fiscalité, doivent être votés à l’automne.

Ces multiples textes, souvent critiqués par les économistes, qui les jugent insuffisants, ont cependant permis de montrer que le gouvernement était capable de dégager des compromis. Balayées, donc, au moins pour l’instant, les inquiétudes sur la viabilité politique de la coalition. Une crise, mi-avril, avait en effet installé l’idée parmi les observateurs d’un blocage politique irréductible entre les partis de la coalition, alimentant l’exaspération et faisant grimper l’Alternative für Deutschland (AfD), le parti d’extrême droite, en tête des sondages. Friedrich Merz et le vice-chancelier (SPD) et ministre des finances, Lars Klingbeil, ont donc adapté leur méthode : en négociant en même temps sur une large palette de sujets, ils sont parvenus en quelques semaines à des compromis sur des questions qui opposaient la coalition depuis des mois.

Atténuées, également, les critiques sur le leadership de Friedrich Merz lui-même, accusé de manquer d’autorité sur ses propres troupes. Le malaise était allé si loin que, au mois de mai, plusieurs médias avaient relayé des rumeurs selon lesquelles des élus chrétiens-démocrates songeaient à le remplacer par l’un de ses rivaux à l’intérieur du parti. Un tel scénario n’est désormais plus évoqué, même si Friedrich Merz reste sous pression. Pour ménager les grognards de son camp, il a concédé que « tout cela n’est pas encore suffisant ». Mais il a insisté sur le nouveau « rythme » de son gouvernement : « La coalition s’est mise sur les rails », a-t-il assuré, avant d’ajouter : « Sur le plan personnel, nos relations sont très bonnes. J’ai bon espoir que nous réussissions aussi le second semestre [2026]. »

Evolution des convictions

Les journalistes de la capitale n’ont pas réussi à mettre en difficulté un chancelier resté tout en retenue. Friedrich Merz est même parvenu à esquiver les questions sur le grand test politique de la rentrée : les élections régionales à Berlin, en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et en Saxe-Anhalt. Dans ces deux dernières régions, l’AfD pourrait arriver en tête, voire obtenir la majorité absolue des sièges au parlement régional. « Que fera la CDU dans cette situation inédite ? Pourra-t-elle maintenir le cordon sanitaire vis-à-vis de l’extrême droite ? », ont demandé des journalistes. « Je continue à croire que nous ne serons pas confrontés à cette situation », a répondu le chancelier.

La conférence a surtout montré combien Friedrich Merz – qui incarnait l’attachement de son parti à la relation transatlantique, à l’équilibre des comptes publics et aux bienfaits du libre-échange – a évolué par rapport à ses convictions d’origine. Depuis son élection, le 23 février 2025, le chancelier a avalisé plusieurs ruptures majeures pour l’Allemagne : la transformation du rapport avec les Etats-Unis, la levée partielle des règles d’endettement pour financer un effort historique de remilitarisation, et enfin l’évolution vis-à-vis de la Chine, désormais officiellement accusée par Berlin de concurrence déloyale.

Interrogé sur tous ces sujets, le conservateur a répondu pour une fois sans excès d’assurance. « J’espère que nous parviendrons à sortir de cette crise structurelle », a-t-il dit après une question sur la reprise économique qui se fait attendre, concédant que les réformes seules ne pourront suffire à sauver le modèle économique allemand, extrêmement dépendant de la demande extérieure. « Nous pouvons faire beaucoup en matière de politique intérieure, mais nous ne pouvons pas tout faire », a-t-il admis.

A-t-on assisté lors de cette conférence à la naissance d’un nouveau Friedrich Merz, plus modeste, moins catégorique, et surtout plus lucide sur ses propres marges de manœuvre en politique intérieure après les graves déconvenues de ces derniers mois ? Un peu plus d’un an après sa prise de fonctions, 85 % de la population se dit insatisfaite du chancelier, un niveau de désaveu inédit. « Cela me préoccupe », a-t-il reconnu, s’abstenant de toute invective contre ses adversaires. « Ce que nous faisons, nous le faisons avant tout pour nos enfants et petits-enfants », a-t-il glissé. Pas certain que cette nouvelle posture suffise à contrer la tempête qui s’annonce à l’automne.

[Source : Le Monde]