Dans le Cher, l’ancien gendarme qui accumulait les voitures, à moteur ou à pédales

Alpine, Ford T, Ferrari : à Trouy, Patrick Savigny, un retraité de 73 ans, collectionne modèles réduits et bolides de légende, en faisant de sa maison un véritable musée automobile.

Jan 14, 2026 - 16:30
Dans le Cher, l’ancien gendarme qui accumulait les voitures, à moteur ou à pédales
Patrick Savigny devant sa collection de voitures à pédales, dans le sous-sol de sa maison, à Trouy (Cher), le 28 décembre 2025. FRÉDÉRIC POTET

Noël, Patrick Savigny, 73 ans, s’est fait un petit plaisir : il s’est offert un modèle réduit télécommandé d’Alpine A110 Pikes Peak, un coupé sportif conçu pour les courses de montagne. S’il n’y a pas d’âge pour jouer aux petites voitures, ce retraité de la gendarmerie n’a pas pour autant l’intention de piloter son prototype à échelle 1/10 dans les rues de Trouy (Cher), où il vit.

L’homme est collectionneur, et n’a qu’une passion : la bagnole. Des centaines de miniatures ornent les murs de sa maison, principalement des Ferrari, sa marque fétiche. Dix véritables automobiles sont également parquées entre le sous-sol, le garage et le jardin. Des grosses et des petites. Toutes immatriculées et assurées. Un budget. Un affront aux injonctions écologiques du moment, s’offusqueront certains. « Des voitures plaisir », explique le multipropriétaire.

A chaque véhicule, son usage. Son cabriolet BMW est ainsi utilisé l’été pour les courts déplacements. Pour les voyages plus longs, un 4 × 4 de marque Toyota est privilégié. Un autre, fabriqué par Mitsubishi, a les préférences du conducteur le dimanche matin pour « aller à la chasse ». Une Ford T de 1917, avec roues en bois, fait forte impression aux réunions de famille, de type mariage, à condition de redoubler de vigilance en passant les vitesses : « Comme dans les films de Laurel et Hardy, la marche arrière est aussi rapide que la première » – soit 50 kilomètres/heure (km/h) en vitesse de pointe. Et pour aller chercher son pain à la boulangerie la plus proche ? « Une Renault Laguna roulant au bioéthanol, répond le pape de la soupape. Je m’en sers comme d’un vélo. »

« Quelque chose me manque »

Toutes acquises d’occasion – la dernière en date est une Renault 4L de 1963, en cours de restauration –, ces voitures sont vouées à être revendues un jour ou l’autre. Patrick Savigny a fait le calcul : depuis sa première acquisition, en 1975 – une Simca 5, de 1937 –, il a possédé pas moins de 74 modèles différents. Traction avant, 2 CV, Caravelle, Ford Capri… Musée de l’automobile à lui tout seul, celui qui fut aussi responsable de la sécurité d’une usine d’armement a même réalisé son rêve suprême : « rouler en Ferrari, avant [ses] 50 ans ». Certains n’estiment-ils pas avoir réussi leur vie en détenant une Rolex avant cet âge fatidique ?

La première de ses Ferrari fut une 308 GTS, la « même que Magnum », le détective privé de la série des années 1980. Avec la seconde – une 512 Testarossa à moteur V12 –, il a atteint la vitesse décoiffante de 352 km/h sur un circuit privé. Depuis la vente de sa troisième voiture rouge – une 360 Modena –, il y a quatre ans, Patrick Savigny est inconsolable : « Quelque chose me manque. »

Un vide qu’il espère combler prochainement en en rachetant une nouvelle, après la cession de quelques-unes de ses pièces, parmi lesquelles trône une Maserati Granturismo, coupé sport et chic qu’il possède… en deux exemplaires. L’argent obtenu lui permettrait ainsi d’acquérir une nouvelle Ferrari. La première est une cylindrée de 400 chevaux, achetée en 2018. La seconde, une reproduction de celle-ci, de 110 centimètres de long, qui s’actionne à la force du jarret. Amateur impénitent, Patrick Savigny est en effet, aussi, à la tête d’une collection de 56 minivoitures à pédales, dénichées en brocante ou sur Leboncoin, et retapées par ses soins.

En plastique ou en tôle, des Dauphine, Lotus, Méhari et autres Matra y côtoient le tacot jaune de Oui-Oui, sauvé d’un voyage à la déchetterie. Deux voiturettes ont, elles, été récupérées auprès de l’association Prévention routière qui s’en servait comme véhicules d’apprentissage pour les écoliers. Dotées de moteurs thermiques – l’un de Solex, l’autre de tondeuse à gazon –, on les devine à peine dans le fatras d’un sous-sol encombré d’objets en tout genre : baby-foot, flippers, avions miniatures, pompes à essence, postes radio à galène, machines à coudre… « Enfant, mes parents n’avaient pas les moyens de m’offrir des jouets. Je compense, sans doute », veut croire ce fils d’ouvrier élevé dans la Vienne.

Son épouse, Catherine, pareillement atteinte du syndrome de la collectionnite aiguë, n’est pas en reste avec ses accumulations de dés à coudre, d’aiguières, de capsules de champagne ou de landaus vintage, moyens de locomotion à quatre roues ne nécessitant aucune carte grise.

[Source: Le Monde]