Nouvelle crispation entre l’Algérie et la France après la diffusion d’une émission de « Complément d’enquête »
La participation au programme de France 2 consacré à « la guerre secrète France-Algérie » de l’influenceur Amir DZ, mais aussi celle de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, a irrité Alger, qui dénonce une « agression contre l’État algérien ».
Le ministère des affaires étrangères algérien a convoqué, samedi 24 janvier, le chargé d’affaires de l’ambassade de France à Alger, à la suite de la diffusion sur France 2 d’un numéro de l’émission « Complément d’enquête » consacré à « la guerre secrète France-Algérie » et jugé offensant par les autorités algériennes.
L’épisode avait été annoncé dès jeudi par un commentaire au vitriol de l’agence de presse APS, qui dénonçait l’émission avant même sa diffusion. Sur la base d’une simple bande-annonce, l’agence critiquait la « dérive » d’un média public français qui aurait « troqué l’exigence journalistique contre les thèses les plus rances de l’extrême droite française ».
Le commentaire de l’agence officielle, largement repris par les médias algériens, visait en particulier, sans le nommer, l’ancien ambassadeur de France à Alger, Xavier Driencourt, décrit comme un « agité, atteint d’une véritable pathologie obsessionnelle nommée “Algérie” ». Il fustigeait également la place accordée au youtubeur Amir Boukhors, dit Amir DZ, présenté comme « un dealer de drogue, maître chanteur, analphabète, voyou sans formation ni légitimité intellectuelle ».
Cette charge a, de l’avis général, servi de promotion involontaire à l’émission, incitant de nombreux Algériens à la regarder. Finalement, l’ancien ambassadeur, pourtant visible dans la bande-annonce, n’est pas apparu dans le programme. En revanche, les téléspectateurs ont pu entendre Amir DZ – figure très controversée en Algérie, y compris parmi les opposants – qualifier le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, de « voyou », une séquence qui a probablement suscité une forte irritation au sein de la présidence.
Dans un communiqué, le ministère des affaires étrangères algérien qualifie le programme de « tissu de contre-vérités profondément offensantes et inutilement provocatrices » et de « véritable agression contre l’Etat algérien, ses institutions et ses symboles ». Pour Alger, la responsabilité du gouvernement français est engagée : France 2 « ne se serait jamais autorisé une telle agression sans la complicité ou, à tout le moins, l’assentiment de sa tutelle publique », estime la diplomatie.
Rappel de l’ambassadeur
La participation de l’actuel ambassadeur de France, Stéphane Romatet, à une « campagne outrageante » est également dénoncée comme « incompatible avec l’exercice normal des fonctions diplomatiques ». M. Romatet avait été rappelé à Paris en avril 2025, à la suite d’une énième dégradation de la relation franco-algérienne, laquelle faisait elle-même suite à l’interpellation d’un agent du consulat algérien de Créteil soupçonné d’avoir participé à l’enlèvement et la séquestration d’Amir DZ, un an plus tôt.
Durant tout le week-end, plusieurs partis propouvoir ont aussi dénoncé une « attaque » contre l’Algérie. Le Front de libération nationale (FLN) a notamment évoqué des « campagnes hostiles flagrantes et systématiques » menées par des médias publics français engagés, selon lui, « dans une sale guerre de propagande épousant les thèses de l’extrême droite ».

Ce nouvel épisode intervient alors même que les « réserves » exprimées par le Sénat algérien à l’égard des dispositions les plus radicales de la loi portant criminalisation du colonialisme – notamment les demandes d’« excuses » et de « réparations » – semblaient constituer un signal d’apaisement en direction de Paris. Le Sénat, dont un tiers des membres est désigné par le président, sert de filtre permettant à la présidence d’amender ou de bloquer les textes adoptés par l’Assemblée populaire nationale. A l’instar d’autres réchauffements entrevus dans le passé, celui-ci n’aura guère duré.
[Source: Le Monde]