Bateau de surveillance, renseignement... La Chine aide-t-elle l'Iran face à la menace d'intervention militaire américaine?

Dans un contexte de tensions grandissantes entre les États-Unis de Donald Trump et l'Iran et à deux jours d'une nouvelle session de négociations, la Chine affiche un soutien prudent à Téhéran, son partenaire. Au-delà des mots, Pékin fournit un "léger appui à l'Iran, notamment dans ce qui est le renseignement", explique auprès de TV5MONDE Guillaume Lasconjarias, professeur associé à la Sorbonne université.

Fév 25, 2026 - 10:08
Bateau de surveillance, renseignement... La Chine aide-t-elle l'Iran face à la menace d'intervention militaire américaine?
29 juin 2019, le président américain Donald Trump serre la main du président chinois Xi Jinping lors d'une réunion en marge du sommet du G20 à Osaka, dans l'ouest du Japon. Dans un contexte de tensions grandissantes entre les États-Unis et l'Iran, Téhéran peut compter sur le soutien, du moins verbal, de la Chine. Photo AP/Susan Walsh

Alors que le président américain Donald Trump maintient la pression sur l'Iran, le régime de Téhéran peut-il compter sur l'aide de son allié chinois? Pékin "soutient l'Iran dans la défense de sa souveraineté, de sa sécurité et de sa dignité nationale ainsi que de ses droits et intérêts légitimes", a en tout cas affirmé le 6 février dernier, aux côtés de son homologue iranien, le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Miao Deyu. "La Chine s'oppose à toute intimidation unilatérale ou recours à la force dans les relations internationales", a-t-il ajouté. Reste à savoir si ce soutien peut dépasser les mots. 

Dans les faits, la Chine aurait bien aidé l'Iran a refaire son stock de missiles après la guerre des douze jours, menée en juin 2025 par Israël et les États-Unis contre des sites nucléaires iraniens. "En l'espace de six mois, l'Iran a été intensément aidé par la Chine, qui leur a vendu des missiles, des systèmes de défense antimissile et aérienne, etc.", a détaillé en janvier Bernard Hourcade à TV5MONDE. 

Le transfert de technologies chinoises à l'Iran

L'Iran et la Chine coopèrent aussi militairement "depuis au moins les années 1990", explique de son côté à TV5MONDE Marc Julienne, directeur du Centre Asie de l'Institut français des relations internationales (Ifri). Ce dernier pointe le transfert d'armements chinois, "ou en tout cas le transfert de technologies à l'instar des systèmes de missiles balistiques iraniens, basés sur des technologies chinoises". 

Pour autant, pas de risques que la Chine saute le pas d'un soutien diplomatique ou militaire à Téhéran face aux tensions actuelles, estime le chercheur. "De manière toute aussi traditionnelle que la Chine est un partenaire extrêmement étroit de l'Iran et depuis plusieurs décennies, elle n'a jamais démontré une grande volonté d'agir sur les questions de sécurité internationale". Guerre en Ukraine, guerre à Gaza... Autant de conflits sur lesquels la Chine n'a "cherché à jouer aucun rôle", analyse Marc Julienne. 

Un manque d'"envie" ou de "moyens", qui souligne l'aspect particulier que revêt le théâtre iranien, une "région du monde extrêmement loin des frontières chinoises" où le risque d'"un conflit peut escalader de manière extrêmement préoccupante entre la première puissance mondiale, les États-Unis, et le régime iranien". 

Les intérêts chinois dans cette région restent très pragmatiques sur le plan économique. L'Iran étant notamment l'un des principaux fournisseurs de pétrole de la Chine - mais aussi sur le plan politique: "Il y a une convergence fondamentale entre l'Iran et la Chine, c'est l'opposition aux États-Unis", explique Marc Julienne. 

Un navire de surveillance chinois observé en mer d'Arabie

Trop de voyants sont au rouge pour Pékin, qui n'entretient d'ailleurs avec l'Iran qu'un simple "partenariat stratégique", selon Guillaume Lasconjarias, professeur associé à la Sorbonne Université. Pour ce dernier, entre la Chine et l'Iran, il n'y a ni "coordination, ni commandement intégré, ni priorité stratégique commune". Très loin donc, d'une alliance militaire comme celle de l'OTAN. 

Pour autant, sur le terrain, une présence non officielle de Pékin se devine. Son plus grand bâtiment de renseignement, le Da Yang Yi Hao ou "Ocean one", a été observé fin décembre en mer d'Arabie, a révélé le 3 février le South China morning post. Le quotidien en langue anglaise publié à Hong Kong s'est appuyé sur les résultats de Sealight, un groupe d'analyse maritime affilié à l'université américaine de Stanford. 

Début février, un amateur Osint repère le même navire de surveillance, manœuvrant en zigzag, dans la zone de l'emplacement du porte-avions américain l'USS Abraham Lincoln, au large d'Oman. Localisé sur le site Marine traffic, le Da Yang Yi Hao serait aujourd'hui au large de la Somalie.

"L'utilisation de la Marine est la seule chose sur laquelle on peut avoir un appui de la Chine à l'Iran non pas clandestin mais camouflé ou du moins pas officiel", analyse Guillaume Lasconjarias. "Ses navires sont des centrales de renseignement flottantes", affirme le chercheur, qui souligne aussi le besoin iranien en images satellitaires. 

"Un léger appui, notamment dans ce qui est le renseignement"

"Aujourd'hui, le point essentiel, c'est la capacité à proposer à l'Iran ou à donner à l'Iran des catalogues de positions, notamment américaines, à partir desquelles justement l'Iran pourrait ensuite frapper", détaille le professeur associé à la Sorbonne Université. Rien toutefois qui puisse engager la Chine dans un conflit avec les États-Unis. "Il y a une forme de prudence, mais un léger appui, notamment dans ce qui est le renseignement", estime-t-il. 

(Re)lire "Ma vie en Iran est comme en suspens": la menace d'une intervention américaine hante les pensées des Iraniens

La Chine aurait également fourni des systèmes de radars, les YLC-8B, permettant de détecter les avions furtifs américains, selon le site d'analyses bulgare Modern Diplomacy. Si tel était le cas, quelques systèmes de radars en plus ne seraient pas "absolument décisifs", nuance Marc Julienne, qui fait la distinction entre des systèmes de détection et des systèmes offensifs.

radar

Un système de radar chinois de contre-furtivité YLC-8B Droits réservés

Pékin "guiderait" aussi l'Iran dans une transition vers son système de navigation par satellite chinois BeiDou, "comme alternative au système GPS américain", toujours selon Modern Diplomacy. La perspective chinoise, selon nos confrères, est que tout "chaos du renseignement ou effondrement de la sécurité en Iran menace directement les investissements massifs" chinois dans le pays.

[Source: TV5Monde]