Marquinhos, capitaine et symbole d’un PSG qui s’est défait de l’étiquette de perdant en Ligue des champions
Premier capitaine d’un club français à soulever la « coupe aux grandes oreilles » à deux reprises, le défenseur brésilien du Paris Saint-Germain est parvenu, ces deux dernières années, à infléchir le cours de sa carrière.
Il est 21 heures, samedi 30 mai, quand Gabriel, le défenseur d’Arsenal, propulse son tir au but dans la tribune du stade Ferenc-Puskas de Budapest, où se trouvent des milliers de supporteurs parisiens extatiques. Le Paris Saint-Germain (PSG) vient de remporter sa deuxième Ligue des champions (C1) d’affilée, contre les Gunners (1-1, t.a.b. 4-3). Un immense exploit, que Marquinhos ne célèbre pas immédiatement, contrairement à ses coéquipiers, qui se tombent dans les bras, émus aux larmes.
Avec classe, le capitaine du PSG vient, en effet, essuyer celles de tristesse de Gabriel, avec qui il formera la défense centrale du Brésil lors de la Coupe du monde 2026 (11 juin-19 juillet), avant même l’arrivée des autres joueurs d’Arsenal. A 32 ans, et fort de sa longue expérience, « Marqui » ne peut rester insensible à la détresse de son compatriote, tant il a vécu de nombreuses désillusions sportives, en particulier avec le club de la capitale, que le doublé en C1 installe comme la référence ultime du moment sur le Vieux Continent.
« Ce qu’on a réalisé, ça restera dans la légende, dans l’histoire », assurait le Brésilien en zone mixte, après avoir soulevé la « coupe aux grandes oreilles » sur la pelouse, non sans omettre de rappeler qu’il avait « souffert pendant des années ». Malicieux, le capitaine parisien glissait également dans un sourire qu’il n’avait « pas pleuré », cette fois, avant la fin du match. En 2025, lors du premier sacre européen de l’histoire du club acquis contre l’Inter Milan (5-0), il avait retenu ses larmes, à la 88ᵉ minute de la finale, sur la pelouse de l’Allianz Arena de Munich.
Ces deux titres consécutifs, auxquels Marquinhos aura pleinement participé, donnent à voir une nouvelle image du défenseur et de son club, après ces « années de galère et de combat » qu’évoque l’entêtante chanson des supporteurs parisiens. Auparavant, le Brésilien – présent au PSG depuis 2013, titulaire indiscutable depuis 2016 et capitaine depuis 2020 – incarnait grossièrement et injustement l’impossibilité de réaliser le rêve ultime : remporter la Ligue des champions.
« Un capitaine exemplaire »
De fait, il est le dernier représentant de ce PSG insondable, capable de vivre des éliminations aussi improbables que celles de la « remontada » contre le FC Barcelone, en huitièmes de finale de la C1, en mars 2017, ou Manchester United, deux ans plus tard, au même stade de la compétition. Avec Achraf Hakimi et Nuno Mendes, le Brésilien avait vécu une autre désillusion face au Real Madrid, en 2022. Ces épisodes avaient achevé de bâtir sa réputation de perdant, que son erreur contre Arsenal, sur le but inscrit par Kai Havertz au début de la finale, a fatalement fait resurgir.
Impeccable pendant le reste du match, Marquinhos est parvenu, ces deux dernières années, à infléchir le cours de sa carrière. De quoi obtenir un respect d’autant plus important, à l’instar du PSG. « C’est une grande équipe, avec un grand entraîneur et de grands joueurs. Ils ont beaucoup perdu au fil des années, et maintenant, c’est leur moment », a déclaré Declan Rice, le milieu d’Arsenal. Les Gunners, longtemps qualifiés de « losers » et qui ont remporté leur premier titre d’Angleterre, mardi 19 mai, après vingt-deux ans d’attente, sont certainement les mieux placés pour le comprendre.
« C’est la revanche des perdants, estime Christophe Jallet, ancien coéquipier de Marquinhos au PSG pendant une saison (2013-2014), désormais consultant pour Canal+. Tout le monde est heureux de le voir gagner cette Ligue des champions, parce que c’est un capitaine exemplaire, qui ne triche pas. Et le voir se détacher de cette malédiction de la défaite qui lui a longtemps collé à la peau, comme à Paris, c’est forcément un grand moment. »
« Il a très bien géré »
Avant cette double consécration européenne, des supporteurs du PSG avaient pourtant réclamé le départ de Marquinhos, estimant que le club ne pourrait aller de l’avant avec, dans ses rangs, un tel symbole des échecs des années précédentes. La nouvelle direction, arrivée à l’été 2023 et incarnée par le conseiller sportif, Luis Campos, et l’entraîneur, Luis Enrique, a pourtant conservé le Brésilien et en a fait un personnage central, confirmé dans ses fonctions de capitaine par un vote de ses coéquipiers.
« Souvent, on se demande, quand il ne sera plus là, qui va parler, qui va motiver les joueurs. C’est un vrai leader », observait, en février, le technicien espagnol, qui a souvent ménagé Marquinhos en championnat cette saison. « Il a été très bien géré par Luis Enrique, parce que l’âge avançant, forcément, il est un peu moins complet sur toute une saison. Il a été moins utilisé en Ligue 1 pour qu’il puisse donner le meilleur en Ligue des champions », note Christophe Jallet.
En dépit du recrutement d’Illya Zabarnyi, défenseur ukrainien arrivé à l’été 2025 et appelé à lui succéder dans la durée, Marquinhos a conservé son poste de titulaire aux côtés de Willian Pacho. Son contrat s’achevant en 2028, le Brésilien pourrait poursuivre son aventure au PSG, avec l’ambition d’affermir ce nouveau statut européen qu’il savoure, après plusieurs saisons de souffrance : « On a des joueurs très jeunes et qui peuvent faire encore plein de choses pendant des années. »
Pour Marquinhos, qui restera dans l’histoire comme le premier capitaine d’un club français à avoir soulevé deux fois la Ligue des champions, il ne reste qu’un immense défi : se départir désormais de l’image de perdant qui lui colle encore à la peau avec la Seleçao, malgré un succès lors de la Copa America 2019. Cet été, il tentera de devenir le premier capitaine de la sélection brésilienne, depuis Cafu en 2002, à remporter la Coupe du monde.
[Source : Le Monde]