Présidentielle 2027 : l’éventuelle candidature de François Hollande scrutée par le bloc central
Entre reconnaissance de son expérience et certitude de ses faiblesses, les proches de Gabriel Attal et d’Edouard Philippe observent l’hypothèse, jugée crédible, d’un retour de l’ancien chef d’Etat socialiste.
L’hypothèse s’est d’abord fait une petite place dans les conversations. Puis, elle a pris de la consistance au printemps, prospérant sur les failles du camp de la social-démocratie, bien en peine de se choisir un candidat pour la présidentielle de 2027. Et si François Hollande profitait de la situation ? Très attentifs, certains cadres du bloc central (Renaissance, Horizons, MoDem) n’hésitent plus à parier sur un retour de l’ancien président de la République (2012-2017) qui assume de dire qu’il se « prépare » à une potentielle entrée en lice, en fin d’année, si la conjoncture politique le lui permet.
Dix ans après la trahison et la victoire de son ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron, l’hypothèse d’une candidature de l’ex-chef de l’Etat socialiste pour lui succéder fait sourire et intrigue les macronistes. Chez les soutiens de Gabriel Attal et d’Edouard Philippe, l’hypothèse de la candidature de François Hollande, loin de faire l’unanimité au sein de la gauche réformiste et même du Parti socialiste (PS), est paradoxalement jugée aussi cocasse que crédible.
Personne n’oublie la trajectoire de François Hollande. Au plus bas dans les sondages en 2011, surnommé « Monsieur 3 % », il avait fini par l’emporter en profitant des circonstances puis en menant une campagne offensive contre Nicolas Sarkozy. Malgré le regard critique qui continue d’être porté sur son bilan par les élus venus de la droite sarkozyste, certains membres des partis du bloc central réhabilitent en privé son action pour contenir les dépenses publiques et la réduction de la dette. Sans pour autant l’assumer en public.
Habileté tactique
Surtout, la majorité des élus du camp présidentiel considèrent que François Hollande bénéficie d’un avantage comparatif : celui de l’expérience du pouvoir face à des concurrents trop faibles, dont ils doutent de la capacité à s’imposer à terme dans l’opinion : l’eurodéputé Raphaël Glucksmann (Place publique), son ancien premier ministre Bernard Cazeneuve et le premier secrétaire du PS, Olivier Faure. Dans un temps de vents contraires et de crises internationales, tous partagent l’avis que l’expérience gouvernementale va compter lors de cette présidentielle.
« François Hollande fait le pari du recours », commente en privé Gabriel Attal. « Si Olivier Faure gagne la primaire, il sera à 3 %, c’est ce que Hollande attend », s’amuse encore un ancien ministre. Dans le grand jeu imprévisible d’une élection élyséenne, le député de Corrèze de 71 ans a pour lui une certaine habileté tactique d’apparatchik, s’accordent à dire autant d’anciens élus socialistes que d’ex-Les Républicains.
A leurs yeux, François Hollande, malgré son isolement, pourrait aisément réussir à se hisser comme le candidat par défaut de la gauche sociale-démocrate. Mais réussir à s’ériger comme le prétendant d’une gauche qui refuse une alliance avec Jean-Luc Mélenchon est une chose, gagner la présidentielle en est une autre. Personne, dans le camp présidentiel, n’imagine une nouvelle élection de l’ancien chef d’Etat en 2027, se remémorant le sort de Nicolas Sarkozy en 2016, battu lors de la primaire de la droite.
« Sur l’international, la gestion des attentats, il a un crédit, d’où sa cote de popularité qui est remontée. Mais les gens se rappelleront assez vite l’affaire Leonarda [l’expulsion controversée d’une collégienne kosovare et de sa famille, en 2013], celle du scooter [révélant sa liaison avec Julie Gayet, en 2014] et la déchéance de nationalité [une proposition de révision constitutionnelle visant à déchoir de leur nationalité les binationaux condamnés pour crimes terroristes, finalement abandonnée en 2016]. Il est aussi celui qui, en 2017, n’a pas pu se représenter et a pavé la voie sans le vouloir à Macron », soupèse un cadre du MoDem, qui fait pourtant partie de ceux qui regardent vers la social-démocratie.
Le président du MoDem, François Bayrou, lui, échange toujours avec celui qu’il a soutenu en 2012 face à Nicolas Sarkozy. En quête d’un candidat de recours, le Béarnais ne rejette pas l’idée d’un retour en force de l’ancien chef d’Etat, mais aimerait qu’il clarifie sa position vis-à-vis de La France insoumise.
« Senioriser » l’élection
Dans l’entourage d’Edouard Philippe et de Gabriel Attal, personne ne croit que « le pays ait une envie de François Hollande ». Mais autour du maire du Havre, on estime que sa candidature permettrait de « senioriser » davantage la présidentielle de 2027, et donc de jouer en défaveur de son jeune concurrent de Renaissance.
A ce stade, les deux anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron ont surtout l’espoir que la gauche sociale-démocrate reste désorganisée afin de favoriser la mécanique de vote utile en leur faveur dès le premier tour. Et préféreraient, dans ce scénario, voir émerger de la primaire du PS la candidature d’Olivier Faure, qui diviserait son parti.
Après avoir débattu avec François Hollande en avril sur la question des retraites, à l’invitation du groupe de réflexion de sensibilité sociale-libérale Les Gracques, Edouard Philippe croisera de nouveau le fer avec lui le 29 août. Ce sera à Sens (Yonne), à l’invitation du Laboratoire de la République, le think tank de l’ancien ministre de l’éducation macroniste Jean-Michel Blanquer. Ils débattront de leurs « perspectives » pour la France de 2027.
[Source : Le Monde]