Aux Etats-Unis, le camp républicain face aux vents contraires avant les élections de mi-mandat

A trois mois des midterms, l’inflation persistante et les chiffres décevants de l’emploi contribuent aux sondages en berne pour le « Grand Old Party ». Des fissures apparaissent dans la sphère MAGA, qui reconstitue son unité en accusant les démocrates d’être une « alliance de communistes et d’islamistes ».

Août 10, 2026 - 13:20
Aux Etats-Unis, le camp républicain face aux vents contraires avant les élections de mi-mandat
Donald Trump sort d’Air Force One à son retour d’un déplacement dans le Michigan, à la base d’Andrews (Maryland), le 27 juillet 2026. ANDREW HARNIK/GETTY IMAGES VIA AFP

Le burrito n’est pas seulement une galette mexicaine copieusement fourrée, dont on peut s’échanger les recettes. En cet été 2026, il est aussi devenu un sujet politique brûlant au sein du monde trumpiste. Début août, Andrew Kolvet, porte-parole de l’organisation conservatrice Turning Point USA, rapportait le témoignage d’un étudiant s’émouvant de son prix astronomique, s’élevant selon lui à 20 dollars (17,40 euros).

Parfois, un exemple vaut mille exposés. Le débat a vite pris feu sur le réseau social X. Certains jugeaient ce prix exagéré, photos de « junk food » à l’appui. D’autres recommandaient de cuisiner chez soi. Puis la discussion en ligne s’est élargie au sujet majeur qui traumatise la société américaine : le coût de la vie. Le burrito en devenait l’incarnation calorique. En juin, sur un an, l’inflation s’élevait à 3,5 %. L’administration Trump n’a donc pas tenu sa promesse d’un coût de la vie plus accessible, après 20 % de hausse cumulée sous le mandat de son prédécesseur, Joe Biden.

Dans un pays aussi fracturé que les Etats-Unis, il est impossible d’anticiper précisément les mouvements de l’opinion publique à l’approche des élections de mi-mandat (midterms), prévues début novembre. Ils pourraient se cimenter dans la dernière ligne droite. Le nombre de circonscriptions incertaines s’est terriblement réduit, au gré des redécoupages électoraux. Mais la photographie du moment semble lugubre pour les républicains, à bord d’un train trumpiste sans freins ni expertise, ballottés au gré des impulsions du milliardaire, qui vient d’avoir 80 ans.

« Aux midterms, les gens votent en fonction des problèmes économiques, et non sur des bases idéologiques, souligne Frank Luntz, consultant vétéran dans les rangs républicains. Les Américains souffrent vraiment. Ils sont 51 % à vivre au jour le jour, d’un salaire à l’autre. Si vous voulez qu’ils votent pour vous, il faut les entendre. Et je ne pense pas que les républicains écoutent. » Le risque politique est identifié : celui d’une démobilisation importante à droite. « En matière d’enthousiasme, il existe un fossé mesurable, significatif, entre les deux camps, poursuit Frank Luntz. Les républicains pourraient bien voter, mais en se bouchant le nez. Les démocrates, eux, sont impatients de voter. »

Un président désintéressé

Les mauvais sondages se succèdent. Seul un Américain sur trois, en moyenne, soutient l’action de Donald Trump, un chiffre historiquement bas. Même sur ses sujets de prédilection – l’économie et l’immigration –, la chute est notoire depuis janvier. Le président, lui, est enfermé dans la tour de ses propres mensonges. Fin juin puis début août, il prétendait sur son réseau Truth Social que les « vrais sondages » seraient « meilleurs » que jamais dans sa carrière politique. Dans un entretien vidéo à Punchbowl News, le 7 août, il se défaussait. Les électeurs, selon lui, « sont en colère contre les républicains, mais ils ne sont pas en colère contre moi ».

Jamais lui, toujours la faute des autres : la diversion est familière. En décembre 2025, la cheffe de son administration, Susie Wiles, assurait que Donald Trump serait en première ligne lors des midterms, « comme si c’était à nouveau 2024 ». Le magnat semble ailleurs. « J’ai un emploi du temps chargé, a-t-il signalé à Punchbowl News. J’ai dit à quelqu’un : “attends un peu, tu ne comprends pas. J’ai gagné. Je ne vais pas faire campagne.” »

Donald Trump paraît se désintéresser des midterms, comme le montre la préservation du trésor de guerre de 400 millions de dollars, accumulé par MAGA Inc, son comité d’action politique. Rien n’a été dépensé depuis mars en soutien du moindre candidat. En revanche, le magnat continue d’être obsédé par ses chantiers, empreintes de marbre et de dorure si controversées qu’il veut laisser en héritage.

Le 7 août, une cour d’appel a demandé l’interruption immédiate de la construction de la salle de bal à la Maison Blanche, estimée à 400 millions de dollars, faute d’approbation du Congrès. Fureur présidentielle. La rénovation bâclée du bassin réfléchissant au National Mall, au cœur de Washington, est un autre sujet d’immense irritation. Contre toute évidence, le magnat incrimine des vandales imaginaires pour la dégradation du site.

Désaccords internes

Plus grave, Donald Trump est englué dans la guerre contre l’Iran. L’alternative qui s’offre à lui résume le désastre : une retraite piteuse, laissant le détroit d’Ormuz sous le contrôle au moins partiel de Téhéran, ou une surenchère militaire sans objectifs stratégiques atteignables, alors que les réserves de munitions sophistiquées sont dans le rouge. La crédibilité américaine n’a jamais été aussi entamée depuis des décennies, bien au-delà des mensonges sur les armes de destruction massive en Irak, en 2003, ou les dérives de la « guerre contre le terrorisme ». Certes, les citoyens ne sont pas au fait des subtilités du Moyen-Orient. Mais ils constatent une impasse évidente, un prix de l’essence élevé (+ 36 % depuis fin février) et le reniement d’une promesse fondamentale du magnat : la fin des errances militaires extérieures inconsidérées.

Même le marché de l’emploi, qui affichait une certaine solidité, se dégrade en juillet (− 23 000 postes), tandis que Donald Trump prétend que l’économie « est la meilleure qu’on ait jamais eue ». Les intérêts financiers de sa famille et de ses proches connaissent, il est vrai, une pleine félicité.

Sans surprise, les dissensions se font de plus en plus fortes dans le camp conservateur. A la Maison Blanche, des lignes divergentes existent au sujet de l’Iran et de l’Ukraine. Au sein du monde MAGA (Make America Great Again), la loyauté d’airain se fissure, comme si chacun cherchait déjà à se positionner pour l’après-Trump.

Proche du vice-président, J. D. Vance, l’ex-présentateur de Fox News Tucker Carlson a exposé en ligne le 5 août un vague manifeste en 10 points pour les Etats-Unis. L’imprécateur nourrit-il des ambitions personnelles, en prétendant incarner à son tour « l’Amérique d’abord » (« America first »), la promesse trumpienne d’origine ? Tucker Carlson avait auparavant accueilli chez lui quelques dissidents du Parti républicain, comme le représentant Thomas Massie (Kentucky) et son ancienne collègue Marjorie Taylor Greene, cibles prisées par Donald Trump.

Todd Blanche, au Capitole, à Washington, le 5 août 2026.

Ce dernier doit aussi gérer des républicains au Congrès gagnés par la fébrilité, même si beaucoup lui doivent leur mandat. La confirmation de Todd Blanche au Sénat, en tant que procureur général des Etats-Unis, a eu lieu de justesse (50 contre 49, les républicains étant 53 au Sénat), dans la nuit du 7 au 8 août.

Le chef de la majorité, John Thune, ne peut accomplir de miracles. Comme son homologue à la Chambre, le speaker Mike Johnson, il fait partie de ces élus conservateurs qui se sont mis, par intérêt, au service de l’administration Trump II. Mais, confronté aux priorités irréalistes du président, le voilà à son tour attaqué. A la frustration du milliardaire, John Thune ne peut obtenir l’adoption du « SAVE America Act », texte prétendant imposer une preuve de citoyenneté pour s’enregistrer sur les listes électorales et un document d’identité pour voter. Comme de nombreux collègues, cet élu aimerait que Donald Trump se focalise sur les questions du quotidien, et en particulier le coût de la vie : le logement, l’essence ou l’alimentation.

Discréditer la nouvelle gauche

Face à toutes ces difficultés, la stratégie des trumpistes est claire, et les républicains asservis au Congrès n’ont d’autre choix que de l’endosser : diaboliser l’adversaire. La menace communiste est devenue le nouveau cri de ralliement pour remobiliser la base. Il est toujours question, dans les discours, des questions identitaires obsessionnelles, comme la dénonciation des personnes trans. Mais il s’agit de reflux du passé, tant l’ère « woke » semble révolue. A gauche, le coût de la vie, la dénonciation de la toute-puissance des milliardaires de la tech, la construction des data centers pour alimenter l’intelligence artificielle et la guerre menée contre l’Iran sont devenus les sujets centraux, de même que la critique d’Israël. Même celui de l’avortement, un thème que Kamala Harris avait placé au cœur de sa campagne présidentielle, est négligé.

Face à cette nouvelle opposition de gauche, plus résolue, plus cinglante, souvent plus radicale, Donald Trump et ses partisans choisissent de s’attaquer à la « génération Mamdani », du nom du maire de New York, élu en 2025. L’un de ses représentants est Abdul El-Sayed, vainqueur des primaires démocrates dans le Michigan le 4 août. Ce médecin charismatique, très habile sur les réseaux sociaux, ne l’a emporté que de peu, mais il offre un trophée de choix au camp progressiste.

« L’islamo-gauchisme atteint les côtes américaines », a commenté sur X Rod Dreher, en employant l’expression française. Cet essayiste conservateur, proche du vice-président J. D. Vance, a vécu à Budapest pendant des années, naviguant dans l’entourage de l’ancien premier ministre Viktor Orban. Le compte X des sénateurs républicains a relayé ce point de vue : « Une alliance de communistes et d’islamistes prend le contrôle du Parti démocrate. » Cette stratégie sera-t-elle suffisante pour remobiliser la base conservatrice ?

La seule réalisation dite populaire que la Maison Blanche veut promouvoir est le One Big Beautiful Bill, un train de dépenses gigantesque voté au Congrès à l’été 2025, et en particulier ses exonérations d’impôts, comme sur les pourboires. Pour le reste, la convention républicaine – d’habitude réservée aux années d’élection présidentielle – prévue à Dallas les 9 et 10 septembre promet d’être un bûcher ardent d’images et de discours apocalyptiques sur la menace intérieure que représenterait la nouvelle gauche américaine.

La nervosité qui gagne les républicains n’est pas la crainte d’une alternance politique classique. Elle est celle d’un Congrès sous domination démocrate, qui exigerait des comptes et enquêterait sur ces deux années où l’exécutif a bafoué toutes les normes politiques et éthiques qui faisaient autrefois l’objet d’un consensus élémentaire.

[Source : Le Monde]