La Syrie restreint la présence militaire de la Russie sur le littoral méditerranéen

Damas a annoncé, dimanche 9 août, un accord qui fixe un nouveau cadre à la présence militaire russe sur ses deux dernières bases en Syrie. Elle en rétrograde la portée, tout en laissant la porte ouverte à un rôle de Moscou dans la formation des forces syriennes.

Août 10, 2026 - 13:25
La Syrie restreint la présence militaire de la Russie sur le littoral méditerranéen
Vue satellite de l’installation navale russe de Tartous (Syrie), le 6 décembre 2024. 2024 PLANET LABS INC. VIA REUTERS

Le sujet était sur la table depuis des mois entre la Russie, ancien parrain du régime des Al-Assad, et la Syrie, dirigée par le djihadiste repenti Ahmed Al-Charaa. Damas a annoncé, dimanche 9 août, qu’un accord avait été trouvé pour un redimensionnement des bases militaires russes en Syrie, au port de Tartous et à l’aéroport de Hmeimim, situés tous deux sur le littoral méditerranéen.

Selon l’agence de presse officielle SANA, les installations civiles, « principalement la base aérienne de Hmeimim et le quatrième quai commercial du port de Tartous », vont passer sous contrôle syrien et sous administration civile, tandis que les infrastructures militaires doivent être transformées en « centres conjoints de formation » des forces syriennes. La transition doit se faire dans un « délai de trois mois ».

La conclusion de cette entente a fait l’objet de négociations pendant dix-huit mois, rapporte Damas. Moscou n’avait pas commenté, dimanche, l’annonce de cet accord, mais l’organe officiel de presse russe TASS en a rendu compte en citant les autorités syriennes. Dans les faits, il ne s’agit pas d’un retrait total russe, mais d’un nouveau cadre rétrogradant sa présence militaire. Dès le mois de mars, Ahmed Al-Charaa avait évoqué la possibilité d’une transformation des bases de Hmeimim et de Tartous en centres de formation. En juin, le Kremlin avait affirmé qu’une restructuration se préparait.

« La portée principale de l’accord est que Damas a retrouvé sa souveraineté sur l’administration des installations et sites civils qui avaient été l’objet d’arrangements spéciaux [dans la décennie 2010, sous Bachar Al-Assad] avec Moscou, tout en maintenant une relation militaire avec la Russie grâce aux centres de formation conjoints », analyse, sur X, le journaliste syrien Ibrahim Hamidi, rédacteur en chef de la revue mensuelle Al Majalla.

Garder un soutien russe

Les bases militaires russes de Tartous et de Hmeimim sont les derniers sites en Syrie qui étaient tenus par Moscou. La Russie avait dû abandonner, après la chute du régime de Bachar Al-Assad en décembre 2024, la quasi-totalité de ses autres positions dans le pays. Ses forces ont ensuite quitté, au début de l’année 2026, l’aéroport de Kamechliyé, après que le pouvoir d’Ahmed Al-Charaa a repris aux forces kurdes le contrôle des territoires dans le Nord-Est syrien.

Le sort de ces deux derniers ancrages russes en Syrie avait été au programme dès la première rencontre à Moscou entre le nouvel homme fort syrien et le président russe, Vladimir Poutine, en octobre 2025. Les deux bases étaient restées actives pendant les négociations. Elles constituent le seul pied de la Russie sur la Méditerranée. Maintenir cette présence sur le littoral semble avoir été la priorité du Kremlin.

En ménageant le maintien d’une présence russe, Ahmed Al-Charaa se montre une nouvelle fois pragmatique : il diversifie ses partenariats et se laisse une option pour reconstruire l’armée et obtenir un soutien russe afin d’empêcher les ingérences israéliennes dans le sud de la Syrie. Jouissant du soutien de la Turquie et de l’Arabie saoudite, il a obtenu le rapprochement de multiples pays occidentaux, dont les Etats-Unis. Mais la méfiance de ces derniers demeure, notamment en raison de l’instabilité persistante et de l’intégration d’anciennes factions islamistes aux forces de sécurité.

Questions en suspens

Le ministère des affaires étrangères syrien a souhaité que l’accord « ouvre un nouveau chapitre dans les relations entre la Russie et la Syrie ». La base aérienne de Hmeimim est restée le symbole de l’appui russe à l’écrasement des rebelles au pouvoir d’Al-Assad et du bombardement des civils qui vivaient en zone insurgée. Moscou s’y était installé à partir de l’été 2015, à un moment de grande difficulté militaire pour le régime syrien, quatre ans après l’éclatement d’une révolte populaire, sa répression et le basculement dans la guerre. L’aéroport militaire fut aussi la porte de sortie de Bachar Al-Assad, fuyant en catimini son pays pour Moscou en décembre 2024, alors que son régime s’effondrait. Les autorités syriennes réclament son extradition.

Quant à la base de Tartous, elle incarne l’ancienneté de l’influence russe en Syrie : ses troupes y prirent pied à partir de 1971, soit un an après le coup d’Etat militaire de Hafez Al-Assad, le père de Bachar, et le début de plus de cinquante ans de dictature. Au faîte de son ascendant en Syrie, faisant alors d’elle un acteur incontournable au Moyen-Orient, la Russie avait obtenu, en 2017, le maintien de sa présence militaire au port de Tartous pendant quarante-neuf ans.

Les détails de l’accord n’ont pas été rendus publics et plusieurs questions demeurent, souligne toutefois Ibrahim Hamidi, sur X : « Les accords de 2015 [concernant Hmeimim] et de 2017 ont-ils officiellement pris fin ? Les immunités [dont bénéficiait le personnel militaire russe déployé] ont-elles été abolies ? Combien de [militaires russes] resteront sur place ? Qui commandera les centres de formation ? Et la Russie sera-t-elle autorisée à conserver des avions de chasse, des navires de guerre et des systèmes de défense antiaériens ? »

[Source : Le Monde]