La présidente moldave favorable au rattachement de son pays avec la Roumanie

La prise de position de Maia Sandu, inédite de la part d’un haut dirigeant moldave, vise avant tout à souligner l’ancrage européen de Chisinau et à pousser Bruxelles à accélérer le processus d’adhésion de ce pays voisin de l’Ukraine à l’Union européenne, dans un contexte d’ingérences russes et de fragilités internes persistantes.

Jan 14, 2026 - 16:07
La présidente moldave favorable au rattachement de son pays avec la Roumanie
Maia Sandu, présidente moldave, à La Haye (Pays-Bas) le 16 décembre 2025. PIROSCHKA VAN DE WOUW/REUTERS

Faut-il prendre au sérieux la présidente de la Moldavie, Maia Sandu, lorsqu’elle se déclare favorable à l’union de son pays avec la Roumanie ? « Si un référendum avait lieu, je voterais pour la réunification », a-t-elle confié lors d’une interview au podcast britannique The Rest Is Politics (« Le reste est de la politique »), lundi 12 janvier. Premier obstacle, les Moldaves y sont opposés (61,5 %, selon un sondage publié par l’institut iData en août 2025). « Il n’y a pas une majorité aujourd’hui en faveur de la réunification », a d’ailleurs reconnu Maia Sandu, insistant sur la candidature de son pays à l’Union européenne (UE), un objectif « beaucoup plus réaliste et qui [leur] permet de protéger [leur] souveraineté ». La réunification, un vieux serpent de mer, est en vogue surtout parmi les nationalistes roumains.

Pourtant, Moldavie et Roumanie sont des cousines germaines, la langue moldave est en réalité un « régiolecte » roumain, et plus de 1 million de Moldaves, sur une population totale de 2,4 millions d’habitants, sont détenteurs de la nationalité roumaine, y compris Mme Sandu. Ce qui leur permet de voter des deux côtés.

Les liens sont anciens. De 1918 à 1939, Moldavie et Roumanie formaient un seul Etat, dont la séparation a été actée par le pacte Molotov-Ribbentrop, signé en 1939 et par lequel l’Union soviétique a annexé la Moldavie. Devenue indépendante en 1991, celle-ci s’est empressée de renouer des relations avec sa voisine. Elles ont pris récemment un tour plus personnel, à en juger par les liens amicaux que le président roumain, Nicusor Dan, élu en mai 2025, a développé avec Maia Sandu, auprès de laquelle il était en août, en visite privée.

Découpler sa candidature de celle de l’Ukraine

Pour Daniel Sandu, sociologue au département des études européennes et slaves de l’université de Fribourg (Suisse), la déclaration de Mme Sandu doit être prise avec des pincettes. « Il ne faut pas y voir une intention. La réunification n’arrivera jamais, et elle le sait. Il s’agissait de son point de vue personnel, elle a d’ailleurs pris soin de préciser que cela n’était pas possible pour le moment, et que la meilleure solution était l’adhésion à l’UE en étroite collaboration avec la Roumanie. C’est un bon moyen de satisfaire tout le monde et de mobiliser les deux pays », explique le chercheur.

Entrée en négociations avec Bruxelles en 2024, la Moldavie, sous la houlette de Maia Sandu et avec l’aide de la Roumanie, se démène pour pouvoir rejoindre au plus vite la famille européenne. Selon Cristian Preda, qui enseigne la science politique à l’université de Bucarest, la présidente moldave veut avant tout « inciter Bruxelles à accélérer le cours des négociations ». Elle cherche à convaincre les Vingt-Sept de découpler l’adhésion de la Moldavie de celle de l’Ukraine. « La Moldavie est un petit pays, c’est plus facile, et puis elle n’est pas en guerre, donc ça devrait aller plus vite : tel est le message », estime l’universitaire, certain « de la détermination et du sérieux des autorités moldaves concernant l’adhésion du pays ».

Pour ce faire, des réformes drastiques sont attendues. Or, le chemin est semé d’embûches. La population − les russophones en tête − est divisée sur l’adhésion, à en juger par le référendum organisé en 2024, quand une courte majorité de Moldaves (50,4 %) se sont prononcés pour, lors d’un scrutin marqué par des ingérences russes. Perçue par Moscou comme faisant partie de sa sphère d’influence, la Moldavie est dans le viseur de Vladimir Poutine.

Menace russe

L’invasion de l’Ukraine, l’orientation pro-européenne de Maia Sandu et son soutien sans faille à Kiev ont incité les services russes à user de tous les stratagèmes possibles pour ramener la petite république dans l’orbite du Kremlin, multipliant les soutiens aux partis prorusses, la diffusion de fausses informations, les achats de votes et l’incitation au séparatisme des deux provinces russophones − la Gagaouzie, dans le sud, et la Transnistrie, dans l’est.

La menace russe est en soi une puissante incitation à rejoindre l’UE. La présidente l’a rappelé, lundi : « Regardez ce qui se passe dans le monde. Il devient de plus en plus difficile pour un petit pays comme la Moldavie de survivre en tant que démocratie, en tant que pays souverain, et bien sûr de résister à la Russie. » Rien qu’en Transnistrie, la région moldave frontalière de l’Ukraine, qui échappe au pouvoir central de Chisinau, le Kremlin maintient, depuis 1992, 1 500 soldats, ainsi que des stocks d’armes.

Alors que les attaques russes d’Odessa, le grand port ukrainien situé à 130 kilomètres de la Transnistrie, se sont considérablement intensifiées ces derniers mois, les autorités moldaves, en coordination avec Kiev, ont réagi. Un blocus aérien de la Transnistrie a été mis en place, la surveillance des flux routiers a été intensifiée, et les contrôles douaniers ont été renforcés sur tout ce qui entre et sort de la région irrédentiste, privant les militaires russes de leur approvisionnement régulier en carburant, munitions et marchandises.

[Source: Le Monde]