Donald Trump confronté au dilemme d’une opération militaire contre l’Iran

Le président américain a promis son aide aux manifestants, mais Washington hésite non seulement sur les moyens mais sur l’objectif même d’une intervention : décapiter le régime de Téhéran, annihiler son appareil répressif ou le contraindre à une reddition sur le dossier nucléaire ?

Jan 14, 2026 - 16:12
Donald Trump confronté au dilemme d’une opération militaire contre l’Iran
Donald Trump salue un colonel de l’US Air Force, sur la base d’Andrews (Maryland), aux Etats-Unis, le 13 janvier 2026. LUIS M. ALVAREZ/AP

Le motif, les moyens, les objectifs : tout pose question. D’intenses discussions agitent l’administration américaine, confrontée à la tentation d’une opération militaire imminente contre le régime iranien. Cette tentation est alimentée par Donald Trump lui-même, qui a, de façon répétée, engagé la parole des Etats-Unis en soutien des manifestants. Mardi 13 janvier, sur son réseau Truth Social, le président leur adressait même cette promesse : « L’aide arrive ! » Il leur indiquait la marche à suivre : « Continuez à protester. Emparez-vous de vos institutions ! »

Le magnat a pourtant bâti sa carrière politique depuis 2016 sur une opposition constante aux tentatives américaines de changement de régime dans le monde, en particulier au Moyen-Orient. Mais l’euphorie de l’enlèvement de Nicolas Maduro au Venezuela, le 3 janvier, et le sentiment d’une chance historique de décapiter le régime iranien expliquent l’appétit de Washington. Il reste à déterminer le menu, avec le Pentagone, en fonction des options militaires disponibles, en excluant une présence au sol.

Deux réunions stratégiques ont été organisées, mardi 13 janvier, à la Maison Blanche. Le temps presse, car la cruauté et l’ampleur de la répression lancée par Téhéran risquent d’étouffer la contestation. Or l’administration Trump a été prise de court par ce mouvement, alors qu’elle était accaparée par le Venezuela et rêvait d’expansion territoriale au Groenland. Pour l’heure, le président américain a annoncé des taxes douanières punitives de 25 % contre tout pays commerçant avec l’Iran, le premier d’entre eux étant la Chine. Si cette mesure était appliquée, elle susciterait une nouvelle escalade commerciale avec Pékin. Cette volonté d’étranglement économique se conjugue avec la volatilité et l’extrême faiblesse du rial, la devise iranienne.

Mais, sur le plan militaire, pour Washington, la question des moyens pour une éventuelle intervention en Iran se pose, alors qu’une grande partie des forces des Etats-Unis a été retirée de la région, au profit de l’« hémisphère » occidental (le continent américain). La finalité est aussi débattue. « Il y a peu de preuves dans l’histoire que la puissance aérienne seule puisse provoquer l’effondrement d’un régime, ou qu’elle puisse seule empêcher un tyran ou un groupe terroriste de commettre des brutalités contre les civils », explique dans une note Clayton Swope, expert au cercle de réflexion Center for Strategic and International Studies.

Donald Trump semble tergiverser, derrière les propos bravaches. Le 8 janvier, il parlait de « problèmes de gestion de foules », pour expliquer les morts. Mardi, à Détroit, dans le Michigan, il disait qu’on lui avait soumis « cinq différents chiffres » sur le bilan de la répression.

L’hésitation est compréhensible. Faut-il chercher à décapiter le pouvoir iranien ou seulement à le réduire à l’impuissance, à frapper ses capacités militaires encore intactes et les structures des gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique ? La seule chose qui semble réellement fonctionner en Iran est l’appareil répressif. Politiquement, le régime reste une boîte noire assez insondable. Aucun signe de scission ou de défections majeures n’apparaît. Faut-il dès lors, plus prudemment, profiter de cette crise existentielle pour contraindre Téhéran à des concessions sans précédent ?

Vulnérabilité du régime iranien

Au cours du week-end du 10 janvier, le ministre iranien des affaires étrangères, Abbas Araghtchi, a contacté Steve Witkoff, l’envoyé spécial de Donald Trump, pour reprendre le dialogue. Mais, au sein de l’administration américaine, le danger de nouvelles négociations sans fin sur le nucléaire iranien, volontairement étirées par Téhéran, saute aux yeux. Les Israéliens ne cessent de mettre en garde contre cette option. Ces derniers mois, le président américain expliquait que la menace nucléaire posée par l’Iran avait été écartée grâce aux frappes conduites par les Etats-Unis contre trois sites de son programme, en juin 2025. Une opération de haute volée, mais aux résultats très incertains. Préférant célébrer sa propre audace, Donald Trump ne semblait guère intéressé par le sort – inconnu – des 408 kilogrammes d’uranium hautement enrichi (à 60 %) aux mains de l’Iran. C’est pourtant un enjeu de sécurité essentiel. Or on ne sait si Téhéran est parvenu à déménager et à dissimuler ce stock.

Donald Trump s’est dit disponible pour un dialogue avec le régime, jusqu’à l’annonce, mardi, du gel de tout contact bilatéral. A son retour à la Maison Blanche, en janvier 2025, il avait adressé une lettre d’ouverture au Guide suprême, Ali Khamenei. Celui-ci avait jugé que des discussions ne seraient « pas intelligentes, sages ou honorables ». Elles avaient pourtant eu lieu, de façon indirecte, dans le sultanat d’Oman, sans produire de résultats.

La campagne israélienne en juin 2025 contre le régime iranien, couronnée par les frappes américaines sur trois sites nucléaires, a changé la donne, laissant le régime dans un état de vulnérabilité sans précédent depuis la révolution islamique de 1979. Dorénavant, la seule option diplomatique qu’apprécierait la Maison Blanche serait une reddition iranienne sur le dossier nucléaire. Or celui-ci constitue un pilier identitaire et sécuritaire du régime, son argument ultime.

Le débat qui agite la Maison Blanche sur les options disponibles existe plus largement à Washington, parmi les élus et les experts. Sénateur de Caroline du Sud, Lindsey Graham est l’un des plus fervents faucons du camp républicain, qui a su ménager sa relation personnelle avec Donald Trump. Il pousse le magnat en faveur d’une intervention contre le régime iranien, en assurant qu’elle serait compatible avec le principe fondateur du trumpisme, America First (« l’Amérique d’abord »). « Le coup mortel à l’ayatollah sera un mélange de la bravoure patriotique incroyable des manifestants et de l’action décisive du président Trump », écrivait Lindsey Graham, mardi sur X. Il précisait ses attentes : « Une vague massive d’attaques psychologiques, cyber et militaires. »

Dans une tribune publiée mardi par le New York Times, Suzanne Maloney, vice-présidente du cercle de réflexion Brookings Institution et ancienne cadre au département d’Etat, met en garde l’administration contre une opération militaire sans lendemain et une rhétorique alimentant « cruellement » les espoirs des manifestants. Selon elle, Donald Trump devrait donner le feu vert à des attaques cyber contre les infrastructures des gardiens de la révolution, acteurs de la répression. Il devrait encourager les partenaires européens et asiatiques à fermer leurs représentations diplomatiques à Téhéran. Enfin, il devrait ordonner une neutralisation de la « flotte fantôme » permettant l’exportation du pétrole iranien, notamment vers la Chine.

[Source: Le Monde]