Chine: ce qui se cache derrière la purge sans précédent de Xi Jinping dans l'armée selon des chercheurs américains

Le président chinois Xi Jinping réalise depuis 2022 une profonde purge au sein du commandement de son armée. Un marqueur de sa faiblesse, selon plusieurs experts américains. À tel point que l'épuration pourrait représenter un risque pour les ambitions territoriales de la Chine et ses revendications sur l'Île de Taïwan, estime un groupe de réflexion.

Fév 28, 2026 - 07:46
Chine: ce qui se cache derrière la purge sans précédent de Xi Jinping dans l'armée selon des chercheurs américains
L'Armée populaire de libération de Chine défile lors d'une répétition du défilé militaire pour la célébration du 80e anniversaire de la Fête nationale du Vietnam à Hanoï, au Vietnam, le samedi 30 août 2025. AP Photo/Vincent Thian

Sur les 176 officiers supérieurs de l'armée populaire de libération chinoise (APL), 100 ont été démis de leurs fonctions ou ont "disparu". La purge, menée par le président chinois Xi Jinping au sein de son armée, est sans précédent. Elle a débuté en 2022 et touche presque toutes les branches de l'APL. Le constat a été dressé par le Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS) dans un rapport sorti ce mardi 24 février. 

Parmi les différents organes "décapités" sur le plan organisationnel, figure la Commission militaire centrale du Parti communiste chinois, chargée de superviser les forces armées du pays. Un seul des six généraux qui avaient été nommés en 2022 à la CMC est aujourd'hui à son poste, selon le CSIS. 

Une attaque militaire sur Taïwan compliquée?

L'objectif derrière l'épuration menée par le président chinois est de s'attaquer à la corruption et de moderniser l'armée, tout en garantissant une "loyauté politique absolue", expliquent les auteurs. L'"insatisfaction" de Xi Jinping dans les performances de la direction de l'APL est aussi mise en avant par le rapport. Reconstruire la tête de l'armée prendra du temps, estiment les auteurs. À tel point qu'ils questionnent désormais la faisabilité d'une invasion de l'île de Taïwan, convoitée par Pékin qu'il considère comme sienne. 

Les dirigeants de l'APL vont être confrontés à des "défis", souligne aussi le CSIS. "Postes vides", "officiers nouvellement promus et inexpérimentés dans leurs nouvelles fonctions"... Autant de faiblesses qui pourraient empêcher l'APL de mener de vastes opérations militaires telles que "l'assaut amphibie ou le blocus de Taïwan", estiment les experts. 

L'armée chinoise rencontre déjà des difficultés. Les deux exercices de la PLA menés autour de Taïwan en réponse au comportement "problématique" de l'île ont mis trois à quatre jours à se mettre en place en 2024. En avril 2025, ils ont mis 19 jours pour être lancés, 12 jours pour ceux de décembre de la même année. 

"Une invasion amphibie de Taïwan, pour laquelle Xi aurait ordonné à son armée de se préparer d’ici 2027, est une opération incroyablement compliquée et risquée", explique le CSIS. D'autant que Taïwan, les États-Unis et le Japon ont créé des contre-mesures créées en vue d'une telle invasion, rappelle les auteurs. 

Dans de telles conditions, une invasion de Taïwan serait aussi un risque "politique" pour Xi Jinping, toujours selon le CSIS. "Une invasion ratée ne peut pas être présentée comme une victoire et pourrait donc s’avérer être un désastre pour la légitimité du régime et pour l’héritage personnel de Xi", estiment les experts. 

Reste que la purge à la tête de l'armée chinoise et les difficultés qui en découlent est une "bonne chose" pour les États-Unis et Taïwan selon le rapport. "Le manque de confiance démontré par Xi dans son armée" la fragilise, mais elle conserve son "influence considérable". 

"Si Taïwan où les États-Unis franchissent une ligne rouge en matière de force militaire, la Chine dispose de nombreuses options pour punir, donner une leçon et déclarer sa propre 'victoire' sans que cela ne nécessite une coordination de commandement très cohérente", relativise le CSIS.

[Source: TV5Monde]