Au Venezuela, le soutien inconditionnel de Maduro fils, un « prince » dans l’ombre de son père
Fils unique de l’ex-président vénézuélien Nicolas Maduro, « Nicolasito », visé par l’acte d’accusation américain pour narcotrafic, mise sur une loyauté sans faille pour rester dans le jeu politique de son pays.
Sa gorge se serre, sa voix vacille. « La patrie est entre de bonnes mains, papa, et bientôt nous serons de nouveau réunis ici, au Venezuela ! » Dans son costume noir, le micro vigoureusement empoigné, le député Nicolas Maduro Guerra, fils unique de Nicolas Maduro, soulève une salve d’applaudissements dans l’Assemblée nationale vénézuélienne.
La scène, qui se déroule le 5 janvier, symbolise peut-être mieux qu’aucune autre ce qui se joue dans le pays depuis l’enlèvement, à Caracas, du président en exercice par les forces spéciales américaines, le 3 janvier.
Nicolas Maduro Guerra, 35 ans, aussi appelé « Nicolasito » (« petit Nicolas ») ou « le Prince », tient peut-être son dernier rôle, au côté d’un exécutif en sursis. S’il ne fait pas figure d’héritier, il est le symbole de la campagne du gouvernement pour la libération de son père. « Cela permet de maintenir l’illusion du retour prochain du président et, surtout, de maintenir l’“absence temporaire” du président, prévue par la Constitution, afin de ne pas convoquer d’élections », croit le militant des droits humains Rafael Uzcategui, exilé au Mexique.
« Tout ce que nous faisons, n’en doutez pas, c’est [suivre] le plan que Nicolas Maduro Moros nous a laissé ! », clamait encore Nicolasito lors d’un rassemblement de soutien, le 13 janvier, à Caracas. C’est par son père que la carrière politique du fils a commencé, c’est par son père qu’elle prendra peut-être fin, alors qu’il est lui-même visé dans l’acte d’accusation du procureur du district sud de New York, sur lequel reposent les poursuites contre Nicolas Maduro et son épouse, Cilia Flores.
Selon ce document, Maduro fils aurait notamment, entre 2014 et 2015, transporté des colis de drogue en avion depuis l’île Margarita, à l’est de Caracas ; aidé à acheminer vers la Floride des centaines de kilos de cocaïne en 2017, ou encore discuté, en 2020, avec des membres de l’ex-guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie – les FARC – de transport de cocaïne vers les Etats-Unis. « Il est au pied du mur, considère Ronna Risquez, journaliste d’investigation vénézuélienne. S’il veut se sauver, il va devoir montrer qu’il soutient les Rodriguez [la présidente par intérim Delcy et son frère Jorge, président de l’Assemblée nationale]. » « Les Rodriguez tiennent l’administration publique et PDVSA [la compagnie pétrolière nationale], Diosdado Cabello [le ministre de l’intérieur] tient l’appareil policier et de renseignement, et le général Vladimir Padrino Lopez [le ministre de la défense] a l’armée, abonde un politologue vénézuélien, sous le couvert de l’anonymat. Lui n’a pas de base de pouvoir propre. »
Un « soldat de Chavez »
Né de l’union de l’ex-président vénézuélien avec Adriana Guerra Angulo, Maduro fils se considère comme un « soldat de [l’ex-président Hugo] Chavez », ainsi qu’il l’a revendiqué sur X après l’élection de son père, en 2013. Ces derniers jours, il multiplie les posts Instagram dans lesquels il défend, lors de déplacements publics, la présidente intérimaire, donne des nouvelles rassurantes de son père ou encore vante les qualités de grand-père de ce dernier auprès de ses deux filles, nées en 2007 et en 2014, de son union avec Grysell Torres.
Suivi par 408 000 personnes, il rajeunit le chavisme à sa manière, comme en 2020, lorsqu’il avait lancé une (brève) émission hebdomadaire, « Maduro Guerra Live », au cours de laquelle il donnait la parole aux éminences chavistes. Dont il n’est pas.
Nicolasito a fait son entrée dans l’arène politique en 2013, à 23 ans, lorsque son père – successeur désigné de Hugo Chavez (1999-2013) – accède au pouvoir et le nomme chef de l’Inspection présidentielle. A la tête d’une équipe de dix personnes, Maduro fils doit renforcer le contrôle de l’administration. « Nous avons besoin d’inspections quotidiennes », explique à l’époque le jeune homme, qui rapporte à son père « tout, absolument tout », lui qui a comme expérience connue d’avoir étudié la flûte traversière, puis l’économie à l’université nationale des forces armées.
Sur le même principe du fait du prince, il est nommé, en 2014, directeur de la future Ecole nationale de cinéma. Une décision mal perçue dans le milieu. « Le comble du mépris et du cynisme », avait réagi, par exemple, l’acteur et comédien vénézuélien Hector Manrique. L’année suivante, il se fait remarquer lors du mariage d’un homme d’affaires syro-vénézuélien qui a lieu dans un luxueux hôtel de Caracas, au cours duquel il est filmé dansant à côté d’un invité faisant voler une liasse de dollars, alors que le pays s’enfonce dans une crise économique.
Pas de quoi contrarier le parcours de celui qui rejoint l’Assemblée constituante en 2017, en s’y faisant remarquer pour avoir lancé un avertissement aux Etats-Unis : « Si notre patrie était profanée, nos fusils atteindraient New York, nous prendrions la Maison Blanche. Même le Vietnam serait insignifiant en comparaison. »
Un trafic familial d’or
Deux ans plus tard, en juin 2019, les Etats-Unis prennent des sanctions contre lui, lui reprochant notamment de profiter des ressources minières vénézuéliennes. Peu avant cela, dans un entretien au Washington Post, un ancien agent du renseignement, le général Manuel Ricardo Cristopher Figuera, ayant fait défection, affirmait que Nicolas Maduro Guerra était à la tête d’un trafic familial illégal consistant à acheter l’or à bas prix pour le revendre à l’étranger.
En 2020, Nicolasito est élu député sous la bannière du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), poste qu’il occupe toujours. Tout récemment, en 2025, il a été épinglé pour avoir été admis à un doctorat d’économie de l’Université catholique Andres-Bello, à Caracas, sans avoir passé aucun examen d’entrée ni suivi aucun cours.
Une faveur qui n’est peut-être pas sans lien avec son titre de responsable des affaires religieuses du PSUV depuis 2022. « Il a habilement tiré parti de sa position de fils du président pour cultiver des relations et jeter des ponts en vue d’un rapprochement avec les Eglises. Il l’a fait avec un sens politique aigu et un intérêt marqué », reconnaît un théologien vénézuélien, qui a requis l’anonymat. « Il a à son actif d’avoir obtenu que les Eglises conservent une position neutre après la présidentielle de juillet 2024 », confirme le politologue cité plus haut. Une élection dont le résultat officiel est contesté par l’opposition.
Quelques jours avant la tenue de l’élection présidentielle, Maduro fils avait déclaré au quotidien espagnol El Pais que si Edmundo Gonzalez Urrutia, le candidat de l’opposition, sortait vainqueur, les chavistes n’auraient aucun problème à céder le pouvoir. « C’est comme s’il avait été une sorte de messager de Maduro [père] dans une intention de négociation, se souvient Ronna Risquez. Mais ça n’a pas eu de suite. » La suite s’est écrite le 3 janvier 2026. Nicolasito est entré depuis lors dans un exercice de survie. Pas seulement politique.
[Source: Le Monde]