Municipales : le bilan contesté des maires Rassemblement national

Ethique, sécurité, gestion financière… L’opacité des dépenses dans les mairies RN est ciblée par plusieurs rapports de chambres régionales des comptes et, parfois, par la justice tandis que leurs politiques financière ou sécuritaire se révèlent mitigées.

Fév 22, 2026 - 12:16
Municipales : le bilan contesté des maires Rassemblement national
Au premier rang, de gauche à droite, Steeve Briois maire d’Hénin-Beaumont, Christopher Szczureck, sénateur (RN) du Pas-de-Calais, Sébastien Chenu, vice-président de l’Assemblée nationale, à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le 7 septembre 2025. CYRIL BITTON/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

« Loin des caricatures, les municipalités administrées par des maires issus du Rassemblement national (RN) ont à cœur de permettre à chacun de leurs concitoyens de vivre dans les meilleures conditions et de faire face à un contexte économique et social qui s’est considérablement dégradé. » En amont de la campagne des élections municipales de mars, le parti d’extrême droite a expédié à tous les maires de communes de moins de 5 000 habitants un petit livret, dans lequel sont mis en avant Louis Aliot, maire de Perpignan, truelle en main ; Steeve Briois, maire de Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), présentant son budget ; ou encore la rénovation de l’admirable cloître de Moissac (Tarn-et-Garonne), certes financée à moins de 15 % par la mairie dirigée par Romain Lopez.

Le document de huit pages, riche en contre-vérités, rappelle les vertus présumées d’une mairie sous l’étiquette RN : sécurité, « finances assainies » sans hausse d’impôts, soutien aux plus démunis, dynamisme et cadre de vie embelli.

Au dos, figure le meilleur argument lepéniste, également mis en valeur sur les tracts distribués au grand public : en 2020, dans un contexte de forte abstention et de prime au sortant, les maires de cinq communes remportées six ans plus tôt se sont imposés au premier tour. C’est indéniable : la méthode semble avoir plu aux électeurs, hormis à Mantes-la-Ville (Yvelines), gagnée de manière heureuse en 2014 et aussitôt reperdue.

La ville vitrine du parti depuis 2014, Fréjus (Var), a été pudiquement ôtée du document, de même que Cogolin, dans le même département, dont le maire, Marc-Etienne Lansade, qui a démissionné du parti, a perdu son mandat en juin 2025 après avoir été condamné pour abus de faiblesse – décision dont il a fait appel. Les deux villes ont un autre point commun : les deux édiles sont inquiétés par la justice pour des infractions dans le cadre d’attribution de marchés publics – M. Rachline, relaxé en janvier dans une première affaire, sera jugé en septembre, et M. Lansade est mis en examen sous cinq chefs d’inculpation, sans être renvoyé devant le tribunal pour l’instant.

Ces deux affaires, singulièrement celle de David Rachline, vice-président du parti jusqu’à sa démission forcée en janvier, ternissent le bilan des quelques mairies RN. D’autant plus que leur gestion a été dénoncée par cinq chambres régionales des comptes : Fréjus encore, Perpignan, Beaucaire (Gard), Bédarrides (Vaucluse) et dans une moindre mesure Moissac, dont le rapport portait essentiellement sur le mandat précédent.

L’opacité des procédures dans l’attribution de postes ou de marchés publics, souvent au bénéfice de proches, revient dans chacun de ces rapports. A la suite de cette étude, la justice a ouvert une enquête préliminaire visant la mairie de Perpignan pour quatre marchés de prestations de conseil. Le rapport de la chambre régionale des comptes sur Beaucaire, qualifié par le maire de la commune, Julien Sanchez, de « tract socialo-communiste de la pire époque », soulignait également des budgets jugés « insincères » et un faible taux d’exécution des investissements.

Indemnités des élus

Plusieurs exemples montrent que la gestion par le RN des municipalités n’est pas non plus exempte de clientélisme avec les communautés locales, qu’elles soient gitane à Perpignan ou Beaucaire, polonaise à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) ou turque au Pontet (Vaucluse) – jusqu’à favoriser, dans ce cas, l’installation d’une mosquée, provoquant la gêne du parti.

Pas à l’abri des déviances inhérentes aux postes de pouvoir, donc, les maires lepénistes ne sont pas non plus exemplaires sur les frais de fonctionnement ou les indemnités des élus, contrairement à ce qu’ils revendiquent. Le Monde a ausculté les comptes transmis au ministère de l’économie jusqu’en 2024 par les neuf villes de plus de 10 000 habitants gérées par le RN. Dans quatre cas, les dépenses de fonctionnement (charges de personnel, frais de communication, énergie…) ont augmenté plus vite que dans les villes de même strate. Et les indemnités des élus ont augmenté dans deux tiers des cas depuis 2020.

Principaux thèmes mis en avant par les maires RN, la sécurité et la fiscalité sont également loin de présenter un bilan exemplaire. En dépit de dépenses à la hausse (recrutement de policiers municipaux et armement), les crimes et délits augmentent depuis 2019 dans sept des neuf villes – Beaucaire et Hénin-Beaumont font exception. Le taux de la taxe foncière, la principale ressource aux mains des maires, a augmenté plus vite qu’ailleurs dans sept des neuf villes, bien qu’il soit impossible de distinguer ce qui relève de la part communale de celle décidée par l’intercommunalité.

Le RN peut toutefois s’enorgueillir d’une baisse de l’endettement de la ville dans les deux tiers des cas. Et les maires se réjouissent d’avoir peu fait parler d’eux, hormis à Fréjus : « La stratégie, c’est de ne pas cliver, hormis sur des sujets que les habitants attendent, comme la vidéosurveillance en 2014, préconise Steeve Briois, à Hénin-Beaumont. Avant 2022, nous étions en première ligne dans la “stratégie de la cravate”. Depuis les 88 députés de 2022, nos maires n’existent plus nationalement, et tant mieux. »

[Source:: Le Monde]