À Madagascar, un "climat de peur" s'installe avec l'arrestation de militants de la Gen Z
Six mois après le renversement du président Andry Rajoelina, la tension monte entre le pouvoir et le mouvement de la “Gen Z” qui avait soutenu le putsch des militaires, à Madagascar. Quatre jeunes militants ont été arrêtés le 12 avril, deux autres ont disparu. Amnesty International dénonce un "climat de peur". Plusieurs collectifs appellent à manifester ce samedi 18 avril dans la capitale.
Au moins 4 militants de la Gen Z ont été interpellés à Antananarivo, selon Le Monde. Parmi eux figure Herizo Andriamanantena, l'un des leaders du mouvement, qui avait organisé deux jours plus tôt la première manifestation depuis six mois dans les rues de la capitale.
La marche pacifique avait rassemblé quelques dizaines de personnes pour dénoncer les dérives de du pouvoir militaire. Vendredi 17 avril, deux des quatre militants se trouvaient toujours en garde à vue à la brigade criminelle d'Anosy, d'après nos confrères.
Le leader du mouvement est poursuivi pour "atteinte à la sûreté de l'État" et "trouble à l'ordre public". Les deux autres, Carine Soa Fy et Rija Zoky, ont disparu après avoir appelé à une marche de soutien.
Lors d’une conférence de presse du Collectif des citoyens et des organisations citoyennes à Antananarivo, rapportée par RFI, la secrétaire générale, Hony Radert, a déclaré : "On est quand même dans l'inquiétude, voire dans la peur, parce qu'on voit diverses arrestations de jeunes et on ne comprend pas forcément ces arrestations."
Pour elle, la situation dépasse le cas des seuls militants interpellés. RFI rapporte ce qu'elle observe depuis plusieurs jours : "J'entends parler d'arrestations sauvages, dans la mesure où les gens sont arrêtés en pleine rue par des voitures avec des vitres fumées. [...] On est dans un climat d'intimidation voire de harcèlement moral et c'est cela qu'on remet en cause. [...] S'il y a arrestation, ça doit être fait dans les règles avec le droit de la défense, le droit à des soins médicaux et psychologiques."
Vendredi, Amnesty International a demandé que les autorités malgaches "mettent fin immédiatement aux arrestations arbitraires".
D’autres témoignages font état de passages à tabac lors des détentions, rapporte RFI. Face à ces arrestations, Amnesty International a demandé vendredi que les autorités malgaches "mettent fin immédiatement aux arrestations arbitraires". Tigere Chagutah, directeur régional de l'ONG pour l'Afrique de l'Est et l'Afrique australe, a d’ailleurs averti : "Elles doivent également respecter, protéger et faciliter le droit de réunion lors des manifestations prévues le 18 avril."
La société civile, dans sa grande majorité, tire la sonnette d'alarme. Plus de 60 organisations ont publié mardi un communiqué commun dans lequel elles disent constater “un recul important des engagements pris en faveur des droits civils et politiques. Nous observons l'usage de plus en plus fréquent du chef d'accusation d'atteinte à la sûreté de l'État. Cet instrument de répression, qui a tristement marqué le pouvoir précédemment destitué, ne doit pas devenir l'outil de cette transition."
Une confiance brisée
La désillusion de la société civile est à la hauteur des espoirs nés de la révolte populaire d’octobre 2025. En renversant le président Rajoelina, porté par un soulèvement de la jeunesse malgache, le colonel Michaël Randrianirina s'était investi "président de la Refondation". Il avait promis de conduire le pays vers de nouvelles élections en deux ans.
Six mois après, la concertation nationale annoncée comme préalable à ces élections n'a toujours pas débuté. Aucune réforme institutionnelle n'a été engagée.
Selon Le Monde, Michaël Randrianirina semble de plus en plus vouloir briguer lui-même la présidence. Entretemps, les coupures d’électricité et d’eau qui avaient déclenché les premières manifestations de la Gen Z en septembre 2025 ont repris dans la capitale. La ville d'Antsirabe, dans le centre de l'île, a été privée d'électricité pendant quatre jours d'affilée.
"Nous nous sentons trahis et nous n'avons plus confiance. La refondation promise reste jusqu'à présent invisible et la jeunesse n'est quasiment pas consultée", confie au Monde Elliot Randriamandrato, l'un des porte-paroles du mouvement. Il croit pourtant encore à la possibilité d’un dialogue avec le régime.
Moscou, nouvel allié d’Antananarivo ?
Le pouvoir malgache s'est rapproché de Moscou ces derniers mois. Avant d'être reçu par le président russe Vladimir Poutine, le colonel s'est entouré de mercenaires de l'Africa Corps, l'organisation paramilitaire ayant succédé au groupe Wagner, pour renforcer sa sécurité personnelle, nous apprend Le Monde. À Antananarivo, il avait également accueilli Andreï Averianov, général du renseignement militaire russe (GRU) et superviseur présumé de cette organisation.
Plusieurs livraisons d'armes par la Russie ont également été rendues publiques par les autorités malgaches, dont des hélicoptères ornés d'un grand signe Z, symbole en Russie de l'invasion de l'Ukraine lancée en 2022.
Mais les tensions ne se limitent pas qu'aux rues. Début avril déjà, le parquet malgache avait lancé des poursuites contre 13 personnes pour complot présumé contre le chef d'État.
Parmi elles figure le colonel Patrick Rakotomamonjy, présenté comme le cerveau de l'affaire, nous explique Le Monde. Il était le directeur du bureau des doléances auprès de la présidence en janvier et avait été licencié avant de fuir. Ses vidéos dénonçaient la corruption du régime et étaient devenues virales sur les réseaux sociaux. Après plusieurs semaines de fuite, il a été arrêté jeudi 17 avril.
La semaine précédente, le chef de la junte avait accusé les manifestants de recevoir "de l'argent de certains politiciens" ainsi que des "financements de l'étranger".
La secrétaire générale du Collectif des citoyens et des organisations citoyennes, Hony Radert, résume l'impasse dans un entretien à RFI : "Avant, on comptait sur les militaires pour protéger la population, pour être le dernier rempart, mais aujourd'hui c'est le dernier rempart qui est au pouvoir et qui donne ce climat d'insécurité."
[Source: TV5Monde]