La crise du détroit d'Ormuz et la flambée des prix du pétrole désorganise l'acheminement de l'aide humanitaire sur le continent africain
La flambée des prix du pétrole et de l'énergie, dûe à la guerre en Iran, a des conséquences directes sur l'acheminement de l'aide humanitaire. C'est le signal d'alarme que tirent les agences d'aide internationale. Celles-ci, faute de budget adéquat, doivent réduire leurs aides.
Le 1er mai, la porte-parole du Haut-Commissariat au réfugiés a lancé l'alerte. "Si l’instabilité au Moyen-Orient persiste, la hausse des coûts, les retards et les capacités de transport limitées risquent de restreindre encore davantage les opérations humanitaires" a déclaré à Genève, Carlotta Wolf.
Les tarifs de fret en provenance des principaux pays d’approvisionnement ont augmenté de près de 18 % depuis le début des hostilités, tandis que la capacité des prestataires de transport internationaux est passée de 97 % à 77 % depuis le début de l’année 2026.
Dans certains cas, les coûts ont tout simplement doublé. Transporter des denrées depuis les entrepôts du HCR à Dubaï (dans les Émirats arabes unis), vers le Soudan et le Tchad, en empruntant une route terrestre coûte 1,87 million de dollars au lieu de 927.000 avant le conflit.
Dans ces conditions, la situation est particulièrement préoccupante en Afrique, où les expéditions en provenance du Kenya vers des pays comme l’Éthiopie, la République démocratique du Congo ou le Soudan du Sud subissent des retards en raison de la pénurie de camions.
Au Soudan, qui traverse une crise humanitaire majeure, en plus de l'augmentation du prix de transport, le contournement du cap de Bonne-Espérance allonge les délais de livraison de 25 jours.

Le nouvel itinéraire rallonge le temps d'acheminement de l'aide humanitaire. Source "Save the children". © TV5MONDE
"Moins de personnes peuvent être soignées"
Le HCR a chiffré ses besoins à 8,5 milliards de dollars, mais il n'a de financés que 23% de cette somme. La hausse du coût du transport signifie qu'encore moins de personnes vont pouvoir bénéficier de cette aide vitale.
"Chaque dollar supplémentaire dépensé pour le transport est un dollar en moins que nous pouvons consacrer aux personnes contraintes de fuir… Les conséquences pour les personnes que nous aidons se font déjà sentir", fait valoir Carlotta Wolf.
La cherté du carburant impacte aussi localement souligne le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme, privant les agriculteurs de faire fonctionner leurs machines, mettant à l'arrêt les générateurs au diesel indispensables pour fournir de l'électricité et maintenir une chaîne du froid très fragile.
L'ONG Alima, l'Alliance pour l'action médicale internationale basée à Dakar, soulignait l'impact du conflit sur la crise sanitaire dès le 30 mars au micro de TV5MONDE. Son directeur des opérations, le docteur Rodrigue Alitanou, expliquait qu'ils avaient déjà des retards d'approvisionnement et que les commandes faites lors du premier trimestres n'étaient pas arrivées.
Le médecin soulignait la "cherté de carburant, donc aussi de l'essence et du gasoil qui sont vraiment nécessaires pour le déroulement de nos activités." Transporter les médicaments, aller vers les populations en besoin, qui était déjà difficile avant la guerre, devient encore plus coûteux ce "qui a une répercussion sur nos budgets et signifique que moins de personnes peuvent être soignées."
Une augmentation des coûts de 20%
Pour les Nations Unies, il s’agit de la perturbation de la chaîne d’approvisionnement la plus importante depuis le COVID, avec une augmentation des coûts d’expédition jusqu’à 20 % et des retards dus au réacheminement des marchandises. Et la guerre crée de nouvelles situations d’urgence, comme en Iran, mais aussi au Liban où au moins un million de personnes ont été déplacées. Ce qui impacte l'aide à destination de l'Afrique.
"La guerre contre l'Iran et la perturbation du détroit d'Ormuz risquent de pousser les opérations humanitaires au-delà de leurs limites," déclare Madiha Raza, directrice associée des affaires publiques et des communications pour l'Afrique à l'International Rescue Committee à Associated press. "Même lorsque les combats cesseront, le choc sur les chaînes d’approvisionnement mondiales pourrait continuer de retarder pendant des mois l’aide vitale", ajoute-t-elle.
Jean-Cédric Meeus, chef du transport mondial et de la logistique pour l'UNICEF, explique, toujours à Associated Press, que son agence utilise une combinaison de voies terrestres et aériennes pour envoyer des vaccins au Nigeria et en Iran afin de les acheminer à temps pour les campagnes de vaccination, mais que les coûts ont grimpé en flèche.
Avant la guerre, l’UNICEF envoyait des vaccins en Iran par avion directement auprès de fournisseurs du monde entier. Désormais, les vaccins sont acheminés par avion vers la Turquie et acheminés vers l’Iran, ce qui a augmenté les coûts de 20 % et a ajouté 10 jours au délai de livraison.
Save the Children International, qui normalement envoit des fournitures par fret maritime de Dubaï à Port-Soudan, doit désormais acheminer les marchandises par camion depuis Dubaï via l'Arabie Saoudite, puis par barge à travers la mer Rouge, a-t-il indiqué. L'itinéraire ajoute 10 jours et augmente les coûts d'environ 25 %, à un moment où plus de 19 millions de Soudanais sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë. Ce retard expose plus de 90 établissements de soins de santé primaires à travers le Soudan au risque de manquer de médicaments essentiels, selon le communiqué.
Des choix difficiles
La flambée des prix signifie également que les organisations doivent choisir leurs priorités.
"Vous sacrifiez soit le nombre d'enfants que vous aidez... soit le nombre d'articles que vous pouvez vous permettre d'acheter", déplore Janti Soeripto, président de Save the Children pour les États-Unis. Le groupe a déclaré qu'il disposait de stocks dans les pays où il travaille, mais que certains d'entre eux pourraient s'épuiser d'ici quelques semaines.
La hausse des coûts a également un impact sur la capacité des personnes à demander de l’aide dans leur pays.
Médecins sans frontières a déclaré que la hausse des prix du carburant en Somalie – où quelque 6,5 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire aiguë – a fait grimper les coûts de transport et de nourriture, rendant plus difficile l’accès aux soins.
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L’une des plus grandes préoccupations concerne l’impact de la guerre sur la faim dans le monde.
Le PAM prévient que si le conflit se poursuit jusqu'en juin, 45 millions de personnes supplémentaires souffriront de faim aiguë, s'ajoutant aux près de 320 millions de personnes confrontées à la faim dans le monde.
Environ 30 % des engrais mondiaux transitent par le détroit d’Ormuz et, à l’approche de la saison des semis dans des régions comme l’Afrique de l’Est et l’Asie du Sud, les petits agriculteurs des pays pauvres seront durement touchés. Le Soudan importe plus de la moitié de ses engrais du Golfe et le Kenya environ 40 % de là-bas, selon des groupes humanitaires.
Le secrétaire général de l’ONU a créé un groupe de travail pour faciliter le commerce des engrais – sur le modèle de l’Initiative céréalière de la mer Noire. Mais les groupes humanitaires affirment que cela ne suffira pas. S’il n’y a pas de cessez-le-feu, les gouvernements doivent fournir davantage de financement aux organisations pour répondre à la hausse des coûts, affirment-ils.
[Source : TV5Monde]