Mali: "Il n'y a pas de blocus à Bamako" assure Moussa Ag Acharatoumane, membre de la Commission défense du Conseil national de transition

Depuis le 25 avril, le Mali traverse une période politique difficile avec une montée des tensions sécuritaires, une recomposition des groupes armés dans le Nord, mais aussi un affaiblissement de l'opposition politique. Moussa Ag Acharatoumane, ex-membre du MNLA, fondateur du Mouvement pour le salut de l'Azawad, aujourd'hui membre de la commission défense du Conseil national de transition (CNT), était l'invité de TV5MONDE.

Mai 17, 2026 - 09:59

Dans la nuit du 13 au 14 mai, l'armée malienne a mené au moins quatre frappes aériennes sur Kidal, plus grande ville du Nord, tombée sous le contrôle du FLA et du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) lors de l'offensive des 25 et 26 avril. Selon un témoin, une frappe avait alors détruit une maison près d'un ancien marché de la ville et une autre a creusé un cratère dans la cour du gouvernorat. L'armée malienne avait prévenu que ses "frappes [allaient] s'accentuer" sur la ville.

Selon Moussa Ag Acharatoumane, membre de la commission défense du Conseil national de transition (CNT), la situation au Mali serait stabilisée, malgré ces récentes attaques terroristes. Il rappelle que le 25 avril dernier, les civils ont été nombreux parmi les victimes, comme à Gao, où une “voiture kamikaze terroriste a explosé”, tuant “des femmes et des enfants, dont deux fillettes de deux ans”

L’ancien fondateur du Mouvement pour le salut de l'Azawad (MSA) tient à rassurer : “Mais malgré tout cela, quand même, de manière générale, la situation a été maîtrisée”.

Depuis ces attaques, fin avril, des incendies de camions et de bus sur les axes routiers desservant la capitale, ont été attribués au JNIM, réduisant l’approvisionnement en carburant et en produits de première nécessité sur les marchés de Bamako. Le membre du CNT a fermement rejeté le terme de “blocus”, utilisé par les observateurs de la région. "Je trouve que le mot ‘blocus’ pour décrire ce qui se passe autour de Bamako est exagéré", a-t-il déclaré à TV5MONDE. "Moi, je suis à Bamako. Je peux d'ores et déjà vous confirmer qu'il n'y a pas de blocus. Les tentatives d'entrave à la circulation de personnes et de leurs biens ont été largement déjouées par les forces de défense et de sécurité, qui ont mis des unités pratiquement sur tous les grands axes”, a-t-il poursuivi.

Interrogé sur un éventuel échec du régime de transition sur le plan sécuritaire, face aux groupes djihadistes, l'ancien fondateur du MSA a balayé cette analyse. "Non, il n'y a pas une part d'échec. Vous savez, le Mali fait face à l'hydre terroriste. Et le terrorisme, il est connu dans le monde entier. Il a frappé Paris, il a frappé Madrid, il a frappé toute les grandes capitales occidentales", a-t-il affirmé, citant également les assassinats de Mohamed Boudiaf à Alger et d'Anouar el-Sadate en Égypte pour contextualiser la mort du général Camara, tué à Kati.

L’alliance du FLA avec les djihadistes, un acte “irréfléchi”

Après la mort du général Sadio Camara, Assimi Goïta, président de la Transition malienne, a pris lui-même le portefeuille du ministère de la Défense, début mai. Sur ce point, Moussa Ag Acharatoumane, a refusé tout commentaire direct, préférant mettre en avant la mobilisation du pays et de son armée qui a suivi les attaques. "Les Maliens ont montré leur amour pour leur pays, leur amour pour leur armée et surtout leur engagement et leur détermination à lutter contre l'hydre terroriste", a-t-il déclaré.

Moussa Ag Acharatoumane, qui connaît de l'intérieur les dynamiques des mouvements armés touaregs, a qualifié le choix de ces combattants de s’allier au JNIM d'"irréfléchi""Une partie de nos frères qui ont fait ce choix dangereux sont en train de jouer avec le feu, parce qu'ils n'ont malheureusement pas tiré tous les enseignements nécessaires de ce qui s'est passé en 2012", a-t-il déclaré. Il a poursuivi : "En 2012, une partie d'entre nous, pour ne pas dire la majorité, avait fait ce choix-là. Mais quelques mois après, on a vu ce qui s'est passé. C'est les organisations terroristes comme Al-Qaïda et Daesh qui ont fini par avoir le dessus sur tout le monde et chasser tout le monde."

Sur le rôle d'Africa Corps, partenaire militaire russe de l'armée malienne et successeur du groupe Wagner dans la région, le membre du CNT s'est montré prudent. Interrogé sur un retrait de Kidal sans engagement au combat, il a contesté cette version: "Ça, c'est vous qui le dites. Pour le moment, dans la région de Kidal, nous sommes dans un dispositif de repositionnement qui nous permet d'agir plus vite, plus fort, plus haut et plus loin."

L'avertissement final de Moussa Ag Acharatoumane s'adressait directement aux combattants du FLA engagés aux côtés des groupes armés islamistes. "Leur avenir, ce n'est pas avec Al-Qaïda, ce n'est pas avec Daesh. L'avenir de tout Malien est à l'intérieur de son pays. Je pense qu'ils doivent réfléchir à deux fois avant de continuer cette aventure."

[Source : TV5Monde]