Le télétravail améliore légèrement la productivité, selon l’Insee

Les entreprises qui ont augmenté et maintenu la part de salariés télétravailleurs après le Covid-19 ont vu leur productivité augmenter d’un point, conclut une étude publiée le mardi 19 mai par l’organisme français. L’amélioration des conditions de travail et du management sont des facteurs d’explication déterminants.

Mai 21, 2026 - 10:30
Le télétravail améliore légèrement la productivité, selon l’Insee
A Marseille, le 10 janvier 2025. LAURENSON PHILIPPE/LA PROVENCE/MAXPPP

Carnet de bureau. Mauvaise nouvelle pour les rares DRH tentés de « faire revenir » à tout prix leurs salariés au bureau, au motif que le télétravail dégraderait le collectif. Une étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), menée, en partenariat avec le service statistique du ministère du travail et publiée mardi 19 mai, conclut que les entreprises qui ont déployé le télétravail durant la crise sanitaire et l’ont maintenu au-delà ont constaté une « amélioration modeste mais réelle » de la productivité du travail.

Plus précisément, dans les entreprises non financières et hors immobilier, « une hausse de 10 points de la part de télétravailleurs est corrélée à un gain de 0,7 à 1,0 point de pourcentage de croissance de la productivité entre 2019 et 2022 ».

Le télétravail, entré dans le Code du travail français en 2012, s’est massivement déployé lors des confinements de 2020, avant de se stabiliser dans de nombreuses entreprises françaises autour de deux jours par semaine. En 2024, 22 % des salariés du secteur privé le pratiquaient au moins une fois par mois, contre 4 % en 2026. Il concerne les deux tiers des cadres, seulement 10 % des employés, et moins d’1 % des ouvriers.

« Les salariés voient dans le télétravail l’accès à une nouvelle forme de liberté : ne plus devoir prendre les transports en commun, avoir davantage de temps pour soi, être moins proche de son manageur », résume Marianne Le Gagneur, chargée de cours en sociologie à l’université de Liège et autrice de Télétravail, les limites d’une révolution (PUF, 304 pages, 24 euros) – elle a notamment observé durant trois ans ses effets dans une grande entreprise bancaire.

Intensification du travail domestique des femmes

Côté employeur, outre un moyen d’attirer ou fidéliser des salariés friands, le télétravail a pu permettre d’économiser des mètres carrés. Mais le gain de productivité observé par l’Insee s’explique également par l’« amélioration des processus de production », une « meilleure coordination » et un « management plus efficace ».

Autre point fort, l’amélioration des conditions de travail, que détaillent ainsi les auteurs de l’étude : « réduction des temps de trajets, davantage d’autonomie dans l’organisation de la journée, environnement de travail parfois plus calme ».

Le télétravail n’est pas pour autant un remède magique, et peut aussi se montrer source d’intensification des tâches et d’inégalités. « C’est très ambivalent, rappelle Marianne Le Gagneur. Il offre davantage de possibilités de s’organiser, mais parallèlement, on observe une intensification du travail domestique, notamment pour les femmes. Les journées s’allongent et sont plus remplies, on a peu de pauses comme au bureau, et on les remplace par des tâches domestiques. »

L’étude Insee pointe enfin une limite : quand la part des télétravailleurs dépasse 20 % à 25 % de l’emploi total dans une entreprise observée, « l’effet productivité » disparaît, probablement du fait de « l’émergence de coûts de coordination accrus lorsque de nombreux salariés télétravaillent ».

[Source : Le Monde]