En ouverture du Festival de Cannes, l’actrice Eye Haïdara salue celles et ceux qui tentent « de résister ici et ailleurs »
La maîtresse de cérémonie a salué celles et ceux qui tentent « de résister ici et ailleurs »politisé son discours, mardi, tandis que le cinéaste néo-zélandais Peter Jackson, auteur de la trilogie du « Seigneur des anneaux », a reçu une Palme d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.
Mais que fait Gustave Kervern sur le tapis rouge, tout seul ? Le comédien et réalisateur semble un peu perdu, balaie les yeux de droite à gauche. Mais est-ce bien lui ? Mardi 12 mai, la cérémonie d’ouverture de la 79e édition du Festival de Cannes aura permis de révéler une chose : on ne l’avait jamais remarqué, mais Kervern, barbe fournie et cheveux en pétard, ressemble étrangement à Peter Jackon, auteur de la trilogie du Seigneur des anneaux (2001-2003) et de celle duHobbit (2012-2014), toutes deux adaptées des romans de Tolkien. C’était donc lui, le cinéaste néo-zélandais, qui prenait un bain de flashs sur le tapis rouge ! Et pour cause : il allait bientôt recevoir la Palme d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.
Cette histoire de faux sosie nous aura occupée, durant la demi-heure de tapis rouge, forcément un peu monotone. On s’est attardé sur l’équipe du film d’ouverture, La Vénus électrique, de Pierre Salvadori : Louis Garrel en total look noir, Pio Marmaï en veste blanche, Anaïs Demoustier ajustant la bretelle de sa robe champêtre, Vimala Pons et le décolleté en cœur de son fourreau bleu nuit.
Un peu plus loin, Paul Kircher, derrière ses lunettes noires, nous fait penser à Benjamin Biolay jeune. Décidément... Le jeune acteur joue dans le nouveau long métrage de Christophe Honoré, Mariage au goût d’orange, présenté hors compétition, à Cannes Première.
Puis 19 heures ont sonné. Sur la scène du Grand Théâtre Lumière, Eye Haïdara, maîtresse de cérémonie, est apparue sur la chanson de Claude Nougaro, Le Cinéma : « Sur l’écran noir de mes nuits blanches... » Saluant la présidente du festival, Iris Knobloch, son délégué général, Thierry Frémaux, les chers téléspectateurs, etc., l’actrice a également interpelé les « chers internautes, partout dans le monde », avant de se reprendre : « Enfin partout où l’Internet n’a pas été coupé. Partout où l’intelligence artificielle ne s’est pas substituée à la réalité. (...) Enfin, à vous toutes et tous qui tentez de résister ici et ailleurs, bonsoir et bienvenue. »
Discours rassembleur
Applaudissements nourris, et beau démarrage pour un discours de quelques minutes, rassembleur, avec quelques traits d’humour. Cannes, a-t-elle souligné, est « le seul endroit où un film sud-coréen peut bouleverser une spectatrice brésilienne. (...) Le seul endroit où la fable d’un Iranien perce le mur de l’indifférence ». Les cinéastes présents à Cannes cette année, en compétition ou non, « seront les rois », a-t-elle affirmé, « mais seulement une soirée. Car le lendemain, ils liront les critiques ».
Après l’arrivée sur scène du jury, présidé par le Sud-Coréen Park Chan-wook, le temps était venu d’accueillir le fameux Peter Jackson. Celui qui a débuté sa carrière avec la comédie gore Bad Taste (1987) s’est vu remettre la Palme d’honneur par son acteur fétiche Elijah Wood, qui jouait Frodon dans Le Seigneur des anneaux. Le comédien a toujours cet air juvénile malgré ses 45 ans, et sa moustache. Peter Jackson l’a d’ailleurs félicité pour « ce nouveau look un peu Clark Gable ».
Jamais sélectionné à Cannes, c’est pourtant ici même, au festival, que Peter Jackson avait pu projeter les premières images du Seigneur des anneaux, un moment décisif pour la suite du projet, a-t-il rappelé.
L’auteur de la mini-série documentaire The Beatles : Get Back (2021) a eu droit ensuite à une surprise : l’interprétation du tube planétaire des Beatles (inscrit dans l’album Let it Be, de 1970) par les chanteuses Theodora et Oklou. Un arrangement musical un brin mécanique, au point que la répétition des « Get Back » semblait interminable.
Enfin, l’Américaine Jane Fonda et la Sino-Singapourienne Gong Li ont fait diversion. « Jane vient de l’Ouest, et moi de l’Est », a déclaré l’actrice de la Palme d’or Adieu ma concubine (1993), de Chen Kaige. Elle a souligné « la magie du festival », capable de réunir deux mondes opposés, tout en lisant son texte sur un carton L’Oréal. Joyeusement impatiente à ses côtés, Jane Fonda, 88 ans, a brandi le poing, parlant du cinéma comme d’un acte de « résistance ». Avant de prononcer la phrase rituelle, « Je déclare la 79e édition du festival ouverte », elle a fait signe à quelqu’un dans la salle, l’invitant à sourire, tout en étirant sa bouche avec les mains. Souriez, vous êtes à Cannes !
