Présidentielle 2027 : Gabriel Attal officialise sa candidature en Aveyron en espérant s’éloigner de l’héritage d’Emmanuel Macron

Le secrétaire général de Renaissance a déclaré son ambition pour l’Elysée à l’issue d’un « débat citoyen » organisé dans la commune rurale de Mur-de-Barrez. L’ancien premier ministre espère trouver un élan, ces prochaines semaines, afin de doubler Edouard Philippe, en position de favori pour représenter le bloc central et la droite.

Mai 22, 2026 - 16:41
Présidentielle 2027 : Gabriel Attal officialise sa candidature en Aveyron en espérant s’éloigner de l’héritage d’Emmanuel Macron
Gabriel Attal, accompagné du maire de Mur-de-Barrez (Aveyron), Pierre Ignace (Renaissance), le 22 mai 2026. JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »

A défaut d’entretenir un quelconque suspense sur ses intentions, Gabriel Attal a voulu ménager un effet de surprise sur le lieu de sa déclaration, hésitant sur l’endroit précis jusqu’au dernier moment. Après plusieurs mois à occuper l’espace médiatique, la publication d’un livre pour se raconter aux Français et sa désignation par son parti comme le prétendant idéal, l’ancien premier ministre (janvier-septembre 2024) de 37 ans a finalement officialisé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027, vendredi 22 mai à la mi-journée, depuis le village de Mur-de-Barrez, dans le nord de l’Aveyron.

Le secrétaire général de Renaissance s’est invité sur la place du village aux 700 âmes avec une délégation d’une dizaine d’élus proches de lui, pour un « débat citoyen et banquet républicain » organisé par le maire de la commune rurale, Pierre Ignace, encarté au parti présidentiel. Une centaine de personnes ont répondu présent à la mystérieuse invitation à échanger avec un « invité politique national », reçue ces trois derniers jours. Un an après la visite du prince de Monaco – lié par l’histoire à la commune –, c’est au tour de Gabriel Attal de susciter la curiosité.

A la fin d’un échange d’un peu plus d’une demi-heure avec les habitants sur différents sujets, il a levé le voile sur ses ambitions, en étant interrogé peu spontanément par l’édile sur ses ambitions futures, dans un format clin d’œil à la déclaration de Jacques Chirac en 2002 depuis Avignon. « Oui, c’est parce que j’aime profondément la France, et que j’aime profondément les Français, que j’ai décidé d’être candidat à la présidence de la République », a lancé Gabriel Attal, après avoir affirmé son « ambition » de faire renouer le pays avec « la promesse de l’élévation », « individuelle »et « collective » et « un optimisme ». Derrière lui, un grand drapeau français opportunément accroché sur une façade.

Après un aligot-saucisse, et un tour par le collège du village pour s’offrir un petit bain de foule, il étrennera, dans l’après-midi, ses nouveaux habits de candidat, pour une séance carte postale et une rencontre avec des acteurs locaux, depuis le belvédère de l’aire d’autoroute de l’A75 offrant une vue panoramique sur le viaduc de Millau.

Ces derniers jours, l’entourage de Gabriel Attal hésitait encore entre deux options : celle d’une officialisation formelle lors de son premier meeting de campagne, prévu le 30 mai à Paris, ou d’une déclaration faussement improvisée au cours de ce déplacement de deux jours dans le département rural. Renaissance y compte deux députés et a conquis la préfecture de Rodez lors des élections municipales de mars.

La possibilité d’une candidature en marge de la traditionnelle fête de la transhumance à Saint-Chély-d’Aubrac (Aveyron), où il se rend samedi, a fini par être écartée par le député des Hauts-de-Seine et ses équipes, au risque de paraître trop hors-sol.

« Un ancrage local, ça se construit »

Choisir l’Aveyron a été « mûrement réfléchi », avance son entourage. Une façon pour le prétendant à l’Elysée de prendre le contre-pied des critiques sur la déconnexion du macronisme, après dix ans d’exercice du pouvoir par le parti présidentiel, devenu son écurie.

« L’enjeu, c’est de déconstruire cette image de Macronie trop métropolitaine et pas assez ancrée dans le pays réel », explique son conseiller Patrick Vignal, ex-député de l’Hérault, et de « faire le pont entre l’ancien et le nouveau monde ». En somme, accentuer la rupture avec les années Macron, dont il est pourtant l’héritier, mais aussi gommer son image d’enfant privilégié du 6e arrondissement de la capitale, où l’ancien élève de la prestigieuse Ecole alsacienne et de Sciences Po a grandi.

Voilà donc Gabriel Attal en plein cœur du Massif central, prêt à « taper sur le cul des vaches », selon l’expression de Jacques Chirac, et à appeler à « “déparisianiser” la France » dans l’espoir de s’imprégner d’un imaginaire rural. Quitte à ce que cette mise en scène suscite des moqueries et alimente un peu plus l’image d’un candidat obsédé par la communication. « La tartuferie n’a pas de limites ! On ne s’invente pas un ancrage local, ça se construit », jugeait Arnaud Péricard, porte-parole d’Horizons, en amont de sa visite.

Mais le jeune ambitieux, déjà passé par Matignon, n’a que faire des procès en insincérité. Adversaire d’un autre ancien chef de gouvernement (2017-2020), Edouard Philippe, pour l’heure candidat favori du bloc central et de la droite pour 2027, il estime n’avoir rien à perdre. Le plus important, à ses yeux ? Réussir à imprimer vite sa marque dans l’esprit des électeurs.

« Ce qui est en train de se cristalliser dans l’opinion, c’est la capacité des candidats à se mouiller, emporter le pays et créer une dynamique », fait valoir son plus proche conseiller et directeur général de Renaissance, Maxime Cordier. En la matière, Gabriel Attal se juge meilleur qu’Edouard Philippe.

Ses soutiens parlent volontiers d’une redite à venir du match Chirac-Balladur, en 1995, où il incarnerait l’outsider corrézien, face à un Edouard Philippe favori mais trop téméraire… Jusqu’à rêver d’affronter au second tour le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, dans un match entre « millennials ». Avec le prétendant d’Horizons, ils se sont donné jusqu’à février 2027 pour discuter de la « nécessité de s’unir », afin d’éviter un duel RN-La France insoumise. Tout en nourrissant chacun l’espoir que l’autre sera contraint d’abandonner avant.

Position offensive

Pour tenter de supplanter le maire du Havre (Seine-Maritime) dans les sondages, le chef de file de Renaissance est entré dans une course contre la montre qui s’est soudain accélérée, vendredi. Durant ses deux jours dans l’Aveyron, il a prévu d’avaler les kilomètres pour enchaîner les séquences médiatiques, documentées par ses équipes en quasi-direct sur ses réseaux sociaux et une caravane d’une quarantaine de journalistes.

Ses concurrents en conviennent : Gabriel Attal est une bête de communication au flair politique indéniable, dont « il faut se méfier ». Celui qui a occupé cinq maroquins gouvernementaux en six ans (2018-2024) a réussi son ascension éclair en faisant parler de lui. A l’instar de l’écho trouvé par sa décision d’interdire le port de l’abaya à l’école, en 2023, qui l’a aidé à être propulsé de l’éducation nationale à Matignon.

Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, en juin 2024, et son départ du gouvernement, la rupture est consommée avec le chef de l’Etat, s’échine-t-il à rappeler. Persuadé que l’on ne gagne pas sur un bilan, Gabriel Attal veut donc forcer le trait de sa différence avec Emmanuel Macron, comme en témoigne son entrée en campagne. Même s’il garde de 2017 la volonté de « disruption » et de « dépassement » des clivages, et espère capter le même espace électoral…

Pour ce faire, l’élu se maintient en position offensive et a multiplié ces derniers mois les propositions clivantes : débat sur la GPA, réforme des retraites sans âge pivot, remise à plat du code du travail et de la justice des mineurs, suppression du plafond des heures supplémentaires, remise en cause de la primauté du droit international… Et compte continuer. De quoi rappeler à certain la méthode Nicolas Sarkozy.

Mais les coups à la hussarde de Gabriel Attal, éprouvés encore récemment à l’Assemblée sur la proposition de loi sur le travail le 1er-Mai, clivent au sein de l’ex-majorité présidentielle. Ses contempteurs l’accusent d’opportunisme, d’inconsistance et d’orienter son opinion selon les sondages.

Absences

« Pour lui, la campagne se gagne sur les réseaux sociaux, avec des propositions radicales », s’exaspère en privé Elisabeth Borne. L’ex-première ministre a claqué la porte de la direction de Renaissance, le 6 mai, pour s’opposer à ses orientations, et ne sera pas là le 30 mai pour le meeting de la porte de Versailles. Comme la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, et la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé.

Même si Gabriel Attal minimise la portée de ces absences, les doutes qui subsistent au centre et à droite autour de sa capacité à rassembler son camp de manière élargie demeurent son principal obstacle. Surtout quand la tentation d’un soutien à Edouard Philippe titille nombre de cadres macronistes, peu convaincus par la possibilité d’une victoire d’un candidat au profil similaire à celui d’Emmanuel Macron dix ans plus tard, malgré tous ses efforts pour afficher sa différence.

Une semaine avant sa déclaration de candidature, l’entourage de Gabriel Attal s’est activé pour mettre sur pied un appel à sa candidature, porté par « 500 maires et élus locaux » dans La Tribune du dimanche. Mais le texte a davantage été signé par des conseillers municipaux que des maires – un peu plus de 70. Tant pis. Gabriel Attal préfère jouer l’opinion et se rassure au regard de sa popularité lors des séances de dédicace de son livre et sur les réseaux sociaux. Sa déclaration de candidature « démacronisée » doit l’aider à trouver un élan, si elle est jugée crédible, espère-t-il. Il devrait aussi être adoubé par les militants Renaissance, lors d’un prochain vote.

[Source : Le Monde]