Le roi du Maroc en France : la visite prévue de Mohammed VI consacre le rapprochement entre les deux pays
La venue du roi est « programmée », a annoncé le ministre marocain des affaires étrangères, mercredi. La dernière visite d’Etat du monarque à Paris avait eu lieu en 2000, huit mois après son accession au trône.
Le ministre marocain des affaires étrangères a confirmé, mercredi 20 mai, la visite d’Etat de Mohammed VI en France.La venue du roi du Maroc est « programmée », a affirmé Nasser Bourita, lors d’une conférence de presse, à Rabat. « Nous nous préparons à accueillir sa majesté », a ajouté Jean-Noël Barrot, à ses côtés. Le chef de la diplomatie française du Quai d’Orsay était présent dans la capitale marocaine, où il participait à une rencontre sur le maintien de la paix.
Les déclarations des deux diplomates surviennent alors que la visite de Mohammed VI en France est annoncée depuis plus d’un an et demi. Le roi avait accepté l’invitation d’Emmanuel Macron, en octobre 2024, alors qu’il recevait le président à Rabat. Aussi le locataire de l’Elysée avait-il espéré lui rendre la pareille l’année suivante, à l’occasion des 70 ans de la déclaration de La Celle-Saint-Cloud (Yvelines), qui donna son indépendance au Maroc, en novembre 1955.
Le projet est finalement tombé à l’eau et le déplacement de Mohammed VI se profile désormais pour l’automne, selon les sources du Monde. Compte tenu du calendrier politique marocain, celui-ci devrait avoir lieu après les élections législatives, prévues en septembre, et une fois la rentrée parlementaire lancée, que le roi inaugure chaque deuxième vendredi d’octobre.
Qualifiée par Jean-Noël Barrot de « jalon historique », la visite d’Etat du monarque en France sera la seconde de son règne. La première remonte à 2000. Mohammed VI était monté sur le trône, huit mois plus tôt. Jacques Chirac l’avait accueilli sur le tarmac de l’aéroport d’Orly. Plus de trente ans séparaient alors le jeune souverain de son hôte.
Nombreux contentieux
Face à Emmanuel Macron, Mohammed VI, 62 ans, est cette fois l’aîné. Entre les deux hommes, la relation a soufflé le chaud et le froid. A peine élu président en 2017, le chef de l’Etat fait un geste apprécié : il réserve au Maroc la primeur de son premier déplacement au Maghreb, rompant avec ses prédécesseurs, François Hollande et Nicolas Sarkozy, qui avaient, eux, choisi l’Algérie. Le roi est convié à l’Elysée l’année suivante, puis Emmanuel Macron retourne dans le royaume inaugurer le TGV entre Tanger et Casablanca.
Mais, en 2021, le contact personnel se grippe avec l’affaire Pegasus, ce logiciel espion israélien que les services marocains auraient utilisé pour espionner les communications téléphoniques d’Emmanuel Macron. Les contentieux se sont ensuite accumulés. Des résolutions du Parlement européen critiques envers le Maroc début 2023, avec le soutien du groupe Renew, alors dirigé par un proche du président, Stéphane Séjourné, aux restrictions de visas imposées par la France aux ressortissants marocains…
Le dialogue ne reprend progressivement qu’en 2023, avant que les deux pays ne renouent définitivement à l’été 2024, lorsque la France s’aligne sur la position du Maroc dans le dossier du Sahara occidental. Trois mois plus tard, Emmanuel Macron salue la foule à Rabat aux côtés de Mohammed VI. Depuis, plus de quarante rencontres ministérielles se sont déroulées entre les deux pays, a chiffré Nasser Bourita, selon qui « les contacts entre le roi et le président sont permanents ».
Signature d’un traité d’amitié
Bien qu’il ne soit pas encore connu, le programme de la visite d’Etat de Mohammed VI comportera, protocole oblige, des réceptions à l’Elysée et des rencontres avec le premier ministre et les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat. L’agenda du roi devrait aussi inclure des échanges avec la communauté marocaine en France.
Le temps fort de sa venue a néanmoins été dévoilé. Il consistera en la signature d’un traité d’amitié. « Le premier conclu par la France avec un pays non européen et le premier conclu par le Maroc avec un pays européen », a précisé le chef de la diplomatie marocaine. Sa rédaction a été confiée à des figures de la relation bilatérale, dont le Prix Goncourt 2016, Leïla Slimani, et l’ancien ministre des affaires étrangères, Hubert Védrine. Décoré par Mohammed V, son père, Jean, fit partie des Français « libéraux » qui soutinrent le mouvement indépendantiste marocain.
Avant cela, la nouvelle entente franco-marocaine sera représentée par la reprise des réunions de haut niveau entre les gouvernements des deux pays. La dernière en date s’était tenue en 2019. La prochaine est annoncée pour le mois de juillet, à Rabat. En attendant, le nouvel ambassadeur de France au Maroc, Philippe Lalliot, a pris ses quartiers dans la capitale. L’ancien directeur du centre de crise et de soutien du Quai d’Orsay devrait remettre ses lettres de créance dans les prochains jours.
[Source : Le Monde]