Un volcan resté endormi plus de 100 000 ans peut se réveiller
Une équipe de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (Suisse) s’est penchée sur le cas du Methana, en Grèce, qui aurait connu deux cycles éruptifs séparés par une longue pause. Les chercheurs attribuent ce phénomène à la forte teneur en eau des magmas, mais leur hypothèse ne fait pas l’unanimité.
Les volcans fascinent autant qu’ils effraient. Leurs éruptions façonnent le paysage, créant tantôt d’immenses cratères comme celui de Yellowstone (Wyoming, Etats-Unis) ou superposant les couches de laves en fusion pour former des dômes, comme au piton de la Fournaise à La Réunion. On recense aujourd’hui environ 1 500 volcans actifs émergés, sans compter les très nombreux volcans sous-marins.
Cependant, les volcans qui n’ont pas connu d’éruption récente ne sont pas toujours considérés comme éteints : certains peuvent s’endormir et se réveiller quelques centaines voire milliers d’années plus tard. Mais comment savoir s’ils sont simplement assoupis ou définitivement inactifs ? La limite classiquement admise est de 10 000 ans sans activité éruptive, un battement de cils à l’échelle des temps géologiques, mais qui suffit à des civilisations pour s’installer sur ces terrains particulièrement fertiles, oubliant le risque latent.
Pourtant, une équipe du département de sciences de la Terre et des planètes de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (Suisse) décrit le cas d’un spécimen grec qui aurait piqué un somme… de plus de 100 000 ans ! Cet édifice volcanique, le Methana, se situe à environ 50 kilomètres au sud-ouest d’Athènes. Il fait partie d’un système de huit volcans (dont Santorin) disposés en arc de cercle, structure typique d’une zone de subduction.
Les chercheurs ont analysé par différentes méthodes les roches prélevées sur 31 sites à la surface du volcan. Au sein de ces échantillons, ils se sont particulièrement intéressés à un type de cristaux, les zircons, dont la composition actuelle permet d’estimer l’âge de formation et témoigne donc des processus à l’œuvre à cette époque dans les profondeurs. Leurs résultats, publiés dans Science Advances le 22 avril, suggèrent que le volcan aurait connu deux cycles éruptifs depuis sa première éruption, il y a environ 475 000 ans, séparés par cette longue pause de 100 000 ans.
Pour les volcans des zones de subduction, les modèles classiques expliquent que des sources profondes de magma chaud et liquide au niveau du manteau terrestre alimentent des chambres magmatiques dans les couches supérieures de la croûte. Le magma, selon sa composition chimique et les conditions de pression, remonte ensuite jusqu’à la surface.
Potentiel biais d’échantillonnage
Fidel Costa, professeur à l’Institut de physique du globe de Paris, qui n’a pas participé à l’étude, compare ces volcans à des robinets ouverts, qui font de petites éruptions régulièrement. « Si pour une raison ou une autre la sortie est bloquée, le magma s’accumule, il change de composition et peut causer de grosses mais plus rares éruptions explosives. » Si le robinet est fermé à sa source, c’est-à-dire que la chambre magmatique n’est plus alimentée, le magma qu’elle contient refroidit, cristallise et le volcan s’éteint.
Le cas du Methana est intrigant car, d’après l’étude, son activité aurait été principalement effusive, expulsant des coulées de magma liquide, même après sa longue période de repos, pause habituellement suivie d’événements explosifs. Comment expliquer alors un si long sommeil ? Les chercheurs proposent une hypothèse impliquant l’hydratation des magmas.
Dans les zones de subduction, une croûte océanique plonge sous une croûte continentale, emportant sur son passage des roches plus ou moins hydratées. Leur teneur élevée en eau augmenterait la cristallinité et la viscosité de ces magmas, perdant leurs gaz à la décompression, et ralentirait alors leur ascension vers la surface. C’est pourquoi le calme apparent du volcan ne traduirait pas une diminution de son activité mais aurait, à l’inverse, préparé les éruptions à venir.
Leur hypothèse explicative ne fait cependant pas l’unanimité. Fidel Costa évoque un potentiel biais d’échantillonnage. Il rappelle que les phénomènes d’érosion peuvent être très importants sur terre en fonction du climat, suggérant que les prélèvements réalisés dans l’étude ont pu passer à côté de certaines éruptions, en particulier si celles-ci étaient de petite taille ou constituées de cendres et de débris très dispersibles. « On ne peut analyser que ce que l’on voit aujourd’hui : par exemple en Guadeloupe, si on me demande maintenant, je dirais probablement : “Non, il n’y a pas eu d’éruption [au XVIe siècle, où le volcan de la Soufrière a connu une éruption explosive]”, car il est difficile de trouver les dépôts », explique le spécialiste, incitant à rester nuancé sur les conclusions.
Néanmoins, l’étude du Methana rappelle que la surveillance des zones volcaniques, par suivi sismique notamment, reste un enjeu majeur dans la gestion des risques, en particulier pour l’aménagement du territoire. La compréhension des mécanismes profonds qui régissent leur activité est donc essentielle. Ces géants ne nous ont pas encore livré tous leurs secrets.
[Source : Le Monde]