L’Union Bordeaux-Bègles, nouvelle citadelle du rugby européen

Maxime Lucu et ses coéquipiers ont conservé leur titre de Champions Cup, samedi à Bilbao (Espagne), en écrasant en finale les Irlandais du Leinster, quatre fois lauréats de la compétition.

Mai 24, 2026 - 09:53
Mai 24, 2026 - 09:54
L’Union Bordeaux-Bègles, nouvelle citadelle du rugby européen
La joie des joueurs de l’Union Bordeaux-Bègles après leur victoire en finale de Champions Cup de rugby face à Leinster, à Bilbao (Espagne), le 23 mai 2026. VINCENT WEST/REUTERS

On appelle ça la force de l’habitude. L’Union Bordeaux-Bègles (UBB) en a fait la preuve, samedi 23 mai, à Bilbao (Espagne). Dans la touffeur du stade San Mamés, Maxime Lucu et ses coéquipiers n’ont pas seulement conservé leur titre européen de Champions Cup, en écartant sans ménagement (41-19) en finale l’équipe irlandaise du Leinster. Ils l’ont fait avec éclat, appliquant lors de la première période du match, comme tout au long de la compétition, le jeu flamboyant qui font d’eux les rois d’Europe depuis deux ans.

Leur sacre, samedi, dans la « cathédrale » du football basque, n’a rien du hasard. Les rugbymen bordelo-béglais avaient prévenu ces derniers jours que leur victoire en 2025 contre les Anglais de Northampton n’était en rien une « étoile filante » dans le palmarès de la Champions Cup. « Ce titre-là est encore plus beau que l’an dernier, a réagi après le match le capitaine Maxime Lucu, désigné joueur du match. Au vu de notre parcours, il est vraiment exceptionnel. »

Les Irlandais ont pourtant tiré les premiers. Après une rentrée dans l’arène sous les hourras – à en crever les tympans – des spectateurs chauffés à blanc par la météo estivale et la perspective d’une finale spectaculaire, le trois-quarts aile Tommy O’Brien aplatissait en coin (9e). Et après ? Plus rien, ou presque.

Le Leinster, quatre titres de Champions Cup brodés sur le maillot, a été cuit à l’étouffée dans l’étuve de San Mamés par une UBB en feu. Dominateurs à chacun de leur impact, les joueurs de Yannick Bru, qui leur avait demandé de jouer « physique », ont récité leur rugby fait de passes rapides après contact, d’arabesques sur les ailes et de petits coups de pied par-dessus la défense. Face à ce jeu offensif qui s’épanouit dans le chaos, la défense du Leinster, inspirée des préceptes de Jacques Nienaber, l’entraîneur adjoint sud-africain qui donne aux Boys in Blue – en blanc samedi – une patte springbok, n’a pas suffi.

En cinq réalisations, les partenaires de l’inévitable Louis Bielle-Biarrey – auteur d’un doublé (25e et 37e) – ont presque éteint tout suspense à la pause (35-7), égalant en quarante minutes le record d’essais dans une finale de la compétition… détenu par leurs adversaires du jour depuis 2012.

Tragédie à la française pour le Leinster

Le retour des vestiaires n’a rien changé à l’issue du match, malgré le carton jaune de Lucu sanctionné d’un essai irlandais dans la foulée (46e). Symbole de l’impuissance irlandaise face à la défense des Bordelo-Béglais, arc-boutés sur leur ligne d’en-but, la transformation, facile, ratée d’Harry Byrne.

La seconde période de l’UBB fut plus terne, notamment à cause de la chaleur. Plus brouillonne aussi, à l’image du carton jaune reçu bêtement par Ugo Boniface (74e). Mais à San Mamés, la messe était déjà dite depuis belle lurette. « Frustré », l’entraîneur du Leinster, Leo Cullen, a reconnu la supériorité de son adversaire, « beaucoup plus rapide et clinique qu’on ne l’a été ». « La vitesse de leur rugby est vraiment impressionnante », a salué le technicien irlandais, admiratif et jaloux à la fois du niveau pratiqué en Top 14, le championnat français.

Avant le coup d’envoi, les joueurs de l’UBB avaient les faveurs des pronostics. Champions en titre, ils ont affolé les statistiques pendant toute la compétition. Au point que même la presse irlandaise semblait résignée à la défaite des Dublinois, redoutant, comme l’Irish Times, une nouvelle « tragédie » à la française, après leur quatrième défaite d’affilée contre des clubs tricolores.

Samedi, la première période des Bordelo-Béglais fut un modèle de maîtrise, lors de laquelle ils ont avancé sur chacun de leurs impacts, dominé les duels aériens et le combat au sol. L’UBB avait décidé de jouer « physique » plutôt que sur les extérieurs, comme l’a rappelé Maxime Lucu après le match : « Pour contrer la “rush defence” du Leinster, il fallait attaquer l’épaule. »

« C’est exceptionnel »

« On a mérité d’être largement devant à la mi-temps », a salué, en conférence de presse, Yannick Bru, relevant quarante premières minutes « presque parfaites ». « A la pause, on sent qu’on est en train de faire un match magnifique, a ajouté, tout sourire, l’ancien talonneur de l’équipe de France. Cette campagne européenne nous rend très fiers. On ne rentre pas encore dans la cour des très grands comme le Leinster, on garde les pieds sur terre, mais ce qu’ont accompli les joueurs cette saison, c’est exceptionnel. »

Yannick Bru peut savourer un titre guère usurpé. Ses hommes ont successivement écarté Toulouse, le champion de France, en quarts de finale, Bath, le champion d’Angleterre, au tour suivant, avant de se colleter en finale les Leinstermen de Tadhg Furlong et Andrew Porter, deux piliers râblés aux visages cabossés par plus de quinze ans de mêlée. Après les succès de Montpellier la veille en Challenge Cup et du XV de France il y a deux mois dans le Tournoi des six nations, le sacre de l’UBB parachève la domination du rugby français sur le continent.

Mais sa lune de miel avec l’Europe passée, le club girondin devra très vite redescendre sur terre, pour ferrailler sur les terrains de Top 14. Une compétition qui lui sourit moins. Actuels cinquièmes au classement, Louis Bielle-Biarrey, sacré meilleur joueur de la Champions Cup, et ses coéquipiers ont rendez-vous contre Toulon, au stade Mayol, dimanche 31 mai, lors de l’avant-dernière journée du championnat. Un match capital dans leur quête d’un premier Bouclier de Brennus.

L’UBB a soif de titres, joueurs et dirigeants n’ont pas cessé de le répéter. « Pour marquer l’histoire du rugby », ambitionne son président, Laurent Marti. Finalistes malheureux des deux dernières finales du championnat contre Toulouse, les Bordelo-Béglais aimeraient, cette fois, briser une autre force de l’habitude.

[Source : Le Monde]