Présidentielle au Chili: une élection sous tension sécuritaire et poussée de l’extrême droite
Les Chiliens votent pour choisir leur prochain président dimanche 16 novembre 2025, dans un climat dominé par l’insécurité et une droite radicale en pleine ascension. Jeannette Jara arrive en tête des sondages, mais les projections annoncent une issue défavorable pour la gauche au second tour.
Les Chiliens votent ce dimanche pour élire leur président, au terme d’une campagne polarisée autour du crime organisé et des promesses d’expulsions de migrants sans papiers portées par l’extrême droite, qui ont placé la gauche sur la défensive.
Pour la première fois depuis la fin de la dictature d’Augusto Pinochet en 1990, la droite radicale pourrait retrouver le pouvoir.
La communiste Jeannette Jara, candidate de la coalition de centre gauche actuellement au gouvernement, arrive en tête des derniers sondages, devant son rival d’extrême droite José Antonio Kast.
Mais, en cas de second tour, un scénario jugé très probable, elle est donnée perdante face à un candidat de droite ou d’extrême droite en raison du report des voix.
L’extrême droite en progression
L’extrême droite est aussi représentée par Johannes Kaiser, du Parti national libertarien, souvent présenté comme la version chilienne du président argentin Javier Milei et actuellement en progression dans les enquêtes d’opinion.
Bien que le pays, riche en cuivre et en lithium, demeure l’un des plus sûrs du continent, la criminalité a nettement augmenté. Le taux d’homicides est passé de 2,5 à 6 pour 100 000 habitants en dix ans, et les enlèvements ont atteint 868 cas l’an dernier, soit une hausse de 76 % par rapport à 2021, selon les autorités.
“L’insécurité est totale. Ce qu’on a vu dernièrement, on ne l’avait jamais vu auparavant. On a besoin de quelqu’un qui impose de la fermeté”, confie à l’AFP Jacqueline Ruz, une habitante de Santiago de 56 ans.
Cette poussée de violence a éclipsé les aspirations de changement qui avaient porté au pouvoir en 2022 le président de gauche Gabriel Boric et sa tentative avortée de rédiger une nouvelle Constitution en remplacement de celle héritée de Pinochet.
Criminalité organisée et immigration au cœur du débat
L’inquiétude des Chiliens tient en partie à l’arrivée de formes de criminalité organisée “jusque-là inconnues dans le pays, comme les assassinats commandités”, note Gonzalo Müller, directeur du Centre d’études politiques du Chili.
Dans le même temps, le pays a vu arriver de nombreux migrants, dont le nombre a doublé en sept ans pour atteindre 8,8 % de la population. Une majorité de Chiliens associe la hausse de la criminalité à l’immigration irrégulière.
La campagne a ainsi été dominée par les discours sécuritaires, un terrain sur lequel Jeannette Jara s’est elle-même positionnée.
Âgée de 51 ans et membre du Parti communiste depuis l’adolescence, l’ancienne ministre du Travail affirme n’avoir “aucun complexe en matière de sécurité”. Elle défend un contrôle migratoire accru, tout en promettant aux Chiliens “la sécurité d’arriver à boucler les fins de mois”, dans un contexte de hausse du coût de la vie.
Son principal adversaire, José Antonio Kast, 59 ans, fils d’un ancien soldat ayant servi dans l’armée d’Hitler avant d’émigrer au Chili après la Seconde Guerre mondiale, brigue pour la troisième fois la présidence. Il a fait des 337 000 étrangers en situation irrégulière — majoritairement des Vénézuéliens — le cœur de son discours, exploitant les inquiétudes liées à l’arrivée de groupes criminels étrangers comme le Tren de Aragua, impliqué dans des enlèvements et des extorsions.
Une droite traditionnelle fragilisée
L’ultraconservateur promet des expulsions massives, la construction d’un mur frontalier, un renforcement de l’armement de la police et le déploiement de l’armée dans les zones les plus touchées.
En forte progression dans les sondages et désormais en troisième position, Johannes Kaiser, 49 ans, pourrait créer la surprise en se qualifiant pour le second tour prévu le 14 décembre. D’origine allemande lui aussi, il tient le discours le plus radical des huit candidats contre les migrants irréguliers, promettant non seulement de les expulser, mais d’envoyer ceux disposant d’un casier judiciaire dans la mégaprison construite par le président salvadorien Nayib Bukele.
Ces prises de position ont fragilisé la candidate de la droite traditionnelle, Evelyn Matthei, dont un clip de trap diffusé en fin de campagne et largement moqué n’a pas permis d’inverser la tendance.
Le scrutin est perçu comme un indicateur clé pour la gauche sud-américaine, récemment battue en Argentine et en Bolivie, et confrontée à des élections décisives en Colombie et au Brésil en 2026.
Le vote est obligatoire, sous peine d’amende. Une forte participation est donc attendue. Quelque 15,6 millions d’électeurs doivent également renouveler la Chambre des députés et la moitié du Sénat.
[Source: TV5Monde]