A Madagascar, la Russie offre ses services aux autorités de la transition

L’achat d’hydrocarbures à Moscou est présenté comme une option pour mettre fin rapidement aux délestages qui ont repris dans la capitale Antananarivo.

Nov 30, 2025 - 12:12
A Madagascar, la Russie offre ses services aux autorités de la transition
Siteny Randrianasoloniaiko, le nouveau président de l’Assemblée nationale malgache, à Antananarivo, le 17 octobre 2025. RIJASOLO / AFP

La Russie peut-elle aider Madagascar à résoudre la crise énergétique qui a précipité la chute du président Andry Rajoelina ? C’est ce qu’a suggéré le nouveau président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, en proposant de se tourner vers Moscou pour importer des hydrocarbures.

« Les Russes sont les spécialistes de la résolution des problèmes urgents. Ils peuvent nous fournir du carburant. Le choix est entre nos mains si nous voulons vraiment trouver des solutions à nos problèmes. La Russie est prête [à nous livrer] avant la fin de l’année », a-t-il avancé, lundi 24 novembre, lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2026.

Dans la foulée, il a aussi annoncé la convocation jeudi des fournisseurs de la Jirama, la compagnie publique de distribution d’eau et d’électricité. Vendeurs de carburants ou loueurs de groupes électrogènes, ces sociétés soupçonnées de bénéficier de contrats léonins sont jugées en partie responsables des difficultés financières de la Jirama et de son incapacité à résoudre les récurrentes pénuries d’électricité. Dans l’urgence, la Russie pourrait offrir une alternative.

Renforcement de la coopération bilatérale

La recommandation n’est à vrai dire pas une surprise. Dans le paysage politique, Siteny Randrianasoloniaiko est connu pour ses liens avec le régime de Vladimir Poutine, même s’il se défend de toute proximité et a, notamment, toujours nié avoir bénéficié d’un soutien financier du Kremlin lors de sa campagne présidentielle de 2023.

A peine élu au perchoir de la chambre basse, le député de Tuléar (Sud) et ex-chef de file de l’opposition s’est envolé pour Moscou avec une délégation parlementaire, le 5 novembre, pour une visite officielle de cinq jours. Il y a rencontré la vice-présidente de la Douma, Viktoria Abramchenko, et le vice-ministre de l’énergie, Roman Marchavine, avec lequel le renforcement de la coopération bilatérale a été abordé. Des entreprises russes du secteur devraient se rendre à Madagascar début 2026.

L’ancien judoka, qui cumule les fonctions au sein des instances sportives, s’est rapproché de Moscou grâce à ses réseaux. En particulier par l’entremise de l’Autrichien d’origine roumaine Marius Vizer, président de la Fédération internationale de judo. Le Malgache est un de ses vice-présidents.

Entre les dojos et la politique, il n’y aurait eu qu’un pas que Siteny, comme il est de coutume de l’appeler à Madagascar, se serait empressé de franchir. D’autant plus facilement que Vladimir Poutine, lui-même judoka, était président d’honneur de la Fédération jusqu’à l’invasion de l’Ukraine.

« Partenariats gagnant-gagnant »

Siteny n’est cependant pas le seul à Antananarivo à regarder vers Moscou. Le 21 octobre, le colonel Michaël Randrianirina, nouvel homme fort de l’île, désigné président de la refondation par la Haute Cour constitutionnelle après la fuite d’Andry Rajoelina, a accordé sa première interview au média russe Sputnik, prônant la « rupture avec le passé »et la signature de « partenariats gagnant-gagnant ».

Il a réitéré l’exercice, mardi 25 novembre, en ouvrant les portes du palais d’Iavoloha à une autre chaîne publique russe, RT. Dans l’entretien mis en ligne sur le site Internet de l’ambassade de Russie à Madagascar, il plaide à nouveau pour l’ouverture de partenariats avec tous les pays, sans restriction.

« Siteny ne s’est pas lancé sans l’aval de la présidence. Le colonel Michaël et les militaires qui l’entourent veulent les Russes car ils pensent qu’il sera beaucoup plus facile de travailler avec eux qu’avec les bailleurs de fonds traditionnels », observe un fin connaisseur du dossier.

Selon cette source, des experts venus de Moscou seraient déjà présents à la présidence pour fournir un appui technique et examiner comment leurs projets pourraient s’intégrer dans le mix énergétique malgache. Mais à court terme, une solution rapide est recherchée par le nouveau pouvoir, car les coupures d’électricité ont repris dans la capitale.

L’épineux dossier des îles Eparses

Ce possible rapprochement avec la Russie inquiète les chancelleries occidentales qui se sont gardées de condamner le coup de force des militaires. Toutes ont, au contraire, rapidement exprimé leur volonté d’accompagner la transition. Y compris la France, qui a aidé Andry Rajoelina à quitter l’île en mettant un avion militaire à sa disposition pour rejoindre La Réunion. « Nous avons pris acte de la volonté des nouvelles autorités de répondre aux aspirations de la jeunesse qui s’est exprimée avec force et dignité et que nous devons accompagner », a insisté Emmanuel Macron en déplacement à l’île Maurice, jeudi 20 novembre.

La France est d’autant plus sensible à cette alliance qu’Antananarivo a toujours trouvé en Moscou un allié dans l’épineux dossier des îles Eparses, ce chapelet de terres dispersées dans le canal du Mozambique et conservées par la métropole au moment de l’indépendance en 1960. Pas davantage qu’Andry Rajoelina, le président de la refondation ne compte mettre ce contentieux de côté. « C’est un sujet qui tient au cœur des Malgaches, il fait partie des négociations », a-t-il laissé mystérieusement entendre au micro de RT.

En 2018, quelques mois avant l’élection présidentielle, Moscou avait déjà tenté d’exercer son influence en offrant à plusieurs candidats ses stratèges et un appui financier, comme l’avait révélé une enquête de la BBC. Cette fois-ci, il ne fait plus de doute que le courant est passé.

[Source: Le Monde]