"Je peux vous dire qu'ils veulent conclure un accord": selon Trump, l'Iran est prêt à signer avec les États-Unis
Alors que les tensions atteignent un niveau critique entre Washington et Téhéran, le président américain Donald Trump affirme que l'Iran souhaite négocier. Une armada américaine dans le Golfe et des menaces réciproques marquent ce face-à-face diplomatique à haut risque.
"Je peux vous dire qu'ils veulent conclure un accord", a déclaré vendredi Donald Trump aux journalistes dans le Bureau ovale. Le président américain, qui a fixé à Téhéran un délai qu'il refuse de divulguer, se montre optimiste sur l'issue des négociations tout en gardant une posture menaçante. "Espérons que nous parviendrons à un accord. Si c'est le cas, tant mieux. Si ce n'est pas le cas, nous verrons bien ce qui se passera", a-t-il ajouté.
Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions extrêmes, avec le déploiement d'une imposante flotte américaine dans le Golfe. Jeudi, Trump avait déjà indiqué "espérer" ne pas avoir à frapper l'Iran, tout en prévenant que "le temps était compté". Interrogé sur la possibilité de reproduire le scénario vénézuélien – où les États-Unis ont capturé Nicolas Maduro et pris le contrôle du pétrole – le président américain s'est refusé à dévoiler ses plans militaires, se contentant d'affirmer disposer d'une "flotte extrêmement puissante dans cette région".
Téhéran pose ses lignes rouges
Face à la pression américaine, l'Iran campe fermement sur ses positions. Les capacités de défense et balistiques iraniennes "ne feront jamais l'objet de négociations", a averti vendredi le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, lors d'une visite à Istanbul. "La sécurité du peuple iranien ne regarde personne d'autre", a-t-il insisté en conférence de presse, tout en se déclarant prêt à reprendre des négociations "sur un pied d'égalité".
Cette position contraste avec les attentes américaines. Selon le média Axios citant des responsables de Washington, tout accord devrait notamment inclure le retrait de tout l'uranium enrichi du pays, le plafonnement du stock de missiles à longue portée et un changement de politique vis-à-vis de certains groupes armés régionaux. Le ministre iranien a précisé qu'aucune rencontre n'était prévue à ce stade avec les États-Unis.
La Turquie en médiateur?
La Turquie tente de s'imposer comme facilitateur dans cette crise. Son ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a estimé vendredi que la reprise des négociations sur le nucléaire était "vitale afin d'apaiser les tensions régionales". Ankara redoute particulièrement une escalade militaire qui jetterait des milliers de migrants par-delà les plus de 550 kilomètres de frontière partagée avec l'Iran.
"Nous constatons qu'Israël tente de persuader les États-Unis de lancer une attaque militaire contre l'Iran (...) Nous espérons que l'administration américaine fera preuve de bon sens", a déclaré Hakan Fidan. Le président turc Recep Tayyip Erdogan pousse pour l'organisation d'une réunion trilatérale États-Unis/Iran/Turquie, selon une source diplomatique turque. Il s'est entretenu vendredi avec son homologue iranien Massoud Pezeshkian, qui a de nouveau refusé de négocier sous les menaces américaines.
Un contexte régional explosif
Le contexte est particulièrement tendu pour le pouvoir iranien. Outre l'armada américaine dans le Golfe, l'Union européenne a inscrit jeudi les Gardiens de la Révolution – le bras armé du régime – sur sa liste des "organisations terroristes". Cette force est accusée par les Occidentaux d'avoir orchestré début janvier la répression du vaste mouvement de contestation ayant fait des milliers de morts. Les Européens "subiront les conséquences de cette décision insensée", a prévenu vendredi le chef du pouvoir judiciaire en Iran.
Pour Serhan Afacan, directeur du centre d'études iraniennes Iram à Ankara, "le compromis n'est pas impossible mais ne peut être atteint qu'après de longs cycles de négociations et si les craintes sécuritaires de Téhéran, surtout vis-à-vis des États-Unis et d'Israël", sont adressées. Plusieurs pays du Golfe, dont certains abritent des bases militaires américaines, ont déjà appelé ces derniers jours à la désescalade.
En 2018, lors de son premier mandat, Donald Trump s'était retiré du pacte international sur le nucléaire iranien conclu trois ans plus tôt et avait rétabli des sanctions. L'Iran s'est en riposte affranchi de la plupart de ses engagements. Les autorités iraniennes reconnaissent que des milliers de personnes ont été tuées lors des manifestations récentes, mais affirment que la grande majorité étaient des forces de sécurité ou des passants tués par des "émeutiers". Des ONG parlent de dizaines de milliers de morts potentiels, mais le travail de recensement est entravé par les restrictions de communication, bien qu'internet ait été partiellement rétabli après trois semaines de coupure.
[Source: TV5Monde]