CAN 2025 : au Soudan, l’espoir de 90 minutes de paix

Alors que leur pays est ravagé par la guerre depuis avril 2023, les Soudanais se sont qualifiés pour la Coupe d’Afrique des nations. Ils affrontent l’Algérie, mercredi 24 décembre à Rabat, pour leur premier match.

Déc 26, 2025 - 10:08
CAN 2025 : au Soudan, l’espoir de 90 minutes de paix
L’équipe soudanaise Al-Merrikh, au stade Atbara de Khartoum, le 17 juillet 2025. EBRAHIM HAMID / AFP

C’est bien plus qu’un simple match de football que le Soudan s’apprête à disputer contre l’Algérie, mercredi 24 décembre à Rabat. En entrant dans le stade Moulay Al-Hassan de la capitale marocaine pour leur première rencontre de Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025, les onze joueurs Soudanais représenteront un pays fracturé, ravagé depuis avril 2023 par une guerre opposant l’armée aux paramilitaires des Forces de soutien rapide, qui contrôlent l’ouest et certaines parties du sud du pays.

Le conflit a déjà fait au moins 150 000 morts et 14 millions de déplacés, « soit la plus grande crise de déplacement au monde et l’une des situations humanitaires les plus graves », selon l’Organisation des Nations unies (ONU).

Dans ce contexte, le football peut sembler bien futile. « Mais c’est très bien que le Soudan participe à cette compétition, a soutenu, mardi, le sélectionneur ghanéen James Kwesi Appiah. Comme vous le savez, il y a la guerre au Soudan. Le fait que l’équipe nationale dispute cette CAN peut amener des sourires sur les visages des populations. »

Assis à côté de lui en conférence de presse, le capitaine de l’équipe, l’arrière Bakhit Khamis, n’a pas caché son émotion : « Nous allons participer à un grand événement et c’est un honneur d’être ici. C’est aussi très important pour le peuple soudanais. Nous allons faire tout ce que nous pouvons pour présenter un football digne de notre pays. »

« Résilience hors du commun »

Les Crocodiles du Nil ou Faucons de Jediane, les deux surnoms de l’équipe, se sont qualifiés pour cette 35e CAN au terme d’un parcours courageux où ils ont disputé leurs matchs « à domicile » loin de leurs bases et de leurs supporteurs. Leurs dernières rencontres ont été jouées à Benghazi, en Libye. « Le plus important a été de changer la mentalité : faire comprendre aux joueurs que chaque terrain devait devenir “notre maison”, a expliqué le sélectionneur. Leur attitude exemplaire a été déterminante. »

Les Soudanais ont décroché leur billet pour la CAN en terminant deuxièmes de leur groupe derrière l’Angola. Leurs matchs ont été marqués par de l’engagement, de la solidarité et une combativité sans faille. « Il est très difficile pour un joueur de se concentrer sur le foot lorsque sa famille est en danger, a souligné James Kwesi Appiah. Mais ils sont restés fixés sur leur objectif de qualification sans que je fasse appel à un psychologue pour les encadrer. L’essentiel du travail était physique et technique. »

L’ossature de l’équipe soudanaise est en grande majorité composée de joueurs évoluant dans les équipes d’Al-Hilal et Al-Merreikh, deux clubs rivaux basés à Omdourman, la ville jumelle de Khartoum, la capitale, sur la rive gauche du Nil. Lorsque les combats se sont intensifiés au Soudan, le championnat national s’est brutalement arrêté. Les footballeurs se sont exilés au Maroc, puis en Libye, afin de disputer une série de matchs amicaux et rester compétitifs.

Afin qu’ils puissent disputer les qualifications de la CAN, les deux clubs ont été invités par la fédération mauritanienne à intégrer le championnat mauritanien. Au terme de la saison 2024-2025, Al-Hilal a terminé en tête du classement et a reçu symboliquement un trophée d’honneur pour ce sacre.

« Nous avons vécu une saison incroyable mais pas facile, se souvient Florent Ibenge, entraîneur congolais d’Al-Hilal, de 2022 à 2025. Nous vivions dans un hôtel de Nouakchott, vingt-quatre heures sur vingt-quatre ensemble. Les joueurs étaient parfois très inquiets au sujet de leurs familles et le football pouvait sembler vraiment dérisoire pour quelqu’un qui venait de perdre son frère sous un bombardement ou un autre qui n’avait plus de nouvelles de ses proches… Mais ils sont restés disciplinés et travailleurs. Ils ont une résilience hors du commun. » Aujourd’hui, Al-Hilal et Al-Merreikh évoluent dans le championnat du Rwanda où, après treize journées, ils sont respectivement classés 14e et 5e, mais avec sept matchs de retard.

Paix introuvable

L’histoire du football soudanais est aussi vieille que celle du football africain. Le pays a organisé, en 1957 à Khartoum, la première édition de la CAN, à une époque où il n’y avait que trois équipes (Soudan, Egypte et Ethiopie) dans le tournoi, contre vingt-quatre aujourd’hui. Finalistes en 1959 et 1963, les Crocodiles du Nil ont gagné leur unique titre en 1970 devant leur public, en s’imposant à Khartoum contre le Ghana (1-0).

Cette rencontre marque l’apogée du football soudanais qui, par son incapacité à se structurer et son manque de moyens, ne connaîtra ensuite que des éliminations précoces et des qualifications manquées.

Même si le groupe des Soudanais de la CAN 2025 s’annonce difficile – ils affronteront la Guinée équatoriale le 28 décembre, puis le Burkina Faso trois jours plus tard –, il y a une lueur d’espoir, un élan dans le groupe. « Les joueurs viennent de toutes les régions du pays mais ils s’unissent dès qu’ils portent le maillot de l’équipe nationale, assure Florent Ibengue. Il n’y a pas de cloisonnement entre eux, jamais de débats politiques… Au Soudan, le football est une religion. Lorsque l’équipe nationale joue, les tensions s’arrêtent et il y a la paix. »

Celle-ci est pour l’instant introuvable sur le plan diplomatique. Lundi, à New York, au siège de l’ONU, Kamel Al-Tayeb Idris Abdelhafiz, premier ministre soudanais, a appelé à un « cessez-le-feu, sous la surveillance conjointe des Nations unies, de l’Union africaine et de la Ligue arabe ». Il a exigé le « retrait des milices rebelles des zones occupées » et demandé à l’institution onusienne de « se tenir du bon côté de l’histoire ».

[Source: Le Monde]