Honduras : le nouveau président, Nasry Asfura, en quête du soutien de Trump

Elu en novembre 2025 avec l’appui affiché du président américain, le dirigeant conservateur est revenu les mains vides de sa visite à Washington en janvier.

Jan 28, 2026 - 13:03
Honduras : le nouveau président, Nasry Asfura, en quête du soutien de Trump
Nasry Asfura, le nouveau président du Honduras, à Washington, le 13 janvier 2026. STEFANI REYNOLDS/BLOOMBERG VIA GETTY IMAGES

Donald Trump a un nouvel allié en Amérique centrale : Nasry « Tito » Asfura, du Parti national du Honduras (PNH, droite), prend ses fonctions de président mardi 27 janvier, après des semaines d’incertitudes entre accusations de fraude, demande de recomptage des voix et ingérence des Etats-Unis dans la campagne.

« Nous pouvons travailler avec Asfura pour lutter contre les narcocommunistes et apporter au peuple du Honduras l’aide dont il a besoin. Si Nasry Asfura ne gagne pas, les Etats-Unis ne gaspilleront pas leur argent », avait écrit le président américain sur son réseau Truth Social, le 27 novembre 2025, à trois jours de l’élection présidentielle. Ce message avait pesé dans la victoire de M. Asfura : l’argent que près de 2 millions de Honduriens résidant aux Etats-Unis envoient à leurs familles a représenté 27 % du PIB en 2025, dans un pays où la pauvreté touche plus de 60 % des quelque 11 millions d’habitants.

Même si le nouveau chef de l’Etat avait dit sa « surprise » après ce message de soutien, le média indépendant Contracorriente a révélé que l’opération avait été préparée bien en amont. Le conseiller de M. Asfura pendant la campagne, l’Argentin Fernando Cerimedo, qui avait déjà travaillé avec l’ancien président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro et avec le chef d’Etat argentin ultralibéral, Javier Milei, a confirmé à Contracorriente avoir manœuvré auprès de l’équipe de M. Trump pour obtenir un appui du milliardaire.

Irrégularités avérées

Dans le même temps, le président américain a gracié l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernandez (2014-2022, dit « JOH »), condamné en 2024 aux Etats-Unis à quarante-cinq ans de prison pour trafic de drogue, ce qui n’a pas forcément servi Nasry Asfura. Cet ancien dirigeant du PNH, très impopulaire au Honduras, a été libéré le 1er décembre 2025 et a obtenu l’asile aux Etats-Unis. « Il est clair que cette décision n’a pas été comprise au Honduras. Elle a affecté “Tito”, même s’il a toujours eu la sagesse de rester loin de “JOH” », considère Aristides Aceituno, journaliste et ami du nouveau président depuis vingt ans.

Cette intervention du président américain dans la vie politique hondurienne a été immédiatement contestée par les opposants de M. Asfura, dont la victoire n’a finalement été reconnue que le 24 décembre par le Conseil national électoral. Tant le Parti libéral (PLH, droite) que le parti Libre (gauche) avaient demandé, en vain, un recomptage des votes, après les nombreuses irrégularités avérées et face à un résultat des plus serrés : seulement 27 000 voix ont permis à M. Asfura de l’emporter devant l’autre candidat, Salvador Nasralla (PLH).

Le retour au pouvoir du PNH, qui a gouverné le pays entre 2010 et 2022, est à nouveau accompagné d’accusations de fraude, même si les missions d’observateurs électoraux ont validé l’élection de Nasry Asfura. En 2017, lors du second mandat de Juan Orlando Hernandez, la mission internationale avait exigé, sans succès, de réorganiser l’élection.

Nasry Asfura est, selon ses proches, « un bosseur qui n’aime guère s’exprimer dans les médias mais sait faire travailler une équipe ». Il a toujours eu un profil conservateur, il se dit « défenseur de la famille traditionnelle catholique » et a remercié Dieu, aux côtés de sa femme et de ses trois filles, pour sa victoire.

Programme simple

Né le 8 juin 1958 dans une famille palestinienne arrivée au Honduras au début du XXe siècle, Nasry Asfura est ingénieur civil de formation et a été entrepreneur dans le BTP toute sa carrière. Dans le même temps, il a été député du PNH avant de devenir maire de Tegucigalpa en 2014, pour deux mandats.

Dans la capitale, « Tito » s’est démarqué en améliorant l’assainissement et en construisant des échangeurs et des tunnels pour soulager la circulation chaotique. En 2020, il a été l’objet d’une enquête par le parquet financier pour le détournement présumé de 1 million d’euros affectés à de grands travaux, et il est apparu dans l’enquête internationale des « Pandora Papers » en 2021, comme actionnaire de sociétés offshore au Panama.

Son slogan de campagne, « Relever le pays », est accompagné d’un programme économique simple : créer de l’emploi et de la richesse par le biais des infrastructures, mais sans augmenter le salaire minimum pour ne pas décourager les investisseurs étrangers, et en réduisant les dépenses de l’Etat. Pour chercher une aide économique, « Tito » s’est rendu, début janvier, en tant que président élu, aux Etats-Unis et en Israël.

M. Asfura est resté dix jours à Washington, mais, malgré les promesses d’aide formulées pendant la campagne, Donald Trump ne l’a pas reçu dans le bureau Ovale. C’est le secrétaire d’Etat, Marco Rubio, qui l’a rencontré pour lui confirmer le soutien des Etats-Unis. Mais, à son retour, le Hondurien n’a rien pu annoncer à ses compatriotes. Dans un entretien à CNN, il a reconnu sa déception : « Nous avions plusieurs dossiers importants à traiter : les droits de douane de 10 %, la taxe sur les envois de fonds (1 %) [imposée depuis le 1er janvier], et près de 50 000 Honduriens aux Etats-Unis qui sont en passe de perdre leur permis de résidence. »

Prudence

Israël, en revanche, lui a ouvert les bras. Il a été reçu par le président, Isaac Herzog, et par le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, heureux de retrouver un partenaire des plus fidèles, comme du temps de la présidence de « JOH ». La présidente sortante, Xiomara Castro (2022-2026, gauche) avait, elle, rappelé son ambassadeur en Israël en 2023 pour protester contre la « situation humanitaire grave » à Gaza. En dehors de cette parenthèse, le Honduras a toujours soutenu Israël dans les instances internationales, a reconnu Jérusalem comme capitale en 2019 et y a déplacé son ambassade deux ans plus tard. En échange, l’Etat hébreu a fourni une assistance en matière de sécurité et de technologie agricole et s’est engagé à la reprendre avec le président Asfura.

Interrogé sur les relations avec la Chine, le nouveau président a été bien plus prudent que pendant sa campagne, lors de laquelle il avait laissé entendre qu’il pourrait y mettre un terme. Xiomara Castro avait en effet rompu les relations avec Taïwan, alors que M. Asfura a répété à de nombreuses reprises que le Honduras serait « cent fois mieux avec Taïwan qu’avec la Chine ». Il réserve désormais sa décision à un examen plus approfondi des projets. « L’Amérique centrale va continuer à avoir besoin de la Chine si les Etats-Unis ne prennent pas ce rôle, rappelle Marisela Connelly, spécialiste de la Chine au Colegio de Mexico. Actuellement, les investissements chinois sont beaucoup plus importants que les américains dans la région. »

M. Asfura, qui pâtit déjà des conditions de son élection, aura peut-être du mal à mettre en accord ses principes de droite libérale avec la réalité économique, alors qu’il entre en scène en plein tourbillon géopolitique dans la région.

[Source: Le Monde]