Iran : la France s’engage dans le conflit dans une logique « strictement défensive »
Dans une allocution solennelle, mardi soir, Emmanuel Macron a annoncé l’envoi du porte-avions « Charles-de-Gaulle » en Méditerranée orientale, confirmant le scénario d’un embrasement régional au Moyen-Orient.
Cette guerre, la France ne l’a pas voulue. Mais voici le pays plongé, presque à son corps défendant, dans un conflit régional au Moyen-Orient à l’issue incertaine, déclenché par l’opération « Fureur épique » lancée samedi 28 février par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran.
Lors d’une allocution solennelle, prononcée à 20 heures, mardi 3 mars, Emmanuel Macron a annoncé l’implication de la France dans des opérations militaires effectuées dans une logique « strictement défensive », a-t-il précisé. « C’est en effet notre responsabilité (…), elle vise à protéger et à restaurer le plus vite possible la paix », a justifié le président de la République, qui s’exprimait depuis son bureau de l’Elysée où était posé un petit soldat de plomb de la garde napoléonienne, en joue.
Depuis le lancement des hostilités, le régime iranien, qui joue sa survie, s’est attaqué en retour à Israël et aux intérêts américains de la région tout en visant les pays du Golfe et l’Europe. Lundi, la base militaire britannique d’Akrotiri, dans le sud de Chypre, a été frappée. Une « nouvelle situation est en train d’apparaître », a assuré Emmanuel Macron. « Les frappes devraient continuer dans les prochains jours pour affaiblir l’Iran et détruire ses capacités de riposte. Et en représailles, les frappes de l’Iran dans toute la région devraient alors se poursuivre », a-t-il prévenu, confirmant le scénario d’un embrasement régional.
Avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, la France promeut « la reprise de négociations diplomatiques » avec l’Iran.Vaine prière alors que les rapports de force et les logiques impériales s’imposent un peu partout dans le monde. Emportée, de facto, par le cours des événements, la France ne peut toutefois rester inactive quand ses intérêts et ceux de ses alliés sont touchés. « Il en va de [sa] crédibilité d’être ce partenaire de confiance qui honore ses engagements, surtout dans ces temps troublés », a expliqué le président français.
Pour soutenir Chypre, pays de l’Union européenne avec lequel la France a signé un partenariat stratégique en décembre 2025, Emmanuel Macron a annoncé l’envoi de moyens supplémentaires de défense antiaérienne et d’une frégate française, le Languedoc. Le navire devait arriver au large de l’île dans la soirée de mardi.
L’heure est au pragmatisme
Paris, lié par des accords de défense avec le Qatar, le Koweït et les Emirats arabes unis, prendra part à des opérations défensives si nécessaire. « Nous leur devons solidarité », a argué le chef de l’Etat. « Nous sommes aussi liés par des engagements solides avec la Jordanie, l’Irak, et notamment, là-bas, nos alliés kurdes », a-t-il énoncé, rappelant que la France a abattu « en légitime défense » des drones dès les premières heures du conflit pour défendre l’espace aérien de ces pays amis. Pour renforcer les moyens déjà présents, des avions Rafale, des systèmes de défense antiaérienne et des radars aéroportés ont été déployés ces dernières heures, a précisé M. Macron. « Et nous continuerons autant que de besoin cet effort », a-t-il prévenu.
Enfin, pensant aux intérêts économiques du pays, la France entend bâtir une coalition pour réunir des moyens « y compris militaires », a dit le président, afin de reprendre et sécuriser le trafic de pétrole et de gaz dans le détroit d’Ormuz, actuellement fermé. « J’ai donné ordre au porte-avions Charles-de-Gaulle, ses moyens aériens, son escorte de frégates, de faire route vers la Méditerranée », a annoncé M. Macron.
Un effet de domino potentiellement vertigineux semble s’être amorcé depuis le 28 février. L’atteinte manifeste au droit international est déplorée. « Les Etats-Unis d’Amérique et Israël ont décidé de lancer des opérations militaires. Elles ont été conduites en dehors du droit international, ce que nous ne pouvons pas approuver », a indiqué Emmanuel Macron.
Mais le temps de 2003 où, depuis la tribune des Nations unies, la France brandissait le respect du droit international pour s’opposer à la guerre en Irak voulue par les Etats-Unis, est révolu. L’heure est au pragmatisme face à une opération militaire qui pourrait, en cas de succès, faire tanguer un régime jugé criminel. « L’histoire ne pleure jamais les bourreaux de leur peuple. Et aucun ne sera regretté », a estimé Emmanuel Macron, en référence aux agissements du régime iranien qui, en janvier, a encore réprimé dans le sang des manifestations, tuant des milliers de ses concitoyens.
« La République islamique d’Iran porte la responsabilité première de cette situation », a conclu le président français, rappelant que Téhéran a ignoré les mises en garde de l’Europe et de ses partenaires, en poursuivant ces dernières années le développement clandestin de son programme nucléaire, tout en étoffant son arsenal balistique à même de menacer le Vieux Continent. L’Iran est également coupable d’avoir « financé des groupes terroristes dans les pays voisins, le Hezbollah au Liban, les [rebelles houthistes] au Yémen, les milices chiites en Irak », et d’avoir « soutenu le Hamas [tout en persistant dans sa volonté] de détruire l’Etat d’Israël », a énuméré Emmanuel Macron.
La France n’est plus maîtresse des événements
Depuis ces dernières heures, la guerre s’étend au Liban. « Le Hezbollah a commis la faute majeure de frapper Israël et de mettre les Libanais en danger », a grondé Emmanuel Macron qui s’en est aussi pris à l’Etat hébreu, qui envisage, en représailles, une opération terrestre dans le pays. « Ce serait là aussi une escalade dangereuse et une erreur stratégique », a averti le président, appelant Israël « à respecter le territoire libanais et son intégrité ».
Admettant implicitement que la France n’est plus maîtresse des événements, le président s’est posé en protecteur des Français. « Face à cette guerre en train de s’étendre et dont nul ne sait dire aujourd’hui le terme, ma responsabilité est d’agir pour protéger notre pays, garantir la sécurité de nos compatriotes, et défendre l’intérêt national », a-t-il insisté sur un ton martial.
Le rapatriement des 400 000 Français présents au Proche-Orient qui souhaiteraient être évacués s’est enclenché dans la soirée de mardi. Un premier vol est arrivé tôt, mercredi matin, à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle en provenance d’Oman, a constaté l’Agence France-Presse. Enfin, face aux craintes d’opérations terroristes qui pourraient être orchestrées directement ou indirectement par le régime iranien, le président réclame le renforcement du dispositif de protection militaire « Sentinelle ».
[Source: Le Monde]