Le mandat du président officiellement échu, la Somalie plonge dans la crise

Le mandat du président somalien Hassan Sheikh Mohamud (HSM) a pris fin vendredi, sans scrutin en vue pour élire un successeur, laissant craindre que le pays qui peine à sortir de décennies de chaos plonge à nouveau dans une spirale de violences.

Mai 17, 2026 - 09:54
Le mandat du président officiellement échu, la Somalie plonge dans la crise
Le président somalien Hassan Sheikh Mohamud lors du lancement d'un projet d'exploration énergétique offshore au port de Mogadiscio, le 10 avril 2026 AFP Hassan Ali ELMI

Vendredi en fin de journée, la Somalie est entrée en "transition", a annoncé unilatéralement le gouvernement fédéral, après trois jours de discussions infructueuses avec l'opposition.

Le mandat des deux chambres du Parlement, chargées d'élire le président, est également échu depuis la fin mars.

Jusqu'ici, les parlementaires étaient désignés par des délégués nommés par les clans et sous-clans, ces vastes groupes d'individus liés par une hérédité commune, auxquels appartiennent tous les Somaliens et dont les alliances et rivalités structurent la vie politique.

Une réforme constitutionnelle, poussée par le chef de l'Etat et votée début mars au terme d'un processus contesté par l'opposition, prévoit d'élire désormais le Parlement au suffrage universel.

Une ambition difficile à tenir dans les délais, dans un pays peinant à remettre sur pied un Etat central et toujours en partie contrôlé par les insurgés islamistes shebab.

En décembre, la Somalie a certes connu sa première élection au suffrage universel depuis 1969, quand les électeurs de Mogadiscio ont choisi leurs représentants locaux. Mais déployer à l'échelle nationale ce mode de scrutin, promis et repoussé sans cesse depuis dix ans, apparaît dans l'immédiat peu envisageable.

Sans compromis

Depuis 2012 et la fin de huit ans d'autorités "de transition", la Somalie, longtemps privée d'Etat central après la chute en 1991 du dictateur Siad Barre, est habituée aux élections reportées et aux mandats prolongés.

Le 15 mai 2022, HSM avait remporté une élection organisée avec plus d'un an de retard. Lui-même avait vu son précédent mandat (2012-2017) prolongé de plusieurs mois, avant d'être finalement battu par Mohamed Abdullahi Mohamed, surnommé "Farmajo".

Mais "c'est la première fois que la Somalie arrive à cette étape (de fin de mandat) sans accord politique sur des élections", souligne l'ancien ministre de l'Education Abdirahman Dahir Osman, porte-parole du parti d'opposition Gurmad Qaran.

Précédemment, "le dialogue politique et des accords négociés débouchaient généralement sur des arrangements, acceptés avant l'échéance du mandat", préservant une fragile légitimité aux institutions de Mogadiscio, rappelle Awale Kulane, ex-ambassadeur de Somalie en Chine, .

Cette fois, HSM et son camp, que l'opposition accuse depuis des mois de vouloir s'accrocher au pouvoir, ont semblé refuser tout compromis.

"La différence avec auparavant, c'est surtout qu'il (HSM) cherche en réalité à se maintenir au pouvoir à tout prix", estime un diplomate africain ayant requis l'anonymat.

Le gouvernement n'a fourni ni base légale ni durée à la "transition" annoncée. Mais, vendredi soir, le président a publiquement affirmé que la récente réforme constitutionnelle, en portant aussi de quatre à cinq ans la durée des mandats parlementaires et présidentiel, avait in fine prolongé "jusqu'au 15 mai 2027" son mandat actuel et celui du Parlement.

Ce que soutenait depuis des semaines son camp, mais ce que conteste l'opposition.

Risque de "conflit"

"Maintenant qu'il a ouvertement dit prolonger son mandat d'un an, le pays entre dans une période grave", a réagi l'ancien président Sharif Sheikh Ahmed (2009-2012), figure redoutée de l'opposition.

Son mandat a "inévitablement" expiré le 15 mai et ne peut "pas être rallongé indéfiniment", estime Abdirahman Dahir Osman, invitant HSM à "accepter un compromis".

"Si ce différend reste non résolu", les actuelles "tensions pourraient dégénérer en confrontation armée", menant à "une fragmentation politique et aggravant la crise sécuritaire", s'inquiète-t-il.

Awale Kulane estime que désormais "plusieurs scénarios sont possibles, dont un risque significatif de conflit à Mogadiscio".

Une dislocation des institutions profiteraient inévitablement aux shebab, notent les analystes.

D'autant que HSM fait aussi face à l'opposition d'Etats fédérés - particulièrement les puissants Puntland et Jubbaland – qui dénoncent une tendance centralisatrice du président au mépris de leurs pouvoirs.

Certaines réformes portées par HSM ont "exacerbé la défiance entre les Etats fédérés" et le gouvernement fédéral "à un moment où la menace à la sécurité posée par les shebab exige un front uni", s'inquiétait dès janvier le Centre d'études stratégiques de l'Afrique.

Faute d'accord rapide, l'hypothèse d'organisations parallèles organisées conjointement par opposition, Jubbaland et Puntland est prise au sérieux, au risque que la Somalie se retrouve avec des autorités concurrentes à sa tête.

Certains analystes craignent aussi une exacerbation des rivalités entre clans ou leur instrumentalisation.

La "résistance au président Hassan Sheikh Mohamud" pourrait être présentée comme la réponse "à l'agression d'un clan", celui des Hawiyé du chef de l'Etat, l'un des quatre grands groupes de Somalie, estime Abdusalam Salwe, analyste politique somalien.

Et "une telle dynamique pourrait significative augmenter le risque de confrontations violentes" entre clans.

[Source : TV5Monde]