Est-ce bien raisonnable de… porter un béret ?

Dans la mode comme dans la vie, il convient de connaître les limites à ne pas franchir. Ou alors en connaissance de cause.

Juin 8, 2026 - 11:46
Est-ce bien raisonnable de… porter un béret ?
JEAN-MICHEL TIXIER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE

Le Festival de Cannes suscitant de moins en moins de discussion artistique et de plus en plus de brouhaha stylistique, il n’est pas étonnant de constater que la dernière édition en date nous laisse avec un seul et unique sujet de réflexion, sans lien direct avec l’art de la mise en scène, de la réalisation ou du jeu : peut-on vraiment porter un béret dans la vraie vie en 2026 ?

Venu sur la Croisette pour récupérer sa Palme d’honneur et présenter son premier film en tant que réalisateur, l’Américain John Travolta s’est en effet illustré en arborant, chaque jour, outre un visage resplendissant de jeunesse, un béret noir ou blanc. Pour justifier sa prise de position vestimentaire, l’Américain a expliqué s’être inspiré « du look des réalisateurs à l’ancienne ». De fait, les cinéastes ont longtemps fétichisé le port d’un couvre-chef leur permettant de se distinguer de la foule sur les plateaux, tout en facilitant la visualisation des images sur le combo les jours de soleil rasant.

Dans le lot, si beaucoup optaient pour des casquettes de base-ball, des bobs ou encore des casquettes plates, certains, tel Francis Ford Coppola, ont parfois porté un véritable béret. En reprenant à son compte le couvre-chef millénaire, caractérisé par son absence de visière et sa petite queue, baptisée « cabillou », John Travolta espérait donc prendre subitement, à l’âge de 72 ans, l’apparence d’un réalisateur crédible.

Carton-pâte et macarons

Les plus cyniques objecteront forcément que la meilleure façon de passer pour un cinéaste plausible reste de débouler à Cannes avec un film digne de ce nom (Vol de nuit pour Los Angeles n’a pas suscité les passions de la critique). Les autres reconnaîtront au moins la lucidité stylistique de Travolta sur ce coup. Celui-ci a saisi que le béret était, dans une logique relevant du costume de cinéma, un accessoire décisif pour crédibiliser un rôle.

Si une telle tentation vous percute un jour, rappelez-vous donc que le béret enferme presque toujours son propriétaire dans un personnage. Loin de Cannes, l’homme à béret aura ainsi bien du mal à ne pas sembler en pleine interprétation d’un indécrottable paysan franchouillard. La femme à béret apparaîtra, elle, irrémédiablement, dans le rôle cucul d’une Américaine à Paris fantasmant une capitale de carton-pâte et de macarons. Autant dire que la Palme du mauvais goût sera à portée de main.

[Source : Le Monde]