Afrique du Sud: Ramaphosa met en garde contre la stigmatisation des migrants
Le président Cyril Ramaphosa a appelé mardi les Sud-Africains à ne pas faire des migrants les boucs émissaires de leurs problèmes, notamment le chômage de masse et la criminalité galopante.
L'Afrique du Sud est en proie depuis plusieurs mois à des manifestations dans tout le pays réclamant le départ des immigrés clandestins. Ces marches n'ont jamais dépassé quelques milliers de personnes mais elles se sont accompagnées d'un torrent de haine xénophobe en ligne et ont eu un fort écho médiatique.
"Certains imputent les problèmes du gouvernement actuel, le chômage, la criminalité et la médiocrité des services publics aux ressortissants étrangers", a relevé le président Ramaphosa dans un discours à l'occasion de la "Journée de la Jeunesse", date anniversaire du soulèvement de Soweto le 16 juin 1976.
"Si nous avons acté le défi que représente l'immigration illégale (...), et alors même que nous prenons des mesures décisives pour y faire face, nos problèmes sont, pour l'essentiel, nos propres problèmes, et nous avons la responsabilité de les résoudre nous‑mêmes", a-t-il déclaré.

Des passagers nigérians, rapatriés d'Afrique du Sud, descendent d'un avion affrété après son atterrissage à l'aéroport international de Lagos, le 11 juin 2026 au Nigeria AFP TOYIN ADEDOKUN
Le taux de chômage des jeunes culmine à 42%, pour 32% concernant l'ensemble de la population active, a rappelé le chef de l'Etat, détaillant devant un jeune auditoire les mesures prises par son gouvernement pour créer des emplois et appelant le secteur privé à offrir à des jeunes sans expérience professionnelle leur premier emploi.
"Pour relever ces défis, il faut des solutions concrètes, et non transformer les personnes vulnérables en boucs émissaires", a-t-il ajouté.
A l'issue de la cérémonie, M. Ramaphosa a lancé une mise en garde "à ceux qui font beaucoup de bruit à propos de ces marches" appelant au retour des clandestins dans leurs pays.
"Il semble bien qu'il y ait une intention de déstabiliser le pays, et le message est clair: +nous ne le permettrons pas+".
Vivement inquiets du climat ambiant et craignant pour leur sécurité, de nombreux migrants ont décidé de rentrer dans leurs pays respectifs.
Ces dernières semaines, le Ghana et le Nigeria ont rapatrié plusieurs centaines de leurs ressortissants. Quelque 600 Mozambicains sont également rentrés chez eux après des violences dans la ville de Mossel Bay (sud) qui ont fait au moins deux morts et donné lieu à des pillages et incendies volontaires début juin.

Des migrants font la queue pour monter à bord d'un bus qui les ramènera au Malawi, le 14 juin 2026 à Durban, en Afrique du Sud AFP RAJESH JANTILAL
Dimanche, des Malawiens ont également été évacués à bord de huit autocars vers leur pays, depuis un terrain vague de la ville portuaire de Durban (est) où 7.000 ressortissants étrangers ont trouvé refuge. Les autorités provinciales ont indiqué mardi que d'autres évacuations étaient prévues dans les prochains jours.
Plus de trois millions d'étrangers vivent en Afrique du Sud, soit 5,1% de la population, selon l'agence nationale de statistiques et le dernier recensement conduit en 2022.
[Source : TV5Monde]