Mali : la France réduit son personnel diplomatique, sous la pression des djihadistes sur Bamako
Les Etats-Unis et le Royaume-Uni avaient, dès le 30 octobre, annoncé l’évacuation de leur personnel « non essentiel » et de leurs familles du pays.
La décision faisait débat depuis plusieurs jours au Quai d’Orsay. Après avoir recommandé, le 7 novembre, aux ressortissants français de quitter temporairement le Mali « dès que possible », en raison de la pression croissante des groupes djihadistes sur Bamako, les autorités françaises ont décidé, vendredi 21 novembre, de rapatrier une partie des agents de l’ambassade de France, du consulat, et des personnels expatriés dans des établissements scolaires français de la capitale malienne, ainsi que leurs familles.
Le nombre de personnes concernées, ainsi que l’impact concret de cette décision sur le fonctionnement futur de l’ambassade et de ses différents services à Bamako, n’a pas été précisé. Selon le Quai d’Orsay, cette décision graduée a été prise « au regard du contexte [sécuritaire] et à l’instar de plusieurs de ses partenaires ». Une référence à différents pays occidentaux, en particulier aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, qui, dès le 30 octobre, avaient annoncé l’évacuation de leur personnel « non essentiel » et de leurs familles du Mali.
Les enjeux symboliques et humains d’une telle mesure sont toutefois bien plus importants pour Paris que pour Washington ou Londres. Outre son statut d’ex-puissance coloniale qui entretient des relations très tendues avec Bamako depuis qu’une junte souverainiste y a pris le pouvoir par un coup d’Etat, en 2020, la France compte 4 300 ressortissants inscrits sur ses listes consulaires, parmi lesquels une large majorité de binationaux. Un chiffre qui en fait, de loin, le pays occidental comptant le plus de citoyens au Mali.
« Califat sur tout ou partie du territoire »
Depuis le début du mois de septembre, le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM), la filiale sahélienne d’Al-Qaida, impose un blocus sur les importations de carburant en attaquant les camions-citernes en provenance des pays voisins, notamment du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Bien que la situation se soit quelque peu améliorée ces derniers jours, Bamako et plusieurs villes importantes du sud du pays demeurent confrontées à de graves pénuries d’essence et de gazole qui, plus largement, impactent durement l’économie et les populations.
Dans une nouvelle vidéo de propagande dévoilée mardi, Bina Diarra, un des porte-paroles du GSIM, a annoncé que son groupe avait l’intention de durcir encore son blocus économique et qu’il traiterait désormais les chauffeurs de camions-citernes comme des militaires. Il a également appelé les Maliens à se lever contre la junte du général Assimi Goïta.
Bien qu’elles n’anticipent pas, à court terme, une prise de Bamako par les djihadistes, les autorités françaises n’en demeurent pas moins préoccupées par la dégradation sécuritaire dans le pays. Nicolas Lerner, le patron de la direction générale de la sécurité extérieure, avait affirmé, le 10 novembre sur France Inter, que le GSIM « souhaite la chute de la junte et l’installation d’un pouvoir qui soit favorable à un califat sur tout ou partie du territoire malien ».
Ces derniers jours, plusieurs responsables – notamment militaires – français étaient favorables à un rapatriement dès que possible d’une partie du personnel en poste à Bamako et de leurs familles. Ayant en tête les évacuations complexes de ressortissants français et européens à Kaboul, en 2021, ou à Khartoum, en 2023, ils considéraient, entre autres, qu’il s’agirait d’autant de personnes en moins à sortir du pays en cas d’urgence.
[Source: Le Monde]