En Algérie, le journaliste français Christophe Gleizes voit sa peine de sept ans de prison confirmée en appel

Le collaborateur de « So Foot » et de « Society » avait été condamné en première instance, le 29 juin, à sept ans de prison ferme pour apologie du terrorisme. La grâce accordée à Boualem Sansal, le 12 novembre, avait soulevé l’espoir d’une libération du reporter.

Déc 4, 2025 - 11:27
En Algérie, le journaliste français Christophe Gleizes voit sa peine de sept ans de prison confirmée en appel
Photographie non datée et non localisée du journaliste français Christophe Gleizes. SO PRESS - RSF VIA AFP

Trois jours avant son procès en appel, Christophe Gleizes confiait, lors d’un parloir avec ses proches, être confiant quant à l’issue de l’audience. Mercredi 3 décembre, la cour d’appel algérienne de Tizi Ouzou lui a donné tort, en confirmant la lourde peine de sept ans de prison prononcée à l’encontre du journaliste français de 36 ans, incarcéré depuis le 29 juin.

La mère du reporter, Sylvie Godard, présente à l’audience, s’est dite « sous le choc ». « Dans tous les scénarios envisagés, je ne me suis jamais imaginé celui de la confirmation du verdict. Tous les signaux étaient positifs sur un apaisement des relations » entre les deux pays, a-t-elle déploré auprès de l’Agence France-Presse (AFP). De son côté, le Quai d’Orsay, via son porte-parole, a exprimé « regrette[r] vivement la confirmation de la condamnation en appel »et « déplore que sa pleine coopération avec les autorités algériennes et les explications fournies par sa défense n’aient pas suffi à changer le verdict », appelant à sa libération.

Le directeur général de Reporter sans frontières, Thibaut Bruttin, a condamné « avec la plus grande fermeté » une « décision aberrante » et demandé à « Emmanuel Macron » de « recevoir sans tarder les parents » du journaliste. « Ce soir la mobilisation va monter d’un cran. »

« Je suis sous le choc », a pour sa part réagi auprès de l’AFP Franck Annese, fondateur du groupe de médias So Press, pour lequel travaillait depuis une dizaine d’années Christophe Gleizes. « Je ne comprends pas et que je n’accepte pas non plus (…) Il n’a rien à faire en prison. Ce jugement est totalement absurde et injuste », a poursuivi le patron de presse, appelant à « continuer à faire tout ce qu’on peut pour le sortir de là ». Le média So Foot, du groupe So Press, affichait mercredi soir un message de soutien au journaliste sur son site : « Toute la rédaction de So Press reste au soutien de Christophe et de sa famille. »

Réquisitions sévères

Le parquet avait requis dix ans de prison ferme et 500 000 dinars (3 300 euros) d’amende. « L’accusé n’est pas venu en Algérie pour accomplir un travail journalistique, mais [pour commettre] un acte hostile », a estimé le parquet. Au cours de l’audience, Christophe Gleizes avait exprimé ses regrets et demandé pardon, au bord des larmes. « Je réclame votre clémence pour pouvoir retrouver ma famille », avait-il déclaré.

En première instance, la justice algérienne avait condamné le journaliste, venu réaliser des reportages sur la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK) – le grand club de Tizi Ouzou, et l’un des plus beaux palmarès du football algérien –, à sept ans de prison ferme, avec mandat de dépôt, pour apologie du terrorisme et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national ».

L’avocat français du journaliste, Emmanuel Daoud, a exprimé son « immense déception et une grande incompréhension ». « On va continuer à se battre, parce que lorsqu’on défend un innocent, on continue à se battre jusqu’au bout », a-t-il dit à l’AFP. Il a fait part de sa surprise, disant « avoir rarement vu un dossier aussi vide qui se terminait par une condamnation aussi sévère ».

Sa présence en Algérie sans visa « presse » – il aurait dû en faire la demande auprès des instances consulaires algériennes en France pour être autorisé à travailler dans le pays – est certes une infraction passible d’une forte amende, mais ce n’est pas cette seule erreur administrative qui a provoqué l’ire des magistrats.

La justice algérienne lui reproche aussi des entretiens, en 2015 et en 2018, avec certains responsables de la JSK liés par ailleurs au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, classé en 2021 comme organisation terroriste par Alger, qui accuse ce mouvement sécessionniste de vouloir déstabiliser le pays.

Boualem Sansal libéré

Le reporter, passionné de ballon rond, s’était rendu une première fois en Kabylie en 2015 pour mener une enquête sur le décès, un an plus tôt, dans des circonstances suspectes, de l’attaquant camerounais de la JSK Albert Ebossé. En 2024, Christophe Gleizes avait repris contact avec un dirigeant du football kabyle afin de préparer une nouvelle série de reportages. Peu de temps après son retour en Algérie, en mai 2024, il avait donc pris la direction de Tizi Ouzou, la grande ville de Kabylie, où ses ennuis ont commencé.

Les proches du journaliste sportif et ses nombreux soutiens, mobilisés notamment à l’initiative de Reporters sans frontières, sont restés très mesurés ces dernières semaines, même s’ils ont observé des signaux positifs dans les relations entre Alger et Paris, après des mois de crise ouverte.

Une médiation du président allemand, Frank-Walter Steinmeier, a permis la libération de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal le 12 novembre – qui était détenu depuis novembre 2024 pour des propos remettant en cause les frontières algériennes –, à la faveur d’une mesure de grâce du président Abdelmadjid Tebboune. Présentes dans la salle d’audience mercredi matin, la mère de Christophe Gleizes et sa compagne, Valentine Martin, voient s’éloigner l’espoir de rentrer en France avec lui.

Une voie étroite reste toutefois ouverte, celle d’une mesure de grâce que pourrait accorder le président algérien, Abdelmadjid Tebboune. Celle-ci n’interviendrait qu’après la condamnation définitive du reporter, qui peut encore se pourvoir en cassation.

[Source: Le Monde]