Plastique : les gobelets jetables autorisés jusqu’en 2030, une nouvelle victoire pour les industriels
L’interdiction devait entrer en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2026, mais son report a été autorisé par décret mardi. Plus de 620 millions de gobelets en carton contenant du plastique, donc non recyclables contrairement aux idées reçues, sont utilisés chaque année en France.
Nouveau revers dans la lutte contre la pollution plastique. Les Français vont pouvoir continuer à arroser les fêtes de fin d’année, d’anniversaire, des voisins ou prendre un café à la machine dans des gobelets jetables contenant du plastique. Le gouvernement vient de reporter à 2030 leur interdiction, qui devait entrer en vigueur le 1er janvier 2026. L’arrêté a été publié mardi 30 décembre au Journal officiel. Les ministres de la transition écologique et de l’économie, à l’origine de l’arrêté, invoquent un problème de « faisabilité technique d’une absence de plastique dans les gobelets ».
Selon les données transmises au Monde par le ministère de la transition écologique, plus de 620 millions de gobelets à usage unique sont utilisés chaque année en France puis brûlés ou enfouis, quand ils ne se retrouvent pas dans l’environnement. La France produit chaque année 4,5 millions de tonnes de déchets plastiques (près de 70 kilos par habitant), dont seulement 23 % sont recyclés.
La plupart des consommateurs ignorent que la très grande majorité des gobelets en papier carton qui ont remplacé les gobelets en plastique depuis l’interdiction de la vaisselle jetable – avec l’entrée en vigueur de la loi antigaspillage (AGEC) en 2020 –, contiennent une part de plastique et ne sont donc pas recyclables. Pour laisser le temps aux industriels de s’adapter, cette proportion de plastique encore tolérée devait être abaissée par paliers : 15 % jusqu’en 2022, 8 % à partir de 2024, 0 % à partir du 1er janvier 2026.
Pour justifier le report de cette ultime échéance, le gouvernement s’appuie sur un « bilan d’étape » réalisé en 2025. Ce dernier conclut que « le niveau de maturité technologique reste globalement insuffisant pour envisager un déploiement à grande échelle de gobelets à usage unique ne contenant plus de plastique » en 2026. Le gouvernement prévoit la réalisation d’un nouveau bilan d’étape en 2028. Sans attendre, l’exécutif double le délai prévu pour l’écoulement des stocks après l’entrée en vigueur de l’interdiction le 1er janvier 2030 : de six mois à douze mois.
« Des solutions existent »
« Depuis des années, le gouvernement annonce des interdictions concernant des produits en plastique avant même d’en vérifier la faisabilité technique, industrielle et économique. Ce recul sur le dossier des gobelets en est l’illustration parfaite », réagit Joseph Tayefeh, secrétaire général de Plastalliance, le syndicat européen de la plasturgie.
Directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement et spécialiste des emballages alimentaires écologiques, Nathalie Gontard voit surtout de la « mauvaise foi » dans l’argument de la « faisabilité technique » : « Des verres 100 % carton, des gobelets 100 % Kraft ou des cônes 100 % papier… les alternatives au plastique jetable sont nombreuses et elles ont toujours existé, énumère la chercheuse. Et les alternatives réutilisables sont aussi légion : gobelet en verre, métal ou, au pire, en plastique réutilisable. »
« Les solutions comme le réemploi et la recharge existent déjà et doivent être généralisées via des investissements et un cadre réglementaire adéquats, estime également Manon Richert, responsable communication de l’association Zero Waste France. A nouveau, le gouvernement acte, avec ce report, un énième recul dans la lutte contre la pollution plastique sous la pression des lobbys. »
Plastalliance mène la fronde contre tous les textes visant à réduire l’usage du plastique et donc à limiter ses multiples impacts environnementaux et sanitaires. Le syndicat a notamment réussi, en 2024, à faire annuler l’interdiction des emballages en plastique sur les fruits et légumes. En mars, sous la menace de nouveaux recours, le gouvernement a tenté de revenir sur celle de la vaisselle en plastique dans les cantines scolaires avant de se raviser devant le tollé suscité par son projet de décret.
« Ce nouveau report montre que, malgré le temps donné aux industriels pour s’adapter, ces derniers ne s’inscrivent toujours pas dans l’esprit de la loi AGEC, cinq ans après sa promulgation », commente Lionel Cheylus, responsable communication de Surfrider Foundation. Le principal objectif de la loi AGEC, pionnière en Europe, est d’en finir avec les emballages en plastique à usage unique à l’horizon 2040.
Début décembre, Surfrider et France Nature Environnement ont mis en demeure Amazon, Temu ou encore Metro de faire retirer de la vente des produits en plastique à usage unique (gobelets, couverts, assiettes, pailles…) toujours commercialisés cinq ans après leur interdiction. Il y a tout juste un an, un rapport de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes indiquait qu’une entreprise sur cinq était en infraction avec l’interdiction de vente ou de mise à disposition de certains produits jetables en plastique.
[Source: Le Monde]