Marine Le Pen subit une érosion de son image : les électeurs du RN lui préfèrent Jordan Bardella

La stratégie de victimisation de la cheffe du Rassemblement national à la suite de sa condamnation est un échec au-delà de sa base électorale.

Jan 12, 2026 - 06:48
Marine Le Pen subit une érosion de son image : les électeurs du RN lui préfèrent Jordan Bardella
Jordan Bardella et Marine Le Pen, à Paris, le 17 septembre 2025. TOM NICHOLSON / REUTERS

A la veille du procès en appel des assistants parlementaires du Front national (ancien nom du Rassemblement national, RN), qui menace Marine Le Pen d’une inéligibilité qui l’empêcherait de se porter candidate à l’élection présidentielle de 2027, voici un sondage qui devrait nourrir les cauchemars de la patronne de l’extrême droite et de ses proches. Les Français, singulièrement les sympathisants du RN, semblent s’être faits à l’idée que Jordan Bardella présenterait de meilleures chances d’être élu. Pire pour elle : ils considèrent que le trentenaire ferait un meilleur chef de l’Etat que sa mentore, qui est pourtant à la tête de sa famille politique depuis quinze ans.

Dans l’enquête, annuelle, réalisée par Verian pour Le Monde et la revue L’Hémicycle – sondage effectué en ligne auprès d’un panel représentatif de 1 511 personnes, du 1er au 5 janvier –, l’image de Marine Le Pen apparaît dégradée. Ses traits d’image personnels (« honnête », « sympathique et chaleureuse ») ne pâtissent pas de sa condamnation en première instance, fin mars 2025, et lui sont attribués essentiellement par son camp. Mais ses traits politiques sont en franche baisse, après plusieurs années de progression : par rapport au baromètre 2025, une petite majorité de Français la juge capable de « prendre les bonnes décisions » (55 %, – 12) et de « comprendre les problèmes quotidiens des Français » (50 %, – 6). Sa capacité à « rassembler au-delà de son camp » redescend au niveau de la présidentielle 2022 (39 %, – 11).

L’actuel président du RN subit également un léger tassement de son image, mais dans des proportions inférieures. « On a le sentiment que Marine Le Pen fait office de paratonnerre pour Jordan Bardella et qu’elle seule subit l’incapacité à arriver au pouvoir et les épisodes judiciaires du parti politique », note Eddy Vautrin-Dumaine, directeur d’études de Verian.

Le sondage sanctionne aussi l’échec relatif de sa stratégie de dénonciation de la justice, depuis sa condamnation, le 31 mars 2025, à quatre ans de prison dont deux ferme, et cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire. Un tiers des sondés (36 %), c’est-à-dire à peine plus que sa base électorale, considèrent que Marine Le Pen est « traitée plus sévèrement pour des raisons politiques ». Un sondé sur deux juge qu’elle est « traitée comme n’importe quel justiciable », le reste étant sans opinion.

Dans le même sens, 30 % des sondés estiment que cette condamnation est « le signe d’une démocratie qui fonctionne mal, car une personnalité politique ne devrait pas être empêchée de se présenter à l’élection présidentielle par la justice ». Deux tiers des sympathisants lepénistes (67 %) sont de cet avis et s’opposent à cette inéligibilité. La stratégie de victimisation est pourtant menée depuis neuf mois par la dirigeante d’extrême droite, qui considère que la justice a souhaité sa « mort politique ».

Le « plan B » adopté

Ces points de vue se retranscrivent dans la comparaison faite entre les deux têtes de l’extrême droite française. Une personne interrogée sur deux (49 %) considère que Jordan Bardella « a plus de chances de remporter l’élection présidentielle », contre 18 % pour Marine Le Pen. Une sur trois ne se prononce pas. Cette conviction est particulièrement ancrée chez les sympathisants du RN, dont 70 % jugent que le cadet est en meilleure position, contre 20 % qui préfèrent encore l’ancienne présidente du parti. Les réponses à cette question sont bien sûr influencées par la situation judiciaire délicate de Marine Le Pen, inéligible avec exécution provisoire dans l’attente de son appel. Mais elles témoignent aussi de la rapidité avec laquelle les espoirs se sont reportés sur le « plan B », devenu un « plan A » dans la tête des électeurs frontistes.

Au point que ces derniers apparaissent convaincus que Jordan Bardella, malgré son inexpérience politique, « ferait un meilleur président de la République » que son aînée (56 %, contre 29 % qui pensent l’inverse). Cruel pour Marine Le Pen, puisque cela renvoie au procès en incompétence qui l’a accompagnée durant une bonne partie de sa carrière politique. Le reste des Français est plus partagé – un sur deux ne se prononce pas, et l’écart entre Jordan Bardella et Marine Le Pen est de huit points, au bénéfice de ce dernier. Maigre consolation pour la triple candidate à l’élection présidentielle, et possible signe d’une capacité de rassemblement plus large : les électeurs de gauche et de la majorité présidentielle considèrent qu’elle réussirait mieux à l’Elysée que son successeur désigné.

En matière de potentiel électoral, la différence n’est pas nette entre les deux prétendants, avec trois points d’écart au bénéfice de Jordan Bardella (42 %, contre 39 %). Le score est, quoi qu’il en soit, très élevé pour les deux, avec quatre sondés sur dix se disant prêts à voter pour l’un ou l’autre. « Par pragmatisme ou par réalisme, les sympathisants RN sont en train de passer à autre chose. L’avenir électoral semble porté par Jordan Bardella, Marine Le Pen incarnant davantage l’histoire du parti », conclut Eddy Vautrin-Dumaine.

[Source: Le Monde]