Sahara occidental: "Donald Trump s'est autoproclamé faiseur de paix entre le Maroc et l'Algérie"
Le Sahara occidental, une région disputée depuis des décennies, est de nouveau sous les projecteurs internationaux. Près de sept ans après les dernières négociations directes, les États-Unis ont réussi à réunir les principaux acteurs du conflit à Madrid : le Maroc, l'Algérie, la Mauritanie et les indépendantistes du Front Polisario. Analyse avec le journaliste du Monde Afrique, Alexandre Aublanc.
Washington a organisé, dimanche 8 février, à l’ambassade des États-Unis à Madrid, une rencontre entre les principaux acteurs du dossier sahraoui, y compris les frères ennemis marocain et algérien.
Depuis plusieurs années, le Maroc bénéficie d'un soutien diplomatique croissant. Il y a six ans, l'administration Trump a reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. "Il y a eu beaucoup de projections sur ce conflit qui dure depuis 50 ans. Aucune résolution s'est encore réalisée, mais ce que l'on peut dire c'est que le Maroc depuis plusieurs années bénéficie d'un élan diplomatique. On peut parler de la reconnaissance, de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental par Donald Trump en 2020 pendant son premier mandat" explique Alexandre Aublanc.
Une décision suivie par l'Espagne, la France et récemment par le Conseil de sécurité de l'ONU. Ce dernier a présenté le plan d'autonomie marocain comme la solution la plus réaliste pour résoudre ce contentieux territorial. Cependant, le principal point de discorde reste la tenue d'un référendum d'autodétermination. Comme le souligne Alexandre Aublanc, "le Maroc y est opposé, le Front Polisario, même s'il s'est dit disposé à un accord sur le fond de l'autonomie, reste en faveur d'un vote d'autodétermination avec le mot référendum, ce que le Maroc refuse en bloc jusqu'à présent".
Les États-Unis jouent un rôle de plus en plus actif dans ce dossier. L'implication américaine, symbolisée par la tenue des négociations à l'ambassade des États-Unis à Madrid, pourrait influencer le rapport de force. L'objectif affiché par l'administration Trump, et repris par son émissaire spécial au Moyen-Orient Steve Whitcomb, est d'aboutir à un accord de paix entre le Maroc et l'Algérie. Cependant, malgré les efforts, aucun accord n'a encore été conclu.
"Donald Trump s'est autoproclamé faiseur de paix. Son idée c'est de pouvoir parvenir à un réglement entre le Maroc et l'Algérie, qui n'ont plus de relations diplomatiques depuis 2021".
Alexandre Aublanc, journaliste du Monde Afrique
Parallèlement aux négociations, le Maroc et l'Algérie s'engagent dans une course aux armements sans précédent. Des budgets militaires colossaux, avec l'Algérie en tête, précise Alexandre Aublanc. "En 2026, les deux pays ont débloqué des budgets de plus de 60 milliards d'euros, ce qui est énorme, c'est du jamais vu. (...) Cette course aux armements à quoi sert-elle ? Elle sert d'abord dans le cadre du conflit au Sahara occidental à équilibrer le rapport de force (...) et puis il y a aussi une volonté de peser sur la scène régionale, notamment au Sahel, où l'Algérie est en perte de vitesse et où le Maroc essaie de gagner des points au niveau diplomatique, notamment avec les pays de l'Alliance des États du Sahel".
Malgré l'absence de relations diplomatiques depuis 2021 et la fermeture des frontières terrestres et aériennes, les observateurs estiment que ni le Maroc ni l'Algérie ne souhaitent un conflit armé. Cependant, la préparation militaire et les alliances stratégiques, avec l'Algérie se tournant vers la Russie et la Chine, et le Maroc vers les États-Unis, la France et Israël, ne favorisent pas un climat de paix. "La situation n'est pas pour que l'Algérie et le Maroc deviennent si ce n'est les meilleurs amis du monde au moins de bons voisins" conclut Alexandre Aublanc.
[Source: TV5Monde]