Corée du Sud : l’ancien président Yoon Suk Yeol condamné à la perpétuité pour sa déclaration de loi martiale
L’ancien président sud-coréen Yoon Suk Yeol a été condamné à la prison à vie pour sa déclaration, avortée, de loi martiale, en décembre 2024. Le tribunal l’a reconnu coupable d’avoir mené une insurrection. Il a toutefois échappé à la peine de mort requise par le parquet.
L’ancien président conservateur sud-coréen Yoon Suk Yeol échappe à la peine de mort. Reconnu coupable d’avoir mené une insurrection en déclarant la loi martiale en 2024, il a été condamné, jeudi 19 février, à la prison à vie. Le tribunal de Séoul a rendu son verdict dans un contexte tendu. Assiégé par les partisans et les opposants du président destitué, le bâtiment du quartier de Seocho-gu était placé sous haute sécurité.
Les troubles n’ont pas perturbé le juge Ji Gwi-yeon. Dans ses attendus, diffusés en direct à la télévision, il a souligné que la déclaration de la loi martiale équivalait à une insurrection, car l’ancien président a voulu bloquer le fonctionnement de l’Assemblée nationale en y déployant des troupes. Le juge a appuyé son argument en citant la guerre civile anglaise, qui a vu le roi Charles Ier (1600-1649) donner la troupe pour dissoudre le Parlement. « Il fut reconnu coupable de trahison et exécuté, la cour reconnaissant qu’il avait trahi l’Etat », a précisé M. Ji, qui n’a toutefois pas été aussi sévère que les juges anglais, ni même que le procureur spécial, Cho Eun-suk, qui avait requis la peine de mort contre M. Yoon.
M. Cho a toujours considéré M. Yoon coupable d’avoir organisé des troubles et d’avoir « déclaré la loi martiale dans le but de rester au pouvoir en s’arrogeant les pouvoirs judiciaire et législatif ». Jugé en même temps que l’ex-président, l’ancien ministre de la défense, Kim Yong-hyun, a été condamné à trente ans de détention pour avoir planifié l’application de loi martiale. Les anciens chefs de l’Agence nationale de la police et de la police de Séoul ont été condamnés à dix-huit ans et douze ans de prison pour complicité. Plusieurs militaires ont également été envoyés derrière les barreaux.
Tribunal sous protection
De manière symbolique, le verdict a été rendu dans la salle d’audience où l’ancien président Chun Doo-hwan (1931-2021) a été condamné à mort en 1996 – une peine par la suite commuée en prison à vie, avant une grâce présidentielle en 1997 – pour son rôle dans le coup d’Etat qui l’a porté au pouvoir en 1979, et pour la répression violente du mouvement démocratique de Gwangju (Sud-Ouest) en 1980.
Dès le matin du verdict prononcé à l’encontre de M. Yoon, partisans et opposants de l’ex-président s’étaient retrouvés près du tribunal placé sous la protection de 1 000 policiers. Des organisations d’extrême droite, dont Freedom Union, ont rassemblé des centaines de personnes en soutien à M. Yoon. Brandissant des drapeaux coréens et américains, les militants ont appelé à « rejeter l’acte d’accusation », ou scandé « Yoon Again » au rythme de tambours. « Le président a décrété la loi martiale pour arrêter les espions. En quoi est-ce une insurrection ? », a demandé un manifestant au quotidien conservateur JoongAng.
Non loin de là, Candlelight Action, un groupe progressiste, a organisé un rassemblement pour appeler à condamner Yoon. Avant le verdict, le ministre de la justice, le démocrate Jung Sung-ho, a appelé à « une décision ferme et appropriée, à la hauteur de ce moment historique. Aujourd’hui doit être un jour témoignant de notre détermination à ne plus jamais tolérer d’atteinte à l’ordre constitutionnel ».
Aucun regret
Il s’agit d’un des sept procès visant l’ancien dirigeant pour une action qui a mené à sa destitution, en avril 2025. Le 16 janvier, M. Yoon a été condamné à cinq ans de prison pour avoir fait obstruction à la justice avec la mobilisation de la garde présidentielle pour empêcher son arrestation, et pour avoir falsifié des documents. « L’accusé avait le devoir de protéger la Constitution et la loi, mais il leur a tourné le dos », a déploré le juge.
Tout au long des audiences, M. Yoon a refusé de plaider coupable et n’a exprimé aucun regret. L’ex-président s’est défendu en affirmant avoir agi pour « préserver la liberté » et restaurer l’ordre constitutionnel contre ce qu’il a qualifié de « dictature législative » de l’opposition, qui détenait la majorité à l’Assemblée nationale et bloquait ses projets de loi. Ancien procureur, il a mis en avant le droit constitutionnel du président à déclarer l’état d’urgence, qui ne saurait, de ce fait, constituer une insurrection.
Le marathon judiciaire des parties prenantes à la loi martiale se poursuit. En janvier, l’ex-premier ministre Han Duck-soo, et son ministre de l’intérieur, Lee Sang-min, ont fait appel de leurs condamnations à respectivement vingt-trois ans et sept ans de détention. Comme d’autres militaires et politiciens conservateurs, l’ancien ministre de la justice, Park Sung-jae, attend le verdict de son procès. Il est accusé d’avoir ordonné de réserver des places dans les prisons pour les politiciens et autres journalistes ciblés par la loi martiale.
[Source: Le Monde]